Les femmes du Sahel, à l’avant-garde de la lutte contre la faim

ONU Développement
Feb 23, 2018 · 4 min read

À près de 300 km de la capitale tchadienne, dans la localité de Ngarangou, une vingtaine de femmes labourent leur champ de fèves. Le champ est découpé en multiples carrés, dont certains sont couverts de plantes en croissance et d’autres nouvellement semées.

Tomates, oignons, blé, maïs, gombo, manioc, cannaes à sucre et arbres fruitiers sont cultivés sur les terrains.

« Nous mangeons bien à la maison, nous pouvons nous acheter des habits, les fournitures scolaires des enfants, et le travail a diminué les conflits dans les familles, » explique Hadjé Goumissou Oumar, présidente du groupement NOURA, une association de 25 femmes agricultrices.

Les femmes représentent plus de 40% de la main-d’œuvre agricole au Sahel et jouent un rôle essentiel dans le renforcement de la sécurité alimentaire des ménages. Or, dans la région du lac Tchad et au nord du pays, les agricultrices ont considérablement moins accès à la terre, à l’information, au financement et aux intrants agricoles. Cela les rend plus vulnérables aux chocs climatiques et aux crises qui secouent la région.

Pour assurer leur survie et celle de leurs familles, les femmes se regroupent en associations pour renforcer leur capacité de production et accéder a la terre et au financement, contribuant ainsi à la lutte contre la faim dans la région, mais aussi à leur autonomisation.

« Avant, nous étions ignorées. Ce projet nous a aidé à nous organiser, » déclare Hadjé.

Mahamat Malloum, président du groupement Haïllari, compte rentabiliser un terrain auparavant inexploité.

Seul homme du groupement NOURA, Ali Idriss TCHARIMI, octogénaire, en assure le secrétariat, étant le seul à savoir écrire et lire. « La terre ne produit plus comme quand nous étions jeunes, » dit-il. « En 1972 un kilo de maïs coûtait 25 franc CFA, aujourd’hui il est à 500 Franc CFA. »

Ce manque de productivité impose de changer les méthodes de culture traditionnelles, ce que le projet de Gestion des Frontières pour la Stabilité et la Sécurité Humaine au Sahel s’efforce de mettre en œuvre, avec l’appui du PNUD et un financement du gouvernement japonais.

« Au départ ces communautés n’avaient pas assez d’espaces cultivables, donc nous avons lancé des travaux à haute intensité de main d’œuvre (HIMO) pour débroussailler les endroits que nous avions cartographiés comme étant cultivables, » raconte Jean de Dieu DJASNAN, gestionnaire du projet pour le PNUD.

Avant d’être cultivés, les terrains ont été débroussaillés par les membres de la communauté.

« Avant le projet, ce terrain de ½ hectare était inexploité, dit Mahamat Malloum, président du groupement Haïllari. Maintenant, nous espérons en récolter 20 sacs de blé sur un cycle de 5 mois. »

Chaque membre de la communauté ayant participé aux travaux HIMO gagne 2 000 FCFA (~4 dollars US) par jour, et une fois le champ débroussaillé, reçoit des semences adaptées à la sécheresse et du matériel agricole.

« L’argent nous a aidé à nous procurer une motopompe pour l’irrigation mais nous a aussi permis d’établir une caisse d’épargne pour le groupement, en cas de coup dur » raconte Hawa Guildja Hissein du groupement « Lutte Contre la Misère », également à Ngarangou.

L’utilisation d’une motopompe facilite l’accès à l’eau et permet une irrigation suffisante pour les cultures

Et il est vrai qu’il y a des difficultés à surmonter : l’eau est quasiment inexistante sur ces terrains semi-désertiques, l’ensablement menace en permanence les champs, et cette région du Lac demeure le carrefour de l’afflux des refugies menacés par la secte terroriste Boko Haram opérant dans la région.

Le manque d’emploi expose également les jeunes au risque de recrutement par des groupes extrémistes. C’est pourquoi le projet a mis en place des dispositifs visant les jeunes dans les régions du Lac, Kanem et Hadjer Lamis.

Les semences améliorées permettent un cycle de production plus court et un meilleur rendement.

Le PNUD appuie également un projet de reboisement et de restauration des écosystèmes du lac Tchad, et participe à l’initiative conjointe des Nations Unies pour l’amélioration de la résilience d’1 million de femmes et de jeunes du Sahel au travers de l’agriculture, lancée en marge du sommet One Planet de Paris en décembre 2017.


Texte: Laurence Lessire/ PNUD. Photos: Jean Damascene Hakuzimana/PNUD Tchad

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Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

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