Photographe professionnel, où s’informer sur les démarches et les droits ?

Pierre Morel
Nov 10, 2016 · 8 min read
Débat lors de la journée « Des Idées Pour Demain » organisé le 20 mars 2010 à l’Hotel Sauroy par l’association Freelens à l’occasion de son Assemblée Générale.

Mis à jour le 31 mai 2019.

Je ne cesse de recevoir, tous les jours, des questions de confrères photographes (pros ou non) concernant le prix d’une photo, les astuces pour remplir sa déclaration 2035 ou les arguments pour refuser de se mettre sous le régime de l’auto-entrepreneuriat. Je tache toujours d’y répondre dans la limite de mes compétences, convaincu que c’est en partageant notre savoir qu’on arrivera à rationaliser la pratique de ce métier, à éviter que les prix baissent ou que nos statuts et régimes sociaux deviennent une coquille vide.

Connaître ses droits, ses devoirs et les démarches à effectuer pour un photojournaliste ou un photographe auteur devrait être le préambule indispensable à l’exercice de cette profession. Malheureusement, une grande partie des photographes (en place ou en devenir) pâtit d’une ignorance presque totale quant aux conditions d’exercice du métier. Si il est de la responsabilité des organisations professionnelles, des écoles et des photographes les plus au fait de nos droits de communiquer d’avantage sur les bonnes pratiques de notre métier, il est tout autant nécessaire que ceux qui sont perdus vis à vis de ces questions fassent l’effort de se documenter, d’apprendre nos règles et pourquoi pas d’adhérer à une organisation. Pour ces photographes c’est l’assurance de paraitre professionnel aux yeux des journaux et des clients et c’est aussi éviter des ennuis fiscaux ou sociaux.

Je propose donc, ci-dessous, un condensé non exhaustif de ressources sur la pratique du photojournalisme et de la photographie d’auteur en France. Je précise que je mélange les ressources concernant le statut du photojournaliste (rémunéré à la pige par une entreprise de presse) et celles concernant le régime du photographe auteur (vivant de la vente de droits d’auteurs à des entreprises, des ONG, des particuliers). Ce mélange des ressources se justifie parce que la majorité des photojournalistes d’aujourd’hui travaille à la fois comme pigiste et comme photographe auteur.

Les organisations professionnelles

Syndicats ou associations, ces organisations réunissent des photographes ou des journalistes convaincus de la nécessité de défendre leurs métiers et de s’unir pour être plus fort. Si elles peuvent s’appréhender comme un guichet de services utiles (documentations, carte de photographe, soutien juridique), il convient de prendre conscience que ces organisations ont besoin d’activistes. Ce sont des outils à prendre en main.

  1. Photojournaliste, vous avez la possibilité d’adhérer à un syndicat de journalistes. Les deux principaux sont le SNJ-CGT et le SNJ. Ils disposent tout deux d’un pôle pigiste et d’interlocuteurs au fait des problématiques que nous rencontrons. Leurs sites web contiennent des informations sur le statut de journaliste et ils sont éditeurs de nombreuses brochures sur nos droits. Voir par exemple “Pigiste Mode D’Emploi”. Le SNJ a un groupe facebook très actif pour les pigistes.
  2. Différentes d’un syndicat, les associations de journalistes existent surtout dans l’objectif de créer un réseau professionnel. Elles peuvent toutefois être un lieu d’apprentissage de nos droits et devoirs. A ce titre je recommande chaudement l’association Profession Pigiste qui réunit des photographes et des rédacteurs pigistes. Voir leur abécédaire de la pige.
  3. L’Union des Photographes Professionnels (UPP) est la première association professionnelle pour les photographes qu’ils soient photographe auteur ou photojournaliste. Représentant plus de 800 photographes, l’UPP est l’organisation incontournable pour les photographes. L’adhésion offre un accès à de la documentation spécialisée, un soutien juridique en cas de problème ou encore une carte professionnelle de photographe. Le site internet de l’UPP regorge lui d’informations pratiques d’un barème indicatif des tarifs à pratiquer mis à jour chaque année mais payant depuis 2011. De plus, l’UPP organise à La Maison des Photographes des formations, ouvertes à tous, sur nos droits. A lire et diffuser, le guide : “Photographe professionnel, Mode d’emploi”
  4. La SAIF : Elle est en charge de collecter et reverser les droits d’auteurs issus de la gestion collective. Elle dispose aussi d’un service juridique gratuit qui peut agir pour vous en cas de contrefaçon. La SAIF garde ensuite 15% de l’indemnité qu’elle perçoit. Tout photographe devrait en être membre. L’adhésion à vie est de 15,24€. Vous pouvez aussi rejoindre la SCAM qui fait le même travail.

