La couleur des gilets jaunes, c’est le bleu de Facebook

Et si les gilets jaunes, c’était la “révolte Facebook” ? Parti du réseau social, qui sert de plate-forme technique à la mobilisation, cette révolte est un agrégat des colères et des frustrations ressenties par une partie de la population.

On pourra disserter longtemps sur les causes, prouver par A + B que l’essence prend une part moindre dans le budget des ménages, démontrer que le niveau de vie des Français s’est accru… Tout ceci est vain.

Ce ressentiment n’est pas lié aux taxes ni au pouvoir d’achat. Les difficultés d’une partie de la population sont bien réelles, mais cette colère est plutôt nourrie par la frustration quotidienne, par le sentiment que le monde nous échappe, que la société évolue sans vous… C’est toujours et encore la même colère, irrationnelle, diffuse.

Or ce sentiment, ce n’est pas l’expression d’un manque, c’est le produit d’une fréquentation assidue de Facebook.

Esther Vargas (FlickR / cc)

Le réseau social carbure à l’indignation permanente, avec ses appels ciblés et extrêmement efficaces : et les migrants qui bouffent les aides sociales, et les politiques qui se cognent du quotidien des gens, et les frasques d’Emmanuel Macron, savamment mises en scène... Fake news, memes plus ou moins drôles, articles anxiogènes, tous les bouts d’informations qui peuvent émouvoir ses utilisateurs sont systématiquement poussés et mises en avant par le réseau social, tandis que les articles de recherche, étayés, fouillés, balancés, sont relégués au tréfonds des groupes de spécialistes.

Tout ceci a été étudié, prouvé : le réseau social exerce une emprise sur son public, il provoque une addiction où la colère s’ajoute à la colère à chaque défilement du newsfeed…

Et au final, quoi ?! Un vote protestataire de temps en temps, un coup Le Pen, un coup Mélenchon, un coup dans l’eau ? Face à la frustration que génère ce réseau social, les indignés du nouveau monde se sont mis à occuper les ronds points. Mais ce n’est un coup de semonce. La prochaine fois, cette colère sera directement le produit d’une manipulation de masse et il se trouvera bien un mouvement pour la récolter… Une régulation de Facebook est plus que jamais d’actualité.