Le Dernier Héros : historique d’un premier roman

Mon premier roman est sorti. Il s’appelle Le Dernier Héros, et si vous voulez en savoir plus, je vous invite à visiter www.pierrevergeat.fr

Ceci étant dit, j’aimerai profiter de ce nouvel article pour revenir en détail sur l’histoire de ce roman, de l’idée initiale à la signature du contrat d’édition. Sous forme de post-mortem, je vais partager avec vous ces 3 ans de travail, d’écriture, de démotivation, de doutes, de joie. Pour moi, Ce sera comme une manière de tourner définitivement la page et attaquer un nouveau projet. Pour vous, j’espère que toutes les erreurs que je vais évoquer, tous les doutes, tous les échecs seront une source d’inspiration pour, peut-être, répondre à certaines questions que vous vous posez.

Trêve de bavardage. Attachez votre ceinture, nous partons pour un voyage dans le temps.

Fin 2015/ Début 2016 : une idée

Nous sommes fin 2015. Batman vs Superman le film a été annoncé, et nous vivons déjà dans un monde cinématographique où les super-héros ont envahi les écrans. Ils sont beaux, ils sont forts, ils nous protègent du mal par leurs pouvoirs incroyables. Peu importe les difficultés, peu importe les ennemis, les super-héros gagnent toujours à la fin. Quand la mort les touche, ce n’est que temporaire. Un super-héros ne meurt pas. Au pire, il ressuscite. Même s’ils font partie de notre quotidien, qu’ils sont devenus des icônes culturelles communes, nous ne les connaissons pas vraiment. Bien sûr, nous connaissons leur background, mais que savons-nous de leur quotidien ? De leurs côtés les plus sombres ?

A cette époque, je suis déjà passionné par un genre cinématographique qui va être un élément déclencheur du futur roman : les thrillers coréens. Memories of Murder, The Chaser, A bittersweet life, … tous ces excellents films, je vais les digérer, les intégrer aux super-héros, pour former une simple idée qui deviendra le synopsis de mon premier roman : et si un super-héros mourrait, comment feraient les enquêteurs pour trouver son meurtrier ?

Je trouvais l’idée de tuer un super-héros pour en faire une histoire de polar très originale. Il ne m’en a pas fallu davantage pour commencer le projet le plus important de ma vie.

Mai 2016 : Première version, premiers échecs

Adobe Story — mon premier outil d’écriture

Je découvre l’outil Story Adobe et crée le premier fichier le 7 mai 2016. A l’époque, j’avais comme seules connaissances les quelques interviews que j’avais glané sur “comment écrire un roman” ainsi que mes souvenirs de cours de français. Je me lance donc dans une structure ultra basique découpée en 3 actes. Je pose rapidement un semblant de structure globale, imagine une fin, puis commence à écrire. Gonflé à bloc, j’écris pendant 1 mois les cinq premiers chapitres. Les idées fusent, je me dis que rien ne peut m’arrêter.

Le deuxième mois, les choses se compliquent un peu. Même si j’ai un squelette, certains éléments de l’intrigue me manquent. J’improvise et commence à accumuler les incohérences. Malgré un enthousiasme toujours intact, je sens que mon histoire m’échappe, que je ne l’utilise pas à son plein potentiel.

Ce qui nous amène à août 2016. Les incohérences sont trop nombreuses, mes personnages manquent de chair et de profondeur, mon histoire est bancale. Je trouve les quinze chapitres à chier; aussi, j’abandonne. Purement et simplement. Je jette à la poubelle cette première version du roman tout en faisant un constat simple : si je voulais devenir boulanger, j’apprendrais tout ce qu’il faut savoir pour devenir boulanger. Comment faire une bonne pâte ? Quelle température idéale pour la faire cuir ? Etc. Comment pouvais-je me prétendre écrivain, si je n’apprenais pas les connaissances élémentaires pour le devenir ?

Aout 2016 — Mars 2017 : Apprendre à écrire

Pendant cette période, j’ai dévoré du livre. Plus précisément deux types : de la fiction pour en décortiquer tous ses rouages, et de la théorie sur l’écriture et le scénario. Voici une liste des livres qui ont eu une influence majeure dans mon évolution.

L’anatomie du scénario

L’anatomie du scénario de John Truby : c’est LE livre qui m’a servi à structurer l’histoire du Dernier Héros. Avec ce livre, j’ai appris à créer des personnages avec un vrai fond, de vraies motivations, de vraies interactions. Avec ce livre, j’ai appris à développer une thématique globale. Avec ce livre, j’ai compris pourquoi un décor devait avoir un sens dans l’histoire. Avec ce livre, j’ai décortiqué tout ce qu’il fallait savoir pour structurer un récit correctement. Aucun ouvrage ne peut vous apprendre à écrire une BONNE histoire, mais ce livre m’a appris à mettre toutes les chances de mon côté. L’anatomie du scénario m’a permis de comprendre de quoi je voulais parler, qu’est-ce que je voulais exprimer ? J’ai pu développer la thématique du héros pleinement, à travers tous ses axes de réflexions, les digérer puis les intégrer dans mon roman. Sans ce livre, il n’y aurait pas eu de Dernier Héros, tout simplement.

