En Mongolie, ces femmes changent les ordures en or

À Oulan-Bator, un groupe d’entrepreneuses crée des emplois tout en luttant contre la pollution plastique.

Ces entrepreneuses créent des articles ménagers à partir de plastique recyclé. Photo: PNUD Mongolie

En parcourant le quartier de Yarmag, à Oulan-Bator, la capitale de Mongolie, je remarque la propreté inhabituelle des rues, comparée à d'autres quartiers de la ville. D’habitude, des bouteilles de vodka, des mégots de cigarettes, des couches souillées, des bouteilles en plastique et des canettes en aluminium jonchent le sol. Ici, ces déchets sont absents.

Avant que la pratique ne soit interdite, Oulan-Bator expédiait 20 000 tonnes de plastique en Chine chaque année pour qu’il soit recyclé. Photo: PNUD Mongolie
«Nous avons peut-être nettoyé les rues en ramassant les bouteilles en plastique pour nos projets», déclare Ulziisaikhan, 56 ans, en riant, lorsqu’elle nous accueille devant son domicile.

Ulzii et d'autres femmes vivant dans le voisinage fabriquent des balais et des meubles tels que chaises et canapés à partir de déchets en plastique qu'elles ramassent dans les rues.

«Quand vous êtes jeune et capable, être au chômage n’est pas la fin du monde. Vous savez que vous allez rebondir. Mais quand vous êtes dans la cinquantaine, c'est à peu près tout. Personne ne voudra vous engager à cet âge », raconte Ulzii.
Ces tabourets sont fabriqués avec des bouteilles en plastique à usage unique et des emballages qu’a ramassé Ulzii. Photo: PNUD Mongolie

Dans le “ger” ou yourte , quatre femmes, dont Ulzii, sont absorbées dans leur travail. Ce ger est leur usine de production. Les bouteilles en plastique, leur principale matière première, sont empilées sur le côté avant d’être lavées et débarassées de leurs étiquettes pour fabriquer canapés et tabourets.

Ulzii et ses amies ont commencé par ramasser elles-mêmes les bouteilles en plastique dans les rues, mais maintenant, les voisins les leur apportent, en échange d’un peu d’argent.

Ulzii et ses partenaires ont installé une usine de recyclage dans une petite yourte. Photo: PNUD Mongolie

Sur les 1,5 million de tonnes de déchets produits annuellement dans la capitale mongole, seuls 24% sont recyclés. Quant aux 69 000 tonnes de déchets plastiques que la ville produit chaque année, le pourcentage recyclé est encore moindre.

Jusqu'en janvier 2018, la ville expédiait 20 000 tonnes de plastique en Chine chaque année pour les recycler. Mais cela étant désormais interdit, la Mongolie ne sait où conserver les matières plastiques recyclables ou comment les utiliser, ne disposant pas d’installation de recyclage appropriée ni de site d’enfouissement.

Les entrepreneuses comme Ulzii et ses amies n’ont pas attendu un plan officiel. En 2014, elles ont participé à une formation du PNUD visant à améliorer les moyens de subsistance des populations rurales ayant migré vers la ville après un hiver particulièrement rigoureux.

« Avec le soutien du Fonds d'innovation du PNUD, nous avons voulu donner la possibilité de créer des emplois tout en s'attaquant à un problème environnemental commun en Mongolie», explique Galaariidii Galindev, coordinatrice du projet « Changer les ordures en or » (Turning Garbage into Gold).
Ulzii dans l’atelier où elle termine de nouvelles chaises pour une commande. Photo: PNUD Mongolie

En plus d’une formation comprenant des ateliers sur la rédaction d'une proposition de projet et la conception d'un modèle d'entreprise, le groupe a également reçu des matelas, des revêtements et d'autres fournitures et outils nécessaires pour un démarrage immédiat de la production.

Pendant plusieurs mois, l’équipe du PNUD en Mongolie a suivi les entrepreneuses pour évaluer l’impact et la durabilité de leurs activités et les aider à s’améliorer. Ulzii et ses amies ont atteint leur objectif et reçoivent maintenant des commandes plus fréquentes. Formées à créer des modèles simples au départ, elles ont depuis développé de nouveaux designs basés sur leur imagination et la demande des clients.

Elles ont aussi contribué à créer un autre groupe dans leur quartier, composé uniquement de personnes handicapées.

« Nous ne nous attendions pas à ce que la responsabilité sociale de la part d'une minuscule unité de projet soit aussi importante », explique Galaariidii.

En Mongolie, 80% des personnes handicapées sont au chômage. Souvent marginalisés, elles sont fortement stigmatisés par les employeurs potentiels. Bien qu'il existe une disposition légale encourageant les entreprises à embaucher des personnes handicapées, la plupart des entreprises choisissent de payer une amende.

Vue d'ensemble

Le PNUD Mongolie s’emploie activement depuis plusieurs années à promouvoir le principe de réduction, de réutilisation et de recyclage. Notre dernière campagne #NoPlasticChallenge a débuté en mars 2018.

L’auteur, en photo de groupe avec les femmes du projet© PNUD Mongolie

Tout au long de la campagne, quelque 25 organisations, dont l’ambassade des États-Unis, des start-ups locales, des banques et des chaînes de cafés ont relevé le défi de sensibiliser à l’utilisation excessive des plastiques et aux moyens de la réduire. Des centaines de milliers de Mongols ont été mobilisés en ligne par le biais de campagnes sur les réseaux sociaux.

Inspirés par ce succès, les mêmes organisations ont organisé un atelier sur les sacs écologiques et des formations sur les moyens de diminuer l’usage des plastiques à usage unique. Les cafés proposent des réductions de prix aux clients qui apportent leurs propres tasses, et le nombre de personnes qui transportent des sacs d’épicerie réutilisables est en nette augmentation.

La Mongolie semble se rendre compte que la réduction et la réutilisation sont les seuls moyens de lutter contre la pollution plastique en l’absence de recyclage pour le moment.

Texte par Bulganchimeg Bayasgalant, officier de communication, PNUD Mongolie.

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