Le réveil de l’Ami Raton

Tout allait bien dans la forêt des sapins verts (aka Stoneham); calme; paisible et sereine… enfin jusqu’au réveil de “CFD”. (Cette intro est un clin d’oeil à un classique de mon enfance)

L’intro des Amis Ratons ;)

Effectivement, tout allait bien jusqu’au moment où notre CFD national décida de répondre aux questions adressées par les trois mousquetaires du numérique que sont Yves, Martine et Clément (je vous laisse déterminer qui est qui versus l’oeuvre d’Alexandre Dumas). Moi qui ne m’étais contenté que d’un simple commentaire sur le Post de Martine… me voilà challengé par CFD et comme cette élection représente une première en termes de parité générationnelle, ce n’est pas vrai que j’allais laisser toute la patinoire aux personnes d’un âge vénérable ;)

Tout d’abord quelques notes pour la lecture :

  1. Lorsque je parle de “Gouvernement” je fais référence à la dimension politique et non pas à l’aspect administratif. Dans le second cas, j’utiliserai administration publique;
  2. Comme je suis moi aussi un élu, je vais garder un ton très neutre versus les forces en présence;
  3. Je ne reprendrai pas le développement des questions proposées, car je les trouve un peu longues, mais je vous invite à les consulter ici pour comprendre le contexte de mes réponses : http://www.yveswilliams.com/blogue/2018/09/18/huit-questions-sur-le-numerique-pour-les-partis-politiques/ ;
  4. Par manque de temps (le 3/4 des réponses ont été écrites de nuit), je n’ai répondu qu’à 6 questions sur 8, mais j’espère pouvoir répondre aux deux autres prochainement.

A — INNOVATION

Haaaa l’innovation…. Ça fait 65 000 ans que ça dure (du moins pour les humains) et à chaque fois tout le monde à l’air surpris que ça arrive. Est-ce que les gouvernements ont de la difficulté à se faire une opinion, ou c’est l’immobilisme de la masse et des groupes de pression qui génère une gestion du changement chaotique au niveau de la société. Bref, le fondement de la question n’est pas là, mais plutôt sur qu’est-ce que peut promettre politiquement un parti en termes de réponse versus l’innovation? Ma réponse se formulerait ainsi :

  1. Mise en place d’un budget dédié à la R et D interne dans chacun des ministères + création d’un programme de “Vitrine techno” dans chacun des ministères pour permettre d’amener l’innovation externe de jeunes pousses (aka Startups) à l’interne;
  2. Instaurer des règles avec l’AMF pour faire que le CivicFunding et le CrowdFunding soit en partie déductibles d’impôt;
  3. Sortir, tous les 6 mois, un SWOT versus les innovations à l’échelle mondiale, et ce publiquement. Le SWOT serait bâti par une équipe de veille interministérielle. Le SWOT validerait aussi les impacts sur nos lois, mais aussi sur les changements à prévoir pour les ministères;
  4. À travers un réseau d’incubateur panquébécois (des incubateurs déjà existants et pour chaque secteur de l’économie), avoir un programme d’accueil de projets en phase d’idéation pour encourager la culture de l’innovation;
  5. À chaque année avoir une bourse spéciale et significative pour une innovation artistique majeure, car je crois aussi que c’est par l’art et la culture qu’on doit innover. Cette bourse sera complémentaire aux programmes en place qui eux aussi seront aussi révisés sur les KPI à mesurer pour faire encore plus de place à l’innovation.

B — STRATÉGIE NUMÉRIQUE ET ADMINISTRATION PUBLIQUE

Je rejoins CFD sur ce point. Un plan c’est imparfait et ce n’est pas fait pour être parfait. Un bon plan est un plan qui laisse de la marge pour faire face à l’inconnu et “embrasser” cet inconnu. Ce qui pourrait être amélioré à mon avis c’est de réformer l’administration publique pour inculquer un fonctionnement en gestion de projets et de travail collaboratif. Après cela nous pourrons nous attaquer à simplifier les interactions avec les citoyen(ne)s et le milieu des affaires via une révision complète de nos processus d’interaction avec les citoyen(ne)s.