Ecriture, mémoire d’un métier de Stephen King : Très étrange lecture que ce livre. Ni tout à fait un manuel, ni tout à fait une autobiographie. Pourtant, il m’a apporté bien plus que la majorité des autres bouquins de ce style. Avec une honnêteté percutante, King m’a aidé à développer ma confiance en moi, en tant qu’écrivain. Il a fait descendre de son piédestal l’art de l’écriture dans des actions concrètes, simples et accessibles à tous. Du haut de son statut d’auteur culte, King désacralise son art. Et ça m’a fait un bien fou ! Qu’un auteur de son envergure me dise : “mec, tu veux être auteur ? Lis et écris. Point final.”, ce fut salvateur pour moi.

Le héros aux milles visages de John Campbell : C’était chiant à crever, long comme une éternité, et pourtant j’ai aimé. J’ai aimé ce livre parce qu’au contraire de celui de King, il vous amène dans des hautes sphères de réflexions autour d’un thème qui paraît simple : raconter une histoire. Ce livre est l’extrême opposé d’Ecriture, mémoire d’un métier : il théorise avec une complexité parfois très lourde l’écriture d’histoires, il décortique toutes les mécaniques de conteur. Très enrichissant.

Le voyage du héros de Christopher Vogler : En complément du livre de Campbell, et beaucoup plus tourné pour l’écriture au cinéma, le livre de Vogler m’a beaucoup aidé dans tout ce qui est climax et tension de récit. Grâce à son livre, je pense que j’ai appris à faire davantage rebondir mon suspense et à garder le lecteur.

L’art invisible de Scott McCloud : Une BD qui parle BD, qu’est-ce que ça vient faire dans cette liste ? Et bien même si le sujet semble très éloigné, le livre de McCloud m’a beaucoup appris sur l’art minutieux de la BD, un art que j’affectionne et qui m’a beaucoup inspiré dans l’élaboration du Dernier Héros.

A cela, d’autres livres théoriques et beaucoup de fictions peuvent s’ajouter, mais la liste serait trop longue….

Février/Mars 2017 : la méthode post-it board

Je vous renvoi à cet article qui vous expliquera la méthode que j’ai à peu près bricolé et qui m’a permis d’élaborer une structure beaucoup plus riche et complexe que ce que j’avais pu faire dans la première version du livre. Pendant un week-end, je me suis enfermé chez moi et j’ai collé des post-its le long de mes murs. Je me rappelle encore avoir mis en fond la saison 1 de True Detective et avoir bu une dizaine de cafés. A la fin, j’avais tout le squelette de mon récit avec les éléments clés de l’intrigue.

Mars à avril 2017 : Ronces Mortes et deuxième abandon

Le 21 mars 2017, je souscris à l’outil Novlr un abonnement mensuel, et me lance dans l’écriture de la seconde version de mon roman qui s’appelait à l’époque Ronces Mortes. De mars à avril 2017, j’écris à raison de 3000 mots par jour (environ 10 pages). Puis à nouveau, je suis pris de panique et abandonne. A la différence de mon premier abandon, je ne suis pas perdu, je suis trop dirigé. Tous ces livres que j’ai lu sur la théorie de l’écriture et du scénario me projettent dans une sorte de paranoïa du “tout doit avoir un sens”. Chaque phrase que j’écris me fait poser mille questions par rapport à l’histoire, aux personnages, etc…

Juin à octobre 2017 : Troisième et dernière version

Pendant deux mois, je tente de prendre du recul sur ce que j’ai appris dans toutes mes lectures. Je digère ces blocs d’information, et alors que mes 30 ans arrivent à grands pas, une pensée va tout débloquer. Pendant que je tergiverse sur la qualité de mon ouvrage, sur le sens de chacun de mes mots, le cadran tourne, et le temps précieux que je pourrais passer à agir, je le passe à me “palucher” sur des détails. En juin, le déclic opère, et je me relance dans un marathon d’écriture qui durera jusqu’au 9 octobre où la troisième version de Ronces Mortes arrive à son terme.

Novembre à Décembre 2017 : premier exemplaire !

première version de la couverture du roman

Je m’octroie une pause, prends du recul par rapport à ce premier jet, et décide pour fêter ça de me faire imprimer un exemplaire personnel du roman. Pour le coup, je change le titre Ronces Mortes en Le Dernier Héros. Après avoir passé 2 ans à écrire sur mon ordinateur, toucher de mes mains le fruit de mon travail m’a fait le plus grand bien !

Janvier à mars : atelier d’écriture et réécriture

Je commence 2018 avec un atelier d’écriture au sein de l’école les mots. Dirigé par l’auteur Ingrid Desjours et entouré d’une dizaine d’amateurs comme moi, je passe 2h par semaine à apprendre les rouages du thriller et peaufine mon apprentissage en terme de narration et d’écriture. Cet atelier, alors que le premier jet de mon roman est fini, m’a beaucoup aidé à améliorer certains éléments d’intrigues. Il m’a également redonné un coup de fouet. Etre entouré de passionnés ajoute une motivation certaine à nos projets.

