Le format MPEG layer 3 [classic post, Jan ‘99]

La terre tremble, la terre tremble sous les pieds des grands pontes de l’industrie du disque car leur plus grande peur s’est réalisée.
 Depuis quelques mois un nouveau format de support audio a fait son entrée auprès du grand public ; un support peu encombrant, pratique d’emploi et pis que tout, duplicable à l’infini sans frais ni perte de qualité. Une vrai bombe.

La bête s’appelle MP3, ou Mpeg — Layer 3 ; j’explique : le support MP3 est un support numérique, un fichier informatique créé, joué à l’aide d’un micro-ordinateur.
 Jusqu’ici, rien de neuf, les fichiers son, vous connaissez : wave, aiff, au etc… La principale différence avec les traditionnels fichiers .wav réside dans le fait que les fichiers MP3 pèsent grosso-modo dix fois moins.
 Là où il fallait disposer de 650 Moctets d’espace disque pour stocker le contenu d’un Cd audio sur son disque dur ; le format MP3 ne requiert pas plus de 65 Moctets, le gain est énorme.
 Plus encore énorme lorsqu’on considère les gains de débit sur l’internet : 10 minutes pour télécharger une chanson de 5 minutes (avec un modem 56k et un réseau fluide) contre 1 heure 40 avec le .wav.
 Vous comprenez mieux pourquoi les majors ont peur : des fichiers son voyageant sur le WWW, d’une excellente qualité sonore et duplicable à l’infini ! ! ! Il y a de quoi avoir des cauchemars.

Comment ça marche ?
 Je vous l’ai dit, MP3 signifie MPEG — Layer 3. Le procédé MPEG (du nom du groupe d’experts qui lui ont donné le jour, Moving Pictures Expert Group) permet la mise en ligne de données audiovisuelles.
 La société Fraunhofer eu, la première, l’idée d’adapter les techniques de compression de données vidéo au domaine du son, le MPEG audio était né. Layer X désigne le degrés de compression; X variant de 1 à 3. La compression Layer 3 correspondante à la plus importante, qui permet de diviser la taille des fichiers par un facteur 10. L’invention allemande est depuis, devenu le format broadcast standard pour toutes les radios FM possédant une régie numérique.
 A la différence d’autres formats jalousement gardés tel Real Media ou Quicktime, le MP3 est par excellence le format de la libre distribution. Il existe des dizaines de logiciels de lecture ou d’enregistrement libres ou très bons marchés.
 La seule exclusivité de Fraunhofer réside dans la production de codecs de compression. Il s’agit de bibliothèques de type audio, qui une fois intégrées à la base de votre PC lui permettent de reconnaître le type MP3 comme le type de fichier son standard au même titre que le wav. Ces fichiers systèmes sont beaucoup moins largement distribués. On ne peut se les procurer qu’en achetant certains logiciels onéreux qui en assurent l’installation automatique.
La plupart des logiciels disponibles sur le marché peuvent marcher sans ces codecs, mais généralement leur fonctionnement peut être largement amélioré par ceux-ci ; aussi n’hésitez pas à télécharger les codecs MP3 Fraunhofer et leur installateur, aujourd’hui inclut dans le plugin’in vidéo MPEG 4 DivX.

Tout ceci existe depuis déjà longtemps, la révolution vient d’une part de l’apparition de la norme MP4 qui pousse encore plus loin les performances du format, et d’autres part d’inventions qui permettent au MP3 de quitter son carcan informatique. Aujourd’hui fleurissent WALKMAN MP3 et autoradios.
 Ceux-ci offrent une totale liberté d’utilisation : un baladeur sans mécanisme, sans moteur, ultra léger, insensible aux chocs… seul détail persistant , le cordon ombilical qui permet de l’alimenter en musique depuis un micro-ordinateur ou le WWW. Deux produits se disputent le marché : le MPman et le Diamond RIO. Le premier souffre de sa position d’éclaireur et le plus récent, le RIO, pourtant moins satisfaisant du point de vue de l’écoute, devrait rafler le marché.

Et c’est ici qu’arrivent les artistes, enfin ! puisque jusqu’ici la production de MP3 était assurée par les usagers qui copiaient leur CD, ceux de leur amis, ceux de la médiathèque, ceux de la FNAC en MP3.
 Notez que d’après la loi des copyright chacun peut légalement copier n’importe quoi en MP3 sur son disque dur ou son RIO tant qu’il n’en fait pas distribution, ni performance publique.
 Aujourd’hui des artistes de tous poils, tous bords inondent, depuis leurs home-studios, le web de leurs productions personnelles ; une nouvelle scène est née, sans concerts, groupies ni labels ; une scène virtuelle et libérée des chaînes copyright.
 La vieille scène musicale (celle qu’on palpe dans les magazines) traditionnelle n’est désormais plus en reste puisque des artistes prennent l’initiative de mettre en ligne leurs productions. 
 En octobre dernier le groupe anglais NIGHTNURSE sortait le premier 7inch virtuel de l’histoire de la musique en Angleterre. Le dernier LP de Franck Black sort sur un label entièrement tourné vers la distribution par MP3 : GOOD NOISE music.