Il en va de même aussi pour les collaborations à établir avec les autres gouvernements, et ce, pour le développement des politiques publiques.

Finalement, je crois que les textes de loi devraient faire place à une cocréation avec les citoyens à l’image de ce qui a été fait en France pour la politique sur le numérique du temps d’Axelle Lemaire.

C — ACCÈS À L’INFORMATION

Pour moi les enjeux sous-entendus dans cette question sont ceux de la mise à jour, de l’interfaçage des données et de leurs normalisations.

Dans un monde idéal, une bonne intégration d’une technologie basée sur la Blockchain pourrait être vraiment utile à cet effet pour créer un registre ouvert, sécurisé et dont les données pourraient être mise à jour à continue ou selon les protocoles établis. Je ne veux pas mettre ici la Blockchain pour avoir l’air cool, mais je crois que c’est la technologie qui permettrait vraiment de remettre les données aux mains des citoyens. En fait l’objectif est surtout de faire un registre ouvert d’accès, mais pour lequel la fonction publique et le Gouvernement pourraient aussi voir et comprendre ce que les gens font avec les données pour y créer de la valeur ajoutée. L’important ici c’est que les données mises à disposition soient le plus brutes possible tout en préservant les enjeux de confidentialité.

Ensuite, imaginé un registre des lois bien classés et pour lequel nous sommes en mesure de voir chronologiquement les amendements, les changements, mais qui serait aussi bâti à la manière des contrats intelligents en déclenchant automatiquement des actions une fois que les conditions sont remplies.

Finalement, de ma courte expérience dans le monde gouvernemental, je constate qu’il y a une perte de productivité dans l’organisation qui est due à la gestion de l’information à l’interne. Les processus de partage de documents ou de coconstruire ceux-ci ou simplement de les réviser, date de l’époque de la machine à écrire. Le courriel a simplement permis de réduire la messagerie interne sans ouvrir les horizons plus loin… Et je préfère passer sous silence lorsqu’il y a une demande d’accès à l’information où là la perte de productivité atteint des sommets, alors qu’il serait si simple, avec des bonnes règles de gouvernance de données, d’imputer le fardeau de la recherche aux demandeurs.

D — COMMERCE ÉLECTRONIQUE

Ma réponse se résume par ce GIF :

Mais en gros je ne fais pas partie des défaitistes qui pensent que tout est fini pour nos commerçants versus de grands joueurs comme Amazon. Je crois par contre que nos commerces doivent être accompagnés par des organismes neutres pour les aider à comprendre et faire des choix sur le virage numérique qu’ils ont à prendre. Ce ne sont pas tous les commerces qui ont besoin d’avoir un site avec une plateforme transactionnelle , mais pour ceux que c’est le cas, il est primordial pour eux de penser à l’expérience qu’ils souhaitent offrir à leur clientèle afin de stimuler leur achat. C’est comme un magasin qui a des étagères en métal cheap, des néons blancs et un plancher en tuiles grises versus un magasin qui investit dans son décor pour faire vivre à sa clientèle une expérience; dans lequel souhaitez-vous acheter le plus? Je dis cela et il est bien possible que pour certains articles le magasin au néon soit l’endroit où vous souhaitez acheter; de là que les commerces doivent refléter leur ADN en ligne. Bref, les commerçants doivent fixer leurs objectifs de leur présence en ligne, car cela peut être informationnel, transactionnel ou même pour la création d’une communauté et d’un sentiment d’appartenance fort envers l’établissement, et donc les moyens pour ce faire ne seront pas les mêmes. L’important c’est qu’ils fassent les choix en fonction de répondre à leurs ambitions en comprenant bien les implications que cela aura sur leurs opérations.

