Changement climatique : entre optimisme et impuissance

Photo: Charles Roffey, Flickr

Comment l’ONU aborde-t-elle la question le changement climatique?

Un rapide sondage de nos flux Twitter montre deux tendances :

“ L’ONU met en garde contre une catastrophe climatique .”

Ou :

“ Les solutions climatiques existent déjà. Ensemble, nous pouvons limiter le réchauffement climatique à 1,5 ° C.”

Ces deux messages illustrent des approches très différentes. Le premier souligne la dégradation environnementale et la menace, toujours croissante, que le réchauffement représente pour l’humanité : face à l’élévation du niveau de la mer et à la recrudescence des ouragans, des îles entières disparaissent tandis que la sécheresse détruit les récoltes, cause des incendies et force les gens à fuir leur foyer. De surcroît, L’action humaine est à l’origine de la disparition de 60% de la vie sauvage alors que la pollution de l’eau, de l’air et du sol fait de nombreuses victimes.

le changement climatique est la cause de saisons des pluies dévastatrices au Malawi. Photo: PNUD/George Ntonya

L’autre approche met en lumière les solutions et les possibilités d’inverser la tendance : les innovations technologiques et industrielles, les énergies renouvelables, sont de plus en plus abordables et se propagent, tandis que gouvernements et entreprises s’engagent à réduire les émissions de carbone, à interdire les polluants, à protéger les espèces et à replanter les forêts, etc.

Des panneaux solaires sont une source d’énergie peu chère, fiable et respectueuse de l’environnement au centre de santé Shabasonje en Zambie. Photo PNUD/Karin Schermbrucker pour Slingshot

Nous adoptons chacune de ces deux approches pour la même raison : inciter à l’action. Soit pour instiller un sentiment d’urgence et de conscience climatique, soit pour préserver l’espoir qu’avec les bonnes démarches, la planète peut être sauvée.

Après un feu de forêt en Géorgie, l’espoir renait, un arbre à la fois. Photo: PNUD Géorgie/ Vladimir Valishvili

Bien sûr, ces deux stratégies de communication comportent des écueils.

Les communiqués trop alarmistes peuvent amener à croire que la bataille est perdue d’avance, nous paralysant ainsi dans le cynisme et l’inaction. Cette hypothèse a été confirmée par une étude récente organisée par la Fondation Bill & Melinda Gates, qui a montré que le public exposé à trop d’information négative, cesse de prêter attention au sujet.

C’est pourquoi nous préférons un ton optimiste pour aborder le changement climatique : en montrant des succès qui inspirent, encouragent et informent.

Alors qu’on le croyait disparu, l’iguane jamaïcain refait surface grâce au project “Hope Zoo Iguana Head Start” soutenu par le PNUD. Photo: PNUD Jamaïque/Dominic Davis.

Évidemment, le danger d’un portrait trop édulcoré de la réalité est d’imaginer que tout ira bien, indépendamment d’une action quelconque.

Alors, quelle direction devrions-nous prendre au PNUD? Nous représentons l’organisation des Nations Unies la plus importante pour ce qui est des efforts d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Le PNUD est le principal conseiller de nombreux gouvernements sur leurs plans de réduction des émissions. La façon dont nous parlons du changement climatique et de notre travail dans ce domaine mérite que nous y réfléchissions de manière approfondie et stratégique.

Le PNUD a certainement de bonnes nouvelles à partager. Comme les progrès dans la préservation de plantes et d’animaux uniques à Madagascar, ou le fait que les agriculteurs colombiens retrouvent des produits traditionnels et protègent leurs forêts. Ces succès doivent être célébrés. Mais ils ne sont malheureusement pas représentatifs de ce qui se passe à l’échelle mondiale.

Deider Romero récolte des variétés d’haricots, d’ignames, de maïs coloré et de légumes provenant des forêts sèches. Photo: PNUD Colombie

Pouvons-nous harmoniser nos histoires de succès avec l’épée de Damoclès que représente la menace climatique?

Nous avons essayé cette approche lors de notre récent partenariat avec National Geographic. Le premier article, consacré à l’énergie géothermique au Kenya (en anglais), raconte comment le pays investit dans les énergies propres tout en précisant que l’investissement initial est coûteux et que par ailleurs, le pays parie encore sur des énergies fossiles telles que le charbon et le pétrole.

Cette approche de communication demande beaucoup d’efforts. En général, les personnes qui ont travaillé sur un projet réussi vont vouloir parler de son impact positif au niveau local ; mais nous voulons aussi inscrire ces succès dans l’optique des défis mondiaux qu’il nous reste à relever. De même, nos experts qui documentent la gravité des menaces au niveau mondial et les changements drastiques nécessaires pour y remédier, doivent aussi souligner les progrès réalisés, même s’ils sont limités.

Selon nous, c’est l’angle le plus exact pour parler du changement climatique : il existe certes de nombreux dangers et défis qu’il convient de relever, mais ensemble, nous faisons des progrès, beaucoup de progrès.

Alors mettons-nous au travail.

La vapeur monte de la centrale géothermique Olkaria II dans le parc national de Hell’s Gate, au Kenya. Photo: Nichole Sobecki, National Geographic

Texte : Mila Rosenthal, Directrice de la Communication du PNUD, et Jo Scheuer, Directeur pour le changement climatique et la réduction des risques de catastrophe au PNUD.