En parallèle, je me lance donc dans l’exercice laborieux des relectures. Pendant trois mois, je vais lire, relire et re-relire chacune des pages de mon premier jet. Il y a des chapitres entiers qui seront réécrits, d’autres supprimés. Alors que j’avais déjà essuyé 2 abandons, c’est véritablement cette phase de réécriture qui fut un vrai calvaire pour moi. A force de lire et relire ce roman, j’avais l’impression de ne plus avoir aucun recul sur ce que j’écrivais.

Mars 2018 : relecture et correction par une professionnelle

Enfin, après trois mois de dur labeur, j’ai terminé ce que j’estimais être le meilleur roman que je pouvais écrire à cet instant T. Aussi, pour lui donner toutes les chances d’être édité, j’ai fait appel à une correctrice professionnelle qui a corrigé toutes les fautes et m’a aidé à dénicher les dernières incohérences scénaristiques qui traînaient. Merci encore à toi Catherine, sans toi ce roman n’aurait jamais pu être édité.

Avril à Septembre 2018 : envoi du manuscrit et attente

Le manuscrit finalisé en poche, je me lance à la conquête des maisons d’édition. Je vais toutes les faire : de la plus spécifique à la plus large, de la plus petite à la plus grande. Au cours de ces cinq mois, la majorité ne va jamais me répondre. Pour celles qui l’ont fait, je les classe en trois catégories :

- Les maisons à compte participatif : Deux ou trois de ces éditeurs étaient très intéressés par mon manuscrit. Le soucis ? Ils me demandaient 2000/3000 € pour les aider à financer le roman. Souvent, ils se présentaient comme des dénicheurs de nouveaux talents, clamant haut et fort leur prise de risque à signer des jeunes auteurs. Comment peut-on prétendre prendre des risques, quand on demande ensuite à l’écrivain de payer la moitié des frais ? Bref, grosse arnaque.

- Les maisons “amateurs” : Je ne sais pas comment les nommer autrement mais vous voyez de quoi je parle. Ces “éditeurs”, au site web souvent approximatif, gérées par une seule personne qui fait ça pendant son temps libre. Cette même personne qui imprime elle-même les romans, qui ne fera aucune promotion car elle n’a pas le budget pour. J’ai l’air dédaigneux, et peut-être le suis-je vraiment, mais j’avais d’autres ambitions pour ce roman. Je ne voulais pas qu’il soit juste un article de plus dans une boutique en ligne douteuse au nom de domaine finissant par .wix.co.

- Et enfin, une seule maison d’édition sérieuse m’a répondu : H.Tag Editions.

Contrat d’édition et sortie

Jeune éditeur de St Etienne, les échanges que j’ai eu avec l’équipe de H.Tag m’ont fait voir cette maison d’édition comme sérieuse et impliquée pour ses auteurs. Après mûre réflexion, j’ai signé en septembre 2018 pour une sortie prévue en novembre. Nous avons alors travaillé ensemble sur la couverture ainsi que différentes vidéos que j’avais en tête pour annoncer le livre.

Bande annonce du livre

Le livre sort le 2 novembre 2018, et je suis le week-end du 3 et 4 novembre au Salon Fantastique de Paris pour rencontrer mes premiers lecteurs. La famille et les amis sont là pour me soutenir dans cette nouvelle vie qui commence pour moi. Maintenant, j’attends les premiers retours et espère du fond du coeur que le roman vous plaira.

Le Dernier Héros : 7 mai 2016–2 novembre 2018

Au Salon du Fantastique

2 ans, 5 mois et 25 jours. C’est le temps qu’il a fallu, de la première lettre écrite au roman édité, pour que le plus gros projet de ma vie voit le jour. En règle générale, je suis un faiseur inachevé. J’ai mille idées, mille projets qui n’aboutissent jamais. Ce livre, c’est une façon de me prouver que je suis capable de terminer une création. Que si on est rigoureux, régulier et passionné, on peut aller au bout de son rêve et en faire une réalité. Même si j’ai voulu abandonner dix fois, que j’ai fait des pauses de plusieurs mois, je me suis accroché. Ce livre n’est pas une fin, c’est un début.

A 30 ans, et après dix ans à travailler pour des boites en tant que Webdesigner, j’en ai marre de développer le rêve des autres. Le Dernier Héros, c’est la première brique d’une nouvelle vie que je veux construire pour moi, avec les passions que l’on m’a forcé à voir comme de simples hobbies.

Aujourd’hui, je travaille sur un deuxième roman, développe des projets de BD et séries, et je sais que je suis capable d’aller au bout de tous.

Pour me suivre dans mes nouvelles aventures : www.pierrevergeat.fr

PS : A différentes étapes de la conception du livre, certaines personnes m’ont beaucoup aidé dans la correction, la chasse aux fautes, etc… Un grand et immense merci à Charlène, JDR Wolkyn, Stéphanie, Claire, Camille, Thibaud, Michèle.