Le cas du groupe rap PUBLIC ENEMY est particulièrement intéressant : le prochain album du groupe fut un temps disponible dans son intégralité sur le WWW, avant que leur maison de disques ( universal ) n’y mette bon ordre. 
 Le 8 Janvier dernier, PUBLIC ENEMY récidivent en sortant un single, ‘Swindler’s lust’, sur leur site en MP3 et, nouveauté, en MP4. Le texte du titre, ‘Swindler’s Lust’, traite de l’industrie de la culture de masse, comparant l’artiste noir à l’esclave de l’industrie de l’entertainement, dénonçant des années d’exploitation de petits producteurs sous-payés par des majors toujours plus opulentes.
 Le 13 Janvier, nouveau rebondissement, PUBLIC ENEMY quittent leur label Def Jam et décident d’assurer la distribution de leur dernier Lp ‘Bring The Noise 2000’ exclusivement via le net. Walter Leaphart, le manager de Chuck D a déclaré au magazine US Billboard que PUBLIC ENEMY étaient à la recherche d’un nouveau contrat.
 Def Jam a confirmé la rupture du contrat, mais a précisé qu’il n’y avait aucun lien avec l’affaire MP3. Le label Def Jam, formé par Russel Simmons et Rick Rubin au début des années 80, qui a signé des artistes tels The Beastie Boys (qui ont été également forcés de retirer de leur site les extraits de concerts en MP3 ), Run DMC ou LL Cool J, a été le premier a amener le rap dans la grande distribution. Malheureusement, le label a été, comme beaucoup, absorbé par Polygram, devenu depuis la plus grosse major à l’échelon mondial.

Le 15 Décembre dernier, la RIAA (Recording Industry of America), Microsoft, Liquid Audio, AOL, Lucent et ATT ont communiqué leur opposition commune à l’adoption du format MP3 comme standard pour le web.
 Il s’agit là d’un effort désespéré des majors des médias et de l’industrie de l’information pour garder le contrôle du marché, prétendant à tort que le format MP3 risque de porter préjudice aux artistes. Rien n’est plus faux puisque ce dernier va permettre à un nombre inédit d’artistes de mettre un pied sur le marché.
 Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère marqué par l’explosion des productions home-studio. Aussi la perspective de l’apparition de milliers de micros labels oblige les majors à revoir leur conduite. Toute la dictature du talent-scout ou A&R s’en voit ébranlée.

Et demain? Après le MP3, le mP4 tout simplement. Il s’agit cette fois, de pousser encore les possibilités de la compression non seulement au niveau de la réduction de la taille des fichiers, mais également au niveau des informations contenues. Il s’agit d’incorporer des données relatives au codage du son mais aussi utilitaires, tel le player intégré au fichier son.
 Dans un deuxième temps, avec le MP4 version 2 (prévu pour fin 99) on devrait voir apparaître de l’environnemental audio (son 3D) et d’autres réjouissances.
 Pour exemple, se reporter au site de PUBLIC ENEMY et télécharger ‘Swindler’s Lust’ en MP4 (player inclus).

Le Diamond RIO PMP300

Le player mpeg portable RIO de la société Diamond Multimédia est désormais disponible à peu prés partout sur la planète. L’engin est léger (70 grammes), petit (plus qu’une cassette audio) et doté d’une mémoire flash qui lui permet de stocker jusqu’à une heure de musique mP3, soit l’équivalent de 60 Moctets d’information.
 Puisque vide de tout élément strictement mécanique, la bête ne consomme que très peu d’énergie, et peut donc fonctionner 12 heures d’affilée. En option, on peut s’équiper de cartes mémoire supplémentaires et ainsi doubler la mise.
 En ce qui concerne la connexion vers un PC, elle s’effectue via le port parallèle; le câble et le logiciel d’exploitation sont inclus. Compter $200 (# 1200 FF), ou £170 (#1700 FF).

Les caractéristiques de son concurrent, le Mpman (l’étymologie n’est pas sorcière à comprendre), sont sensiblement équivalentes mais il semblerait que ce dernier surclasse le RIO au chapitre de la qualité du son restitué. Aussi, il est à déplorer que le Mpman soit loin d’être aussi bien distribué que le RIO.

NIGHTNURSE

NIGHTNURSE est le premier groupe anglais a sortir un single sur le Web, c’est bien la seule chose dont il puisse retirer une maigre fierté. Les chansons, ‘IDF’ et ‘The big sleep’, sont des compositions punk-pop tout à fait moyennes ; la pochette du single, téléchargeable, est assez laide.
 Le site lui, est incapable d’assurer la distribution de fichiers MP3 puisque le contenu des fichiers en question s’affiche en ASCII dans le browser au lieu de déclencher la procédure normale. Il faut faire preuve de ruse pour télécharger les sons, puis opérer un indispensable opération de ‘descramblage’ (pour effacer les effets néfastes du téléchargement artisanal) à l’aide d’un logiciel adapté.

Il faut donc savoir télécharger un fichier MP3 lorsque le serveur n’est pas configuré pour, ne pas s’étonner d’entendre un son exécrable, avoir l’initiative de ‘descrambler le fichier, trouver le logiciel nécessaire… un véritable parcours du combattant, inaccessible aux novices.
 Pour un groupe qui se vante d’être le premier en Angleterre à coller un single en ligne, il n’y pas de quoi pavoiser !

Heureusement pour NIGHTNURSE, le single est également distribué dans le bacs, ce qui leur laisse une chance d’en fourguer quelques copies.

Note : 
première publication sur le webzine Soit dit en Passant (SDEP.com) en Janvier 1999.
http://www.soitditenpassant.com/dossiers/mpeg_layer3.html

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