Maintenir la paix localement

Comment renforcer la cohésion sociale à la frontière du Mali et de la Mauritanie

Dans le district de Bassikounou, les comités et réseaux de femmes et de jeunes sont les piliers de la cohésion sociale.

Bassikounou est une moughataa (un district) et une ville de la région de Hodh el Chargui, dans le sud-est de la Mauritanie, à près de 1 200 kilomètres de la capitale Nouakchott. À la frontière malienne, le paysage est dominé par les dunes de sable. Si la pluie et les pâturages se sont raréfiés ces dernières années, de grands troupeaux de vaches, moutons, chèvres, ânes et chameaux parcourent tout de même les maigres prairies : des deux côtés de la frontière les communautés majoritairement nomades dépendent de l’élevage pour leur subsistance.

Comme dans de nombreuses régions du Sahel, la frontière est invisible, outre le commerce, Mauritaniens et Maliens sont liés par des liens familiaux, et partagent la même religion.

Depuis le début du conflit au Mali en 2011, les Maliens qui ont franchi la frontière n’ont pas encore été en mesure de revenir en raison de l’instabilité persistante. Plus de 50 000 Maliens vivent dans un camp de réfugiés à une vingtaine de kilomètres de Bassikounou, ce qui double la population du district et en fait la deuxième zone urbaine de Mauritanie.

Rencontre avec le comité de village.

La pression accrue sur les ressources naturelles et les services sociaux peut entraîner des conflits entre les réfugiés et les hôtes. Cependant, bien que des tensions existent à Bassikounou, la population locale a été remarquablement efficace pour garantir la paix. Un processus de médiation est mis en place par les anciens du village ou le préfet local et, plus récemment, par les comités de village. Les valeurs religieuses partagées et une culture centenaire de l’hospitalité ont également favorisé un climat de paix. Le gouvernement et les partenaires internationaux ont aussi tout mis en œuvre pour soutenir à la fois les réfugiés et les habitants.

Cependant, il existe toujours un risque d’aggravation des tensions en raison de l’afflux continu de réfugiés causé par la situation volatile au Mali, par le risque très réel de chocs climatiques et des services publics et des opportunités économiques.

La paix comme fil directeur

Membres du comité de village

La communauté internationale a envisagé une approche à plus long terme, en mettant en place une stratégie de développement plutôt qu’une réponse purement humanitaire. Cela nécessite, entre autres, de décider comment les réfugiés et leurs hôtes peuvent vivre ensemble dans la dignité et l’harmonie.

Alors, comment pouvons-nous, en tant qu’organisation internationale, contribuer à la paix durable à Bassikounou? En collaboration avec le gouvernement, l’ONU a réuni les sections locales et la communauté internationale afin de réfléchir à la planification du district, en tenant compte de scénarios climatiques probables.

Nous sommes allés à Bassikounou dans le cadre d’une mission inter-institutions composée du PNUD, de l’UNICEF, de la FAO et du HCDH afin de développer conjointement une proposition de projet répondant aux défis auxquels cette région est confrontée. L’objectif? Placer la paix au centre de cette réflexion sur le développement.

Nous avons rencontré à la fois la communauté internationale et les dirigeants locaux, y compris les autorités politico-administratives et les maires. Nous avons également rencontré des comités de village, des coopératives de femmes, des enseignants et des parents, ainsi que des représentants de la jeunesse du district et du camp de réfugiés.

Leur principale préoccupation? Les ressources naturelles contestées, telles que l’eau, les pâturages et le bois de chauffage. Un accès à l’emploi et aux services gouvernementaux limité, particulierement pour les groupes vulnérables, notamment les communautés rurales, les femmes et les jeunes. Pourtant, ces comités de village et les réseaux de femmes et de jeunes sont des atouts clé pour renforcer la cohésion sociale et prévenir les crises à Bassikounou.

Les agences de l’ONU travaillent ensemble pour créer des solutions pacifiques pour le peuple Mauritanien, avec le fond de maintien de la paix de l’ONU.

La mission a développé plusieurs approches pour cela :

  • Soutenir un plan conjoint de gestion des ressources naturelles rares. La participation des comités de village, en particulier des femmes, garantira l’inclusion. Ils surveilleront la mise en œuvre du projet et régleront les différends.
  • Permettre aux autorités de district d’encourager le développement économique local, y compris une diversification de l’économie. Les coopératives conjointes et les chaînes de valeur partagées peuvent générer des avantages pour les réfugiés et les hôtes. Un exemple est la production d’articles en cuir par les éleveurs nomades et les communautés locales.
  • Aider les jeunes, en particulier les femmes scolarisées et non scolarisées, à devenir des agents de la paix et des leaders. Cela implique une formation à la non-violence et au leadership communautaire, des activités conjointes entre les jeunes réfugiés et les communautés d’accueil ainsi que des espaces partagés pour échanger des compétences en matière d’apprentissage économique et autres.
Pour réduire le risque de radicalisation des jeunes et des communautés, le PNUD propose des formations et des forums pour renforcer la capacité à prévenir et à combattre l’extrémisme violent. Photo: Freya Morales pour le PNUD, Centre de la jeunesse à Noukchott.

Bassikounou démontre le potentiel souvent négligé du maintien de la paix. Cela illustre également la complexité des problèmes auxquels sont confrontées les communautés du Sahel lorsque l’instabilité se propage et affecte les moyens de subsistance fragiles.

Notre expérience nous a appris que travailler dans ces contextes exige des agences de l’ONU qu’elles mettent en commun leur expertise et leurs ressources et travaillent avec des partenaires nationaux et locaux. Compte tenu de la nature transfrontalière de la vie sociale, communautaire et économique à Bassikounou, une approche globale du maintien de la paix pourrait, dans une prochaine étape, impliquer les communautés au Mali.

Photo: Freya Morales, PNUD

À propos des auteurs

Tanya Pedersen Sierra est une analyste de programme qui collabore avec le PNUD sur la gouvernance locale dans les situations de crise et de fragilité.

Laura Rutishauser est une politologue qui travaillait auparavant comme analyste de programme spécialisée dans la gouvernance et la consolidation de la paix au PNUD.

Henrik Hartmann est un spécialiste de la consolidation de la paix, des risques et de la résilience, qui travaillait avec l’UNICEF.