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Quand les crises sanitaires se télescopent

ONU Développement
Apr 23 · 7 min read

Le Burundi face au paludisme, à Ebola et à COVID-19

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La pulvérisation d’insecticide pour diminuer le paludisme cible les districts les plus touchés et les communautés isolées.

« Je n’ai jamais été aussi malade », explique Suavis Ndayiziga.

« J’ai passé 3 jours sans savoir où j’étais. Si vous avez des symptômes de paludisme, il faut obtenir un traitement le plus rapidement possible. »

Le paludisme est l’une des principales causes de décès au Burundi. Au cours des six premiers mois de 2019, 4,7 millions de cas (ou près de la moitié de la population) ont été enregistrés.

Heureusement, des programmes efficaces de préparation et de traitement à grande échelle ont pu sauver des milliers de vies. Alors que les cas de paludisme avaient augmenté de 59% par rapport à la même période l’année précédente, le taux de mortalité a diminué de moitié.

Début 2020 le travail sans relâche des équipes de santé à travers le pays augurait bien de la préparation à la maladie saisonnière : plus de 6,8 millions de moustiquaires distribuées dans les 46 districts du pays avec le soutien du gouvernement du Burundi, du PNUD, du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (le Fonds mondial), l’UNICEF et l’USAID. Des cliniques mobiles étaient prêtes au déploiement dans les communautés éloignées et difficiles d’accès, et la pulvérisation d’insecticide dans les habitations ciblait 9 des districts les plus touchés.

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Grâce au gouvernement du Burundi, au PNUD, au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (le Fonds mondial), l’UNICEF et l’USAID, plus de 6,8 millions de moustiquaires ont été distribuées.

Mais voilà que le paludisme n’est plus le seul ennemi : en août 2019, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo atteignait la province du Sud-Kivu à la frontière du Burundi. Face aux craintes que l’épidémie ne submerge davantage le système de santé burundais et contrecarre la lutte contre le paludisme, un centre national de crise sanitaire a créé avec le soutien de l’OMS, du PNUD et du Fonds mondial au sein du ministère de la santé. Le centre semble porter ses fruits … jusqu’à ce que, le 31 mars 2020, le Burundi confirme ses premiers cas de COVID-19…

Une bataille sur tous les fronts

Le virus menace d’entraver la riposte burundaise au paludisme de plusieurs manières. Premièrement, les deux maladies ont des symptômes similaires, ce qui peut entraîner un diagnostic erroné. Ensuite, une augmentation massive du nombre de personnes nécessitant des soins entraînerait une pénurie de tests, de lits d’hôpitaux et de médicaments. Enfin, un confinement pourrait empêcher les volontaires de santé de mener les activités essentielles de lutte contre le paludisme dans les communautés touchées.

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Pélagie Nzikobanyanka fait partie des communautés ciblées lors des récentes distributions de moustiquaires.

« Les leçons d’Ebola sont pertinentes dans ce contexte, en particulier son effet perturbateur sur la prestation des services de santé de base, qui a déjà conduit à une hausse des décès liés au paludisme dans certains pays », explique le Dr Bouzid, coordinateur de projet au Burundi.

Il ajoute : « si l’Organisation mondiale de la santé exhorte les pays à assurer la continuité des services antipaludiques, à sauver des vies et à réduire la pression sur les systèmes de santé qui manquent de ressources, la sécurité des agents de santé reste primordiale. Nous travaillons donc en permanence pour nous assurer qu’ils disposent de l’équipement dont ils ont besoin pour continuer leurs actions vitales contre le paludisme. »

Une vigilance accrue

De même, contenir la propagation du COVID-19 est une priorité. Elargir les programmes de santé, aider les gouvernements à se procurer le matériel médical dont ils ont un besoin urgent et garantir des chaînes d’approvisionnement solides doit être fait de manière à renforcer les capacités nationales et à innover tout en utilisant les systèmes existants dans la mesure du possible.

Avec un financement du Fonds mondial, le PNUD soutient le ministère de la Santé du Burundi depuis 2017. Cette compréhension du contexte du pays est décisive, dans un paysage sanitaire en constante évolution.

Le changement climatique complique encore la situation. En effet, avec le réchauffement climatique, les moustiques atteignent des altitudes inédites dans ce pays vallonné et montagneux.

« Avant, je ne connaissais rien du paludisme », explique Jacqueline Ngirukwigira, dont la communauté de Ngaara Hill est située en hauteur et n’a été affectée par le paludisme que récemment. « Mais un jour, j’ai eu mal à la tête, je tremblais et je n’avais plus d’appétit. »

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Les moustiques atteignent des altitudes plus élevées qu’auparavant, suite à l’impact du changement climatique. Les communautes en altitude doivent maintenant aussi se protéger du paludisme. Photo de gauche : Robin Nieuwenkamp/Shutterstock.com

Pour s’adapter à cet effet indirect du changement climatique, il a fallu fournir les communautés en altitude en moustiquaires. Un paludisme de plus en plus résistant aux médicaments a aussi nécessité l’utilisation de différents insecticides pour la pulvérisation.

