La réponse d’Einstein au terrorisme

Pierre Pilleyre
Aug 24, 2017 · 5 min read

Les événements récents un peu partout en Europe font du terrorisme le principal défi du début de notre siècle. Si les incidents ayant pris place sur le vieux continent nous touchent par leur proximité, n’oublions pas que nous sommes loin d’être une cible prioritaire : en 2014 cinq pays comptent plus des trois quarts des victimes (Afghanistan, Irak, Nigeria, Pakistan et Syrie). À notre époque globalisé, le terrorisme est un problème mondial.

Seulement il n’y pas de solution qui s’impose d’elle-même. La stratégie de la mouche utilisée par les terroristes provoque dans les pays victimes d’attentats des relents nationalistes voir racistes, qui forment le terreau des futurs djihadistes. Mis à part l’initiative militaire, qui n’a jamais permis de combattre une idéologie, aucune solution pertinente n’est envisagée pour bloquer l’engrenage de la haine.

Dans ce contexte il est intéressant de se rappeler le combat d’Einstein dans les années 1930.

Einstein et le pacifisme

Einstein est considéré, sûrement à juste titre, comme l’un des plus grands scientifiques ayant jamais foulé la Terre. L’inventeur de la célèbre équation E=mc2 et des théories de la relativité restreinte et générale a révolutionné la physique jusqu’à obtenir le prix Nobel en 1921. Élu personnalité du 20e siècle par le Time, Einstein a profondément marqué le monde de son emprunte.

En plus d’être un génie scientifique Einstein était un citoyen engagé et militant. Il a lutté toute sa vie contre les discriminations, contre les politiques nationalistes et pour la cause juive. Mais son plus grand combat fut certainement celui du pacifisme. Einstein vouait une haine profonde pour la guerre et tous ceux qui en faisaient l’apologie. L’armée, qui représente le bras armé des nations, cristallise ses critiques. Voyez comme ses mots sont durs :

« La pire des institutions grégaires se prénomme l’armée. Je la hais. Si un homme peut éprouver quelque plaisir à défiler en rang aux sons d’une musique, je méprise cet homme… Il ne mérite pas un cerveau humain puisqu’une moelle épinière le satisfait. Nous devrions faire disparaître le plus rapidement possible ce cancer de la civilisation »

Pendant la période d’entre-deux guerres, où les tensions en Europe s’intensifient, Einstein se montre très actif. Il milite activement contre le national-socialisme en Allemagne et tente grâce à son influence de lutter contre les tendances nationalistes qui enflent partout.

En 1923 Einstein devient même membre actif de la Commission Internationale de Coopération Intellectuelle rattachée à la Société Des Nations (ancêtre de l’ONU). L’objectif est d’encourager le rapprochement culturel des peuples en vue d’une « préparation morale à la paix ». Il y œuvre énergiquement pour la paix dans le monde.

La proposition d’Einstein

Avec tous le grabuge en Allemagne son activité s’accentue. Il va même quitter l’Académie des Sciences de Prusse car il ne souhaite plus faire partie d’une organisation qui tolère les agissements du gouvernement Allemand de l’époque.

« Je refuse de séjourner dans un pays où la liberté politique, la tolérance et l’égalité ne seront pas garanties par la loi. Je maintiendrai cette attitude aussi longtemps que nécessaire. Par liberté politique je comprends la liberté d’exprimer publiquement ou par écrit mon opinion politique et par tolérance, j’entends le respect de toute conviction individuelle. »

Face à cette mouvance, la position d’Einstein est claire : la paix ne peut être préservé qu’avec un désarmement immédiat de toutes les nations. Un désarmement progressif serait inapplicable puisqu’aucun pays n’accepterait de se découvrir laissant la possibilité à ses ennemis de l’attaquer. Il faut donc que tous les pays s’accordent précisément sur ce point.

Parallèlement, pour régler les conflits entre états, il souhaite la création d’une institution supranationale qui serait en charge de régler les conflits internationaux. Une sorte de tribunal mondial. Tous les pays devraient reconnaitre cette institution et suivre ses décisions. Ainsi plus de guerres, plus de morts, et une humanité pacifiée.

La proposition d’Einstein ressemble plus à un fantasme qu’à une solution envisageable. Mais prenez en considération l’intelligence et la sagesse de cet homme. Même si l’application de son idée semble difficile, il ne faut pas douter de sa lucidité.

La vision d’Einstein et le terrorisme

Si les propositions d’Einstein à cette époque avaient été adoptées, les conséquences aujourd’hui seraient gigantesques. La monde n’aurait pas connu la seconde guerre mondiale ainsi que tous les conflits qui prennent place depuis. Mais plus actuellement, le terrorisme n’existerait sûrement pas.

Assez logiquement, les armes devenues inutiles, le djihadisme perd son principal moyen d’action. Mais encore plus profondément, le terrorisme n’aurait simplement pas lieu d’être. Il se développe aujourd’hui principalement par opposition. Opposition au racisme, à la pauvreté, à l’exclusion, à la mort.

Au Maghreb, au Proche et au Moyen-Orient le terrorisme s’est développé dans une pauvreté extrême. Les différentes interventions occidentales n’ont servi qu’à cultiver l’héritage colonialiste où ces populations étaient toujours considérées comme inférieurs. Ces cicatrices sont à l’origine de l’indenté du terrorisme, qui dépeint un monde manichéen dans lequel les mécréants n’ont pas le droit de vie.

David Thomson dans son livre Les Revenants explique bien pourquoi certains français adhèrent à cette idéologie. Ils subissent une discrimination constante, ne se sentent pas représentés et vivent ghettoïsés. Dans les périodes de doutes ils deviennent facilement manipulables et se font embrigadés.

Mais tout cette mouvance aurait-elle eu lieu sans les conflits militaires des 70 dernières années ? La fracture sociale avec les populations issues de l’immigration existerait-elle ? Les Etats-Unis ont un budget militaire de 611 milliards d’euros en 2016. Le terrorisme aurait-il vu le jour si ne serait-ce qu’une partie de ce budget était attribué au développement des pays pauvres plutôt qu’à leur faire la guerre ?

Il est évidemment impossible de répondre à ces questions. Mais elles ont le mérite de mettre en évidence certains principes essentiels : la guerre n’est jamais une bonne solution. L’humanité dans son ensemble et sa diversité se doit d’être solidaire et non de s’entretuer. Et nous devrions plus souvent écouter les conseils des individus sages et intelligents comme Einstein.

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