Au Bénin, les femmes rurales prennent leur destin en main

La transformation agro-alimentaire permet aux femmes qui n’ont que peu de ou pas de ressources de se prendre en charge et de sortir de la précarité.

A Bonou, au sud-est du Bénin, plus du tiers de la population, constituée en majorité de jeunes et de femmes, vit en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 1,90 dollar par jour.

Malgré la disponibilité de terres cultivables, les femmes abandonnent de plus en plus la production vivrière — peu rentable faute de moyens de transformation agro-alimentaire et de conservation des produits — pour se reconvertir dans le ramassage du sable.

Rosine Sossa est l’une d’entre elles. Cette mère de quatre enfants n’avait pas le capital pour lancer un petit commerce, et elle a choisi la seule option qui s’offrait à elle.

Pour remplir un camion de cinq mètres cubes, dix femmes travaillent ensemble pour environ 1000 Francs CFA par jour (environ 1,5 euros) chacune.
« [La carrière de sable] était le seul moyen de gagner de l’argent, mais c’est trop difficile. Le travail est tellement pénible qu’on vieillit vite dans ce métier » — Rosine.

Pour sortir les femmes des carrières de sable et les former à la transformation de produits abondant sur place — poisson, arachide et manioc -, le Projet Commune du Millénaire (PCM) de Bonou a mis en place différentes initiatives génératrices de revenus dans les 5 arrondissements que compte la commune, pour une population de près de 45.000 habitants.

Initié par le Gouvernement du Bénin et financé essentiellement par le Japon avec l’appui technique du PNUD, le projet forme en priorité des femmes en situation de fragilité, cheffes de famille sans soutien, filles déscolarisées et filles mères qui n’ont que peu de ou pas de ressources, afin qu’elles puissent se prendre en charge et sortir de la précarité.

Une vingtaine de femmes, dont Rosine, ont lancé une petite coopérative pour transformer l’huile d’arachide. « [Elles] malaxent la pâte d’arachide et en font des beignets qui seront frits et vendus sur les marchés. C’est un en-cas traditionnel qu’on mange au Benin quand on a peu de moyens, » explique Rachelle Kassouhuin, VNU spécialiste en développement communautaire et genre pour le projet.

Rosine (centre, gauche) cuisine ses beignets d’arachide sur des foyers traditionnels construits par les membres de la coopérative.

Dans le village d’Adido, une plateforme multifonctionnelle a été installée sur un terrain de deux hectares mis à disposition par la communauté. La plateforme est équipée d’une mini centrale solaire de 60 KVA et comprend des unités de transformation agroalimentaire et de production végétale, animale et halieutique.

Les femmes travaillant à la plateforme produisent par semaine cinq fois plus que ce qu’elles transformaient chez elles.

Depuis, les tâches traditionnelles de concassage et de broyage des noix, céréales et fruits sont mécanisées, ce qui permet aux femmes de gagner du temps sur leurs tâches domestiques et de transformer par semaine environ 5 tonnes de manioc, 3 tonnes de maïs et 8 tonnes de régime de noix de palme.

Le travail est organisé comme une chaine de production : épluchage et lavage du manioc, transformation en farine, cuisson dans des fours traditionnels et conditionnement. A chaque étape correspond une équipe de travail et près de 300 femmes se relaient pour travailler à la plateforme. Tout est fait pour optimiser la productivité, réduire les couts et la pénibilité du travail tout en permettant aux femmes d’obtenir un revenu décent.

Près de 300 femmes se relaient par équipe pour travailler à la plateforme.
Epluchage et lavage du manioc, transformation en farine, cuisson dans des fours traditionnels... le travail est organisé comme une chaîne de production
« Si l’on compare avec les femmes de la carrière de sable, qui gagnent environ 12 000 francs CFA (environ 18 euros) par mois ou celles qui travaillent à la maison de façon traditionnelle et qui gagnent autour de 10 000 francs, les femmes qui s’impliquent dans la plateforme ont un revenu qui atteint 40 000 francs par mois » — Rachelle.

La plateforme bénéficie aussi à l’ensemble de la communauté : une pompe solaire permet de puiser de l’eau que les villageois viennent acheter à un tarif préférentiel, des cours d’alphabétisation sont dispensées aux femmes, des kits d’hygiène sont distribués et un jardin communautaire permet aux ménages pauvres de s’approvisionner.

Pompe solaire et centre de charge de batterie sont quelques une des innovations techniques profitant à l’ensemble de la communauté.

« Les villages alentours ne sont pas électrifiés. Il y a maintenant dans le centre une charge batterie, toute la communauté vient l’utiliser pour un coût modique. Grâce à ce dispositif énergétique, les portables et les radios sont toujours alimentés et la communication avec le monde extérieur est facilitée », note Karamatou Kochelon, la Présidente de la Coopérative Zomatchi

Par ailleurs, les fours à cuisson ‘améliorés’ permettent de diminuer la consommation de bois par cinq et les femmes courent moins le risque de développer des maladies respiratoires.

Les ‘foyers améliorés’ réduisent la consommation de bois par cinq

le financement, l’enjeu du développement rural

Le projet permet aussi aux femmes d’ accéder aux moyens financiers, en les aidant par exemple à ouvrir un compte en banque et à développer leurs capacités en termes de gestion budgétaire prévisionnelle.

Mais le vrai défi reste l’accès à la matière première et la sécurisation d’un fond de roulement qui permette aux femmes de pré-acheter la production des agriculteurs des villages avoisinants.

« L’inclusion financière est un élément important du projet : nous sommes en train de réfléchir à un système de micro crédit. Les négociations sont en cours auprès des associations de financement inclusive » — Rachelle.
Les cours d’alphabétisation destinés aux femmes permettent de favoriser leur inclusion et participent à leur émancipation.

Pour Rosine, qui n’a pas totalement abandonné le travail à la carrière au cas où elle aurait besoin d’un revenu supplémentaire, l’accès à une institution de microfinance donnera aussi accès au fond de roulement dont elle a besoin pour acheter la matière première à mesure que sa production de beignets d’arachide s’écoule.

Elle espère ainsi abandonner définitivement le travail de force et utiliser ses bénéfices pour s’intégrer dans les autres activités du projet comme le fumage du poisson ou la production d’huile de palme.


Texte et photos: Sarah Bel & Elsie Assogba / PNUD

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