« Maintenant, nous savons qu’il faut dormir sous une moustiquaire imprégnée », dit Pélagie Nzikobanyanka. Cette agricultrice mère de 5 enfants ajoute : « Nous devons également nettoyer l’endroit où nous vivons et fermer les fenêtres de la maison la nuit pour empêcher les moustiques d’entrer. »

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Malgré le fait de vivre sur les hauteurs, Jacqueline Ngirukwigira a quand même attrapé le paludisme.

Le soutien apporté aux chaînes d’approvisionnement a également permis de garantir la disponibilité des médicaments et des tests, même dans les communautés difficiles d’accès. Des centaines d’agents de santé communautaires jouent un rôle essentiel, effectuant des tests de diagnostic rapide, fournissant un traitement adapté, et soignant celles et ceux atteints de symptômes.

Fidel Havyarimana, agriculteur de la commune de Kiganda fait partie du personnel de santé de la communauté depuis près de 8 ans : « Ici, je me rends compte de l’impact de mon travail : les enfants sont soignés très tôt et cela a considérablement réduit le taux de mortalité infantile dû au paludisme. »

La propagation géographique de la maladie est surveillée de près, un nombre croissant d’agriculteurs des régions rurales — principalement des femmes –se déplaçant vers la capitale pour y travailler et retournant ensuite le week-end. Avec un taux d’infection élevé dans la capitale, cela signifie que le paludisme se propage dans tout le pays.

« Les temps changent », ajoute Fidel, « les rizières et les marais de notre région sont des nids à moustiques et aggravent le paludisme. Et le changement climatique n’arrange pas les choses ».

Pour Fidel, outre le nombre de décès causés par des patient traités incorrectement, le paludisme appauvrit les communautés tant « les gens doivent dépenser beaucoup pour le traitement et ne peuvent plus travailler ».

Investir dans la santé

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4,7 millions de cas ont été enregistrés au cours des six premiers mois de l’année, soit près de la moitié de la population. Malgré cela, le taux de mortalité a été divisé par deux grâce à une préparation à grande échelle, notamment à l’aide d’insecticide.

L’amélioration des infrastructures de santé développées dans le cadre de la riposte au paludisme et à Ebola et l’augmentation des investissements dans le matériel médical, signifie que le Burundi est mieux préparé à répondre aux nouvelles flambées de maladies telles que COVID-19. Surtout, ce travail a été réalisé en étroite coordination avec les entités nationales pour garantir la durabilité, ce et bénéficier aux communautés aujourd’hui et à l’avenir.

Le centre national de crise sanitaire, développé pendant la crise d’Ebola, est maintenant la base de la réponse COVID-19 du pays, entièrement équipé de 200 smartphones et ordinateurs portables. Les pulvérisateurs d’insecticide peuvent être réutilisées pour une décontamination médicale. Le PNUD a également appuyé le développement d’une application mobile innovante, qui sera désormais utilisée pour suivre les cas de COVID-19.

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Le centre national de crise sanitaire, développé pendant l’épidémie d’Ebola, et désormais la base de la réponse COVID-19 du pays, est entièrement équipé de 200 smartphones et ordinateurs portables.

L’ampleur de COVID-19 ne doit cependant pas être sous-estimée. Le Burundi ne dispose que d’un seul laboratoire pour les tests biomoléculaires nécessaires pour le paludisme et le COVID-19, avec une capacité de 200 tests par jour. Le PNUD et le Fonds mondial continuent de travailler en étroite collaboration avec le gouvernement pour développer les capacités de test, en utilisant l’équipement déjà en place pour d’autres maladies.

« Répondre simultanément à certaines des plus grandes crises sanitaires auxquelles le monde ait jamais été confronté n’est pas une mince tâche et nécessite beaucoup de temps, de coordination et de ressources. Le soutien au renforcement des systèmes de santé du Burundi est en bonne voie, mais cet important travail devra se poursuivre pendant de nombreuses années », conclut le Dr Bouzid.

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Ndayiziga Suavis, une agricultrice de la colline de Gatsinga, souffre d’un paludisme résistant aux médicaments. Elle dort maintenant sous une moustiquaire. « J’ai passé trois jours sans savoir où j’étais. Si vous avez des symptômes de paludisme, vous devez obtenir un traitement le plus rapidement possible. »

Conformément au plan stratégique du PNUD 2018–2021 et à sa stratégie sur le VIH, la santé et le développement, le PNUD s’associe au Fonds mondial, aux gouvernements et à la société civile pour soutenir et renforcer les réponses nationales multisectorielles au paludisme, en fournissant un soutien intégré au développement des politiques, des programmes et des capacités. À ce jour, 79 millions de cas de paludisme ont été traités avec succès et 75 millions de moustiquaires ont été distribuées.

Photo: PNUD Burundi/ Fleury Kid Ineza

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Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

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