Bip bip

On ne va pas vraiment parler de bipolarité ici. Je ne pourrais pas vous apprendre grand chose dessus, puisque parce que ça m’effraie encore, je ne me suis jamais renseigné dessus par moi-même. En dehors de quelques clichés télévisuels et de mes échanges avec ma psy, je n’en sais pas grand chose. Il faut des années pour établir un diagnostic de bipolarité et même moi je n’y tiens pas trop. Après des années à batailler ensemble ma psychiatre a l’air convaincue maintenant, moi toujours pas complètement, et j’aurais pu juste appeler ça dépressions chroniques. Je parlerai donc juste de moi et des quelques années qu’il m’a fallu pour mettre sous forme de mots certaines émotions récurrentes.

Up and down

Je suis habité à des humeurs météorologiques depuis l’adolescence. Pendant quelques semaines tout va bien, et puis soudain un gros sentiment de fatigue. Pendant un mois voire plus je broie du noir, et je me sens incapable d’expliquer comment c’est venu.

Je viens de passer deux mois délicatement apaisés. J’avais des occasion de me réjouir et de me plaindre, j’ai bien ri et pleuré comme d’habitude, mais au fond du ventre tous les jours je sentais “ça va”
Puis au début du mois de janvier, un coup de fatigue. Un peu de stress au boulot, un week-end hors de chez moi qui m’emmerde et m’empêche de récupérer, et je sens que s’est fait le switch. “Ca va plus”. Ce n’est pas la dépression tout de suite, au contraire, j’ai même l’air en pleine forme les premiers jours, mais je sais que je suis dans les premiers jours d’une phase dépressive, et je me bats tous les matins pour rester en équilibre.

Parce que ce sont les moments les plus délicats. Ma concentration s’effondre. Je suis plus facilement irritable. J’ai besoin d’être rassuré. Il me faut plus de sommeil. Travailler devient difficile parce que je me retrouve souvent bloqué deux heures sur un problème dont la réponse serait évidente en temps normal ; j’ai l’impression que mon bon sens s’est évaporé. Socialement, j’ai envie de me sortir de voir du monde mais ça me fatigue très vite. Je peux même avoir l’air d’aller bien à tort. Etre trop bavard et gaffer plus ou moins lourdement par désir d’attention. Rétrospectivement je me dis que c’est dans cette humeur que j’étais quand j’ai trop bu et que j’ai fait chier tout le monde à cette soirée. Bon ok, ces soirées.

Et au bout de quelques jours d’introversion, de désorganisation, de sentiment de retard au boulot, de gaffe autour de moi, c’est parti pour la dépression. C’est difficile de décrire la dépression. On sait juste que “ça va pas”, et c’est difficile d’en dire beaucoup plus. On n’a mal nulle part, on s’y trouve dans certains cas aucune raison. Mais c’est comme si on avait du plâtre au fond du ventre. Comme l’envie de s’enterrer sous sa couette domine tout le reste, c’est quasiment impossible de s’en sortir par soi-même. C’est chronique parce que chez moi ça vient et ça repart.

Je crois que depuis quatre jours ça va mieux. Le switch s’est refait, je suis en mode up. Je peux souffler. C’est aussi un soulagement puisque cette fois-ci j’ai su comment gérer la phase difficile, en parler autour de moi, me surveiller et ne pas basculer dans la dépression. Je suis même étonné que ça ait été aussi court.

Coyote

Avec le temps, les choses se sont empirées. Depuis que j’arrive à les nommer et à distinguer les périodes, elles s’améliorent. J’en parle de plus en plus clairement. Je ne me suis jamais rendu compte aussi tôt des changements d’humeur. Progressivement je prends plein d’habitudes pour m’organiser dans ces phases down . Les médicaments (un antidépresseur ponctuel, un régulateur de l’humeur régulier, là aussi il a fallu quelques essais pour trouver ceux qui me correspondaient sans effet secondaire) sont essentiels aussi. Quand je me plains de 2h de déconcentration, autrefois ça aurait été plusieurs jours.

Je réfléchis beaucoup à la manière de montrer dans quel état je suis aux autres. Vous savez, peut-être afficher un truc de ce genre. Parce que je sais qu’en mode down je me replie sur moi, alors que je sais que j’ai besoin de plus d’attention et de contact.

Là c’est un peu gros. Faudrait trouver un truc plus discret. Le but de ces quelques lignes (ah c’est trop long, c’est déjà beaucoup trop long), c’est de trouver comment l’exprimer quand j’en ai besoin. Si je n’en parle pas beaucoup ce n’est pas par honte ou par secret, c’est plutôt par sentiment que je vais venir vous emmerder avec mes problèmes. Je me dis que vous avez les vôtres aussi. Mais comme c’est du donnant-donnant et que je crois à une grand économie sociale et solidaire du sentiment (CC BY-NC-SA), je vais me rappeler que vous avez tout intérêt à me soutenir parce que je ne suis capable moi-même de vous donner l’attention que j’ai envie de vous donner que quand je suis dans un mode up. Et ça me fait plaisir que vous soyez déjà si attentionnés que vous avez lu jusqu’ici. Si vous avez des idées, si vous connaissez ce genre d’expériences, si vous voulez en parler, venez me voir aussi. Merci du fond du cœur.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.