Les « institutions »

  1. Le Centre des Impôts de son domicile. Je déconseille souvent d’aller directement au centre des impôts pour demander des informations quand on se lance. En effet, peu d’agents sont au fait des subtilités de notre métier. Un rendez-vous peut permettre de clarifier certaines choses mais allez-y en étant, au préalable, bien informé sur vos droits.
  2. L’AGESSA, c’est l’organisme qui s’occupe de l’aspect sociale des artistes auteurs (dont les photographes). On a souvent à faire avec eux et leur site est précis en informations. Le must read est le guide pratique de début d’activité des auteurs. Il y a aussi des informations sur nos retraites ou notre couverture avec l’assurance maladie.
  3. Audiens, organisme de prévoyance spécialisée dans les métiers de la presse, elle propose une couverture santé complémentaire pour les photojournalistes pigistes. C’est grâce à l’action de l’association PEPS que nous avons cette possibilité d’être correctement couvert. Audiens propose aussi, depuis septembre 2010, une assurance pour les photojournalistes pigistes en reportage à l’étranger. RSF propose aussi une assurance pour les reporters en zone de conflit.
  4. l’AFDAS : L’organisme de financement et de gestion du droit à la formation continue pour les photojournalistes pigistes et les photographes auteurs à l’AGESSA. Les conditions sont assez avantageuses, profitez en !
  5. La Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels (CCIJP) qui délivre la carte de presse. Toutes les conditions et questions pour l’obtenir sont clairement indiquées sur le site.

Les livres

  • La référence pour les photographes auteurs est le livre d’Eric Delamarre : Profession photographe indépendant. Vendu 24,70 euros, il contient toutes les informations pratiques pour se lancer dans ce métier et l’exercer correctement. Il est mis à jour tout les 2 ou 3 ans. Un classique indispensable. Je conseille de l’acheter lorsque vous débutez et ensuite de préciser certains points grâce aux autres ressources de cet article. Son auteur a crée un groupe facebook pour répondre au question : https://www.facebook.com/groups/devisexcelgpla/
  • Le Guide de la Pige : Un pavé dont la dernière édition date de septembre 2010 (et qui ne semble malheureusement plus réedité). Très riche et précis concernant les droits des pigistes, il propose aussi un annuaire professionnel ainsi que des conseils pour mieux travailler. Réservez-lui une place sur votre bureau. C’est la bible.
  • Sur la stratégie professionnelle et le développement de son business, Eyrolles édite de nombreux bouquins de qualité dans sa collection “photographe pro”

Les sites web

Je ne mentionnerais pas tous les blogs et forums qui évoquent épisodiquement nos droits. Je vous signale juste quelques sites qui font référence et qui contiennent bon nombre d’informations pratiques avec des personnes capables de répondre à vos questions.

  1. Paye Ta Pige :Lancée par une journaliste pigiste, ce site compile l’ensemble des tarifs pratiqués par les rédactions en France. Il utilise le crowdsourcing (soumissions d’informations par les pigistes). Une bonne base à consulter et alimenter. Les anglo-saxons ont depuis quelques années le site : https://whopaysphotogs.tumblr.com/ avec les tarifs dans la presse internationale.
  2. Droits et Photographie, le blog de Joëlle Vebruge, citée plus haut, est devenu une référence sur le web depuis 2009. Cette avocate de métier y traite de nombreux aspects de la commercialisation des photos. Elle a aussi lancé Jurimage, un site d’information sur le droit en lien avec nos métiers. Payant et d’excellente qualité. Pour s’abonner à l’année et avoir accès à tout les articles, il faut se rendre sur le site de 29Bis
  3. Le site d’Eric Delamarre, également cité plus haut, donne des informations et des modèles de notes d’auteurs. Très complet. AInsi que son groupe facebook : https://www.facebook.com/groups/devisexcelgpla/
  4. Le blog du photographe Cédric Girard. Son billet daté de 2009 « Débuter comme auteur photographe » est très didactique et le garçon répond aux commentaires. A lire et à mettre à jour avec la réglementation actuelle.
  5. Les rubriques « démarches/pro » de certains forums photos. Elles manquent toutefois de réels professionnels pouvant répondre aux questions, à lire avec précaution : Virus Photo, Chasseurs d’Images ou encore Eos-Numérique ou le forum de Categorynet, un portail de journalistes.
  6. Il existe plusieurs groupes facebook et compte twitter où recevoir des informations comme par exemple “Le front de défense des photographes” ou > Vivre de la Photographie — La communauté des Photographes Stratèges

Les listes de discussion

Très professionnelles, on y rentre en montrant patte blanche et elles ne sont pas ouvertes aux amateurs. Elles sont destinés à échanger sur des questions précises (tarifs notamment) ou sur des problèmes avec tel ou tel journal.

  1. La liste Pige. Elle réunit plus d’un millier de pigiste (rédacteur, photographe, JRI) et contient des archives d’une grande richesse.
  2. La liste EP France. Lancée en février 2010, elle réunit 350 photojournalistes pigistes francophone. Elle discute spécifiquement des problématique du photojournalisme contrairement à la liste pige. Je vous recommande, si vous êtes photojournaliste professionnel, une inscription sur les deux listes. Depuis quelques années EPFrance s’est ouvert aux photographes professionnels non photojournaliste et traite des questions de tarifs et pratiques dans le secteur.

Pour conclure, je rappelle aussi qu’il y a des ateliers, des conférences ou des rencontres à travers toute la France sur ces questions des droits et bonnes pratiques (citons par exemple les apéros pigiste, les stands UPP à Arles ou Visa pour l’Image). Un suivi attentif des liens cités ci-dessus permet d’être tenu au courant. Je ne mentionne pas non plus les différents magazines spécialisés qui évoquent ponctuellement ces questions. Ce que je donne est une porte d’entrée, à vous de faire la démarche de vous informer correctement et de vous déplacer le cas échéant.

N’hésitez pas à me suggérer, en commentaire, d’autres liens et ressources concernant nos droits. Je mettrais cet article à jour.

Pierre Morel

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I am a young and creative photojournalist working worldwide www.pierremorel.net