L’écran géant était en marche

Puisque le Zénith de Pau était plein, des dizaines de militants ont du suivre le discours d’Emmanuel Macron sur un écran géant, depuis le hall de la salle de spectacle. (© Pierre Barbin)

Emmanuel Macron était à Pau, sur les terres de François Bayrou, l’un de ses plus importants soutiens politiques. De nombreux militants ont suivi son meeting depuis l’extérieur de la salle, sur un écran géant, faute d’avoir pu rentrer dans le Zénith.

La scène est surréaliste. Il est 19 heures passé et François Bayrou ordonne au service d’ordre du Zénith de Pau d’ouvrir la grille extérieure. De l’autre côté de la barrière, plusieurs centaines de militants sont venus assister au meeting d’Emmanuel Macron dans la capitale du Béarn. « C’est moi le patron, je vous ordonne d’ouvrir », tonne l’édile à un agent de sécurité qui semble être dépassé par la situation. Quelques secondes plus tôt, ce dernier expliquait à la foule que si la grille était fermée, c’est simplement parce que la clé « est perdue ». Avant de signifier que « la salle est pleine ».

Plus de 6000 personnes ont assisté au discours d’Emmanuel Macron (© Pierre Barbin)

Face à la pression, le service d’ordre se voit obligé d’ouvrir les portes. Les « marcheurs » peuvent donc accéder au Zénith. La grande majorité échappe à la fouille corporelle de la sécurité. Une hérésie en pleine état d’urgence lors d’un événement accueillant un homme qui concourt à être le prochain président de la République française. Qu’importe, la joie des militants prime avant tout.

« En Marche ! c’est une start-up »
 Celle-ci est néanmoins de courte durée. Seule une poignée peut accéder à la salle, déjà bondée. Les autres sont confinés dans le hall du Zénith, où un écran géant a été installé, semble-t-il, pour l’occasion. Tous les accès aux tribunes sont désormais bloqués par un service de sécurité qui ne sait plus où donner de la tête. Ils font face à la colère légitime du public.

Le leader du mouvement tiendra son prochain grand meeting à l’AccorHotels Arena de Paris Bercy, dimanche 17 avril. (© Pierre Barbin)

Tous restent néanmoins dans le hall pour écouter le discours de François Bayrou avant l’arrivée du leader d’En Marche ! sur la scène du Zénith. Les applaudissements sont timides. L’engouement est retombé. Les « Macron président ! » sont rares. A l’inverse d’une salle qui semble surchauffée. Du moins depuis l’extérieur, où l’on entend les chants résonner. La buvette du Zénith profite, elle, d’une organisation qualifiée par certains « d’amateuriste ». Certains se réconcilient autour d’une bière, sans même écouter le discours de leur leader. « Je fais partie des jeunes avec Macron, j’ai rejoint le groupe après la défaite d’Alain Juppé à la primaire de droite », explique Loic, revêtu du t-shirt réglementaire « Emmanuel Macron président ».

Le hall du Zénith de Pau se vide à mesure que le meeting d’Emmanuel Macron avance. Ils ne sont plus que quelques dizaines à la fin de son discours. (© Pierre Barbin)

Pas encore président, déjà déçus

« On a la qualité de nos défauts, mais aussi les défauts de nos qualités, tempère Bruno, le responsable du mouvement en Gironde qui n’a pu entrer dans la salle, lui non plus. En Marche ! c’est une start-up ». D’autres n’ont pas la même indulgence que le responsable de la Gironde envers leur poulain. « Je suis engagé en politique depuis 19 ans, c’est la première fois que je vois une organisation aussi minable », peste Stéphane, militant à Mérignac. Lui aussi avait pris le bus depuis Bordeaux pour assister au meeting. Pour finalement l’observer sur un écran géant. « Déçu et démobilisé », il regrette le comportement du candidat à l’élection présidentielle envers les militants restés à l’extérieur. « D’habitude il vient voir ceux qui sont restés dehors, mais cette fois-ci même pas ».

Faute de pouvoir accéder aux chaises de la salle du Zenith, les militants se réfugient dans les escaliers pour regarder le discours du leader d’En Marche ! sur l’écran géant. (© Pierre Barbin)

Stéphane avait prévu de se rendre à Bercy, dimanche 17 avril, pour le dernier grand meeting de l’amiénois de naissance. Il l’affirme désormais : « C’est niet, je n’irai pas après ce qu’il s’est passé ce soir ! ». Sa déception contraste avec la joie des marcheurs qui ont pu accéder à la salle du Zénith. Maïté fait partie de ces rares chanceux. Trois heures plus tôt, elle prenait le bus depuis Bordeaux, avec les militants de la Gironde.

Des tracts pour Mélenchon
 
Pour son premier meeting auprès de l’ancien ministre de l’Économie, Loïc espérait autre chose. « Je suis allé coller des affiches à Niort le week-end dernier, c’est à 200 km de chez moi. Là, je suis très déçu. Je ne m’investirai plus autant en politique ». Leur colère est grave. Leur énervement ne faiblit pas, malgré les heures qui défilent dans le bus du retour vers Bordeaux.

Selon un récent sondage Elabe pour Radio Classique et Les Echos, Emmanuel Macron est crédité de 23,5% d’intentions de vote au premier tour des élections présidentielles. (© Pierre Barbin)

Rancuniers, au point de glisser un autre bulletin que celui d’Emmanuel Macron dans l’urne, le 23 avril ? « Je voterai quand même pour lui, affirme Loïc. Idéologiquement, c’est le candidat qui me représente le plus ». Même son de cloche chez Stéphane. D’autres ne pardonnent pas si facilement. A la sortie du Zénith, certains prennent les tracts tendus par les militants de Jean-Luc Mélenchon. Ils ont profité de l’occasion pour convaincre certains supporters déçus.

Pierre Barbin

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