E — CULTURE

Je crois que le défi ici débute avec la gestion des droits d’auteurs. Avant de lire ce qui suit, je tiens à dire que je suis un partisan des droits d’auteurs et que chaque créateur doit y avoir accès dans la mesure où cela fait partie de son modèle d’affaire. Bref, autant pour la création, la production, la mise en marché et la diffusion, les façons de faire actuelles en terme de droits d’auteurs sont basées sur des modèles du 19e siècle qui réussissent à survivre, car les principaux lobbys refusent d’entrouvrir la porte pour comprendre les besoins des consommateurs. Je sais , je sais, déjà avec cette phrase j’ai la moitié de l’industrie de la culture qui souhaite m’envoyer

mais, mon constat demeure que l’accessibilité aux œuvres via le numérique est tellement difficile que cela encourage le piratage. Je crois que les auteurs des œuvres devraient demeurer les maîtres d’œuvre sur la gestion des droits d’auteurs (s’il le souhaite ils pourront les confier à une société de gestion) et de cette façon réduire le “mille feuilles” d’intervenants de l’industrie pour augmenter la quote-part direct de leurs droits. Je crois que les créateurs doivent comprendre qu’ils sont aussi des entrepreneurs et qu’ils doivent penser à leur modèle d’affaire lorsqu’il créer une œuvre. Qui sait, peut-être que l’idée de Guillaume Déziel avec son registre basé sur la Blockchain mériterait d’être testé pour permettre aux créateurs de paramétrer la façon qu’ils souhaitent que leurs œuvres soient achetés et/ou partagés dans l’univers numérique.

Un autre élément que je souhaite soulever ici, c’est qu’il faut arrêter de vouloir créer des plateformes en parallèle et focuser pour se positionner où le “marché” est. Si YouTube à 2 milliards de personnes dans son “réseau”, il serait peut-être intéressant de tenter d’exploiter cela de la bonne façon pour rejoindre les gens là où ils sont plutôt que de tenter de les attirer sur une autre plateforme qui coûterait une fortune à bâtir et à commercialiser. Je fais donc partie de ceux qui ne craignent pas que notre identité culturelle va se perdre sur le Web, mais plutôt qu’il faut être audacieux dans notre volonté de faire rayonner celle-ci et cela passe par une meilleure ouverture aussi des droits d’auteurs pour permettre que notre culture soit consommée facilement à l’étranger.

Finalement, est-ce qu’il faut modifier le système de subventions, crédits d’impôt, etc. pour tenir compte du numérique ? Je dirais oui, mais peut-être pas dans l’aspect création, car je crois que cela peut conduire à faire du numérique pour faire du numérique chez certains artistes. Il faut cependant stimuler les artistes à ouvrir l’aspect de diffusion de leur oeuvre via le numérique et c’est peut-être sous cet angle que j’amorcerais cette révolution.

F — DÉMOCRATIE

À la question A, j’ai mentionné des idées pour stimuler le Crowdfunding et le CivicFunding et je crois que cela serait un bon départ. Je crois que l’introduction de certaines notions de budget participatif grâce au numérique pourrait être une autre façon de stimuler la participation citoyenne de façon continue, mais je suis loin de penser qu’il faut que le budget du Québec soit fait de manière participative. Il y a beaucoup trop de variables, beaucoup trop complexes à maîtriser. Par contre, je crois que la réédition de comptes et la transparence à l’aide du numérique devraient être une valeur à mettre de l’avant dans notre société et que cela aiderait à réduire la crise de confiance perpétuelle que la population a versus le gouvernement.

Aussi, à l’image de ce que nous avons fait récemment pour l’industrie de l’IA, je crois que l’on devrait pousser pour que le Québec devienne un modèle de CivicTech à l’image de ce que l’Estonie réussit à accomplir. Je trouve particulièrement innovant l’idée de citoyenneté numérique d’un pays et bien que je ne maîtrise pas complètement tous les tenants et les aboutissants de ce concept, je crois que le gouvernement devrait s’engager à l’explorer. Qui sait, l’indépendance ou une meilleure mise en valeur de la société distincte du Québec passe peut-être par cette voie… (en passant je tiens à sincèrement préciser que je suis complètement neutre versus cet enjeu, mais que je tenais à soulever l’idée). Pour revenir au CivicTech, je crois que supporter ce vecteur de développement viendra casser la relation unidirectionnelle des communications que le gouvernement met en place versus la population et que cela ouvrira enfin le vrai dialogue qui devrait exister entre un gouvernement et ses citoyens. Je crois aussi que cela aura un impact majeur sur le travail des députés pour les mettre encore mieux au coeur de l’action et des préoccupations de leurs citoyens.