Pourquoi ne construisons-nous pas des routes résistantes aux catastrophes ?

Rajesh Sharma, Spécialiste du programme d’informations sur les risques de catastrophe, centre régional du PNUD à Bangkok.

Une route de campagne au Cambodge. Photo: Richard Seaman

Entre 1970 et 2011, plus de 100 000 kilomètres de routes ont été détruits à la suite de catastrophes dans 56 pays. Selon le Rapport mondial d’évaluation des Nations Unies sur la réduction des risques de catastrophe (anglais), près de 90% de ces routes ont été touchées par des catastrophes de petite et moyenne envergure. Des estimations approximatives indiquent des pertes de 5 milliards de dollars au cours de cette période.

C’est un chiffre ahurissant. Les pertes dans le secteur routier sont souvent bien supérieures aux budgets disponibles pour la réparation et la maintenance des routes.

Par exemple, au Cambodge, les pertes dans le secteur routier dues aux inondations en 2013 se sont élevées à 68,8 millions $, tandis que le budget total disponible pour la réhabilitation et l'entretien des routes était de 5 millions $.

Photo: PNUD Philippines

En outre, près de 85% à 90% des routes submergées étaient des routes rurales. En fait, la plupart des routes cambodgiennes sont locales, et offrent la seule possibilité de mouvement des personnes et des biens à travers le pays, les reliant aux marchés, aux opportunités d’emploi et aux investissements.

Dans tous les pays, le secteur routier est un maillon indispensable pour progresser sur la voie du développement et de sortir les populations de la pauvreté. Tout impact négatif sur les routes a des répercussions sur le développement — en perturbant la prestation des fonctions et des services critiques qui sont à la base des économies nationales.

Alors, pourquoi ne construisons-nous pas des routes résistantes aux catastrophes? Nous avons les connaissances et la technologie pour. Est-ce une question de fonds?

Pour comprendre le problème, nous avons entrepris une étude au Cambodge, au Laos et au Myanmar.

Comme la plupart des routes sont construites avec des fonds du gouvernement, nous avons analysé les processus de planification des investissements publics afin de comprendre comment le gouvernement planifie et alloue des fonds pour la construction et l’entretien de nouvelles routes.

Nous avons constaté que dans les trois pays, les processus de planification du secteur routier au niveau du gouvernement ne tiennent ni compte des catastrophes passées ni des risques de futures catastrophes.

Ce n’est pas une omission délibérée : c'est plutôt que les planificateurs ne disposent pas des informations nécessaires sur les risques de catastrophes.

Les données historiques sur les sinistres et dégâts causés par les catastrophes peuvent aider à comprendre quelles zones sont exposées à quel type de catastrophes, lesquelles sont les plus vulnérables et lesquelles sont les plus régulièrement touchées.

Si les pays disposaient de ces données pour chaque secteur, ils sauraient où construire de nouvelles routes, et comment réparer celles qui ont été détruites en utilisant la technologie pour améliorer la qualité.

Même si des cartes de risques existent, elles ne sont ni partagées ni intégrées aux besoins sectoriels, tels que ceux du secteur routier.

C'est la collecte de données intégrée aux besoins sectoriels et une allocation des budgets basée sur ces informations qui nous aidera à construire des routes résilientes aux catastrophes dans le futur et à atteindre les Objectifs mondiaux de réduction des risques de catastrophe.

Photo: PNUD Phillipines