Réparer les fuites, réaliser les Objectifs…

La série ‘Deep Dive’ examine l’impact de l’Agenda 2030 du développement durable et présente les premiers résultats de ce plan de transformation pour l’humanité. Des instantanés de notre travail montrent comment pays et communautés font passer les Objectifs mondiaux de la théorie à la pratique. Vous voulez en savoir plus ou nous faire part de vos idées? Suivez-nous sur Twitter @UNDP_SDGs ou contactez nous via 2030agenda@undp.org.

Représentant 80% du PIB dans certaines régions, l’agriculture est la clé de la réduction de la pauvreté et de la croissance économique au Liban.

Tal Abbas El Gharbi — un village situé au nord-ouest du Liban — a soif. La rivière Ostouane devrait être suffisante pour irriguer les terres ensoleillées qui constituent 85% de la superficie du village, mais l’eau de la rivière est perdue avant d’atteindre pommes de terre, oignons ou haricots qui constituent les moyens de subsistance des 5 700 habitants de Tal Abbas.

C’est un problème récurrent au Liban. Les habitants ne peuvent compter sur les services d’approvisionnement en eau que quelques heures par jour — et à intervalles irréguliers. Comme la majorité des zones rurales du Liban, Tal Abbas est fortement tributaire de l’agriculture, et l’accès non fiable à l’eau cause de graves problèmes.

« Nous cultivons nos terres principalement en hiver quand l’eau est disponible. En été, nous arrêtons car il n’y a pas assez d’eau », explique Mikhael Elias, un agriculteur qui est né et a grandi à Tal Abbas.

Le fermier Mikhael Elias est né et a grandi à Tal Abbas.

Bien que le Liban soit mieux doté en ressources en eau que ses voisins, la faible capacité de stockage, l’inefficacité des réseaux d’irrigation et la pollution exercent une pression sur l’approvisionnement. Et au cours des dernières années, la demande a augmenté alors que le pays accueille environ un million de réfugiés syriens.

Des ressources inexploitées

Représentant 80% du PIB dans les régions les plus pauvres du pays, l’agriculture est la clé de la réduction de la pauvreté et de la croissance économique. Mais l’agriculture est aussi le secteur le plus gourmand en eau, alors que sa productivité reste faible.

L’amélioration de l’irrigation, la rémovation des canaux d’irrigation et la fermeture des fuites peuvent conduire à une agriculture plus efficace et diversifiée, à plus d’emplois et à la croissance économique. Cela signifie accélérer les progrès sur plusieurs objectifs de développement durable (ODD).

Pommes de terre, oignons ou haricots constituent les moyens de subsistance des 5 700 habitants de Tal Abbas.

De nombreuses initiatives sont en cours pour soutenir la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) au Liban, dont une stratégie nationale qui vise à assurer les services d’approvisionnement, d’irrigation et d’assainissement avant 2020. Un plan directeur a également été lancé pour la région d’Akkar, où Mikhael vit, pour répondre à la demande croissante en ressources hydriques ces dernières années et s’acheminer vers la réalisation de l’ODD 6.

Les canaux d’irrigation en béton assurent que l’eau atteigne les cultures sans pertes.

Jusqu’à présent, 4 600 personnes à Tal Abbas ont bénéficié de la reconstruction de 8 000 mètres de canaux d’irrigation en béton.

« Maintenant, je peux cultiver toutes sortes de légumes en moins de temps et en plus grandes quantité. C’est plus productif et plus rentable », explique Mikhael.

Ailleurs dans le village, une équipe de 60 femmes et hommes charge une cargaison de raisins et d’artichauts à destination du marché local. Maintenant qu’il y a plus d’eau, Hanadi Khodor Abdo travaille sept heures par jour au lieu de seulement quelques heures le matin : « J’emballe des fruits et des légumes. C’est un travail délicat qui demande des compétences particulières. »

Tal Abbas offre également du travail aux réfugiés. Hafez Al Nayeb Al Hussein est venu de Syrie au Liban avec sa famille en 2013. Aujourd’hui, il cultive la terre. « Mon fils aîné m’a rejoint au travail parce qu’il fallait plus de gens sur le terrain, ce qui a doublé les revenus de notre famille », explique-t-il.

La clé d’un futur durable

L’histoire du Liban est similaire à celle de nombreux autres pays en développement. Représentant près de 70% des prélèvements d’eau douce dans le monde, l’agriculture est de loin le plus grand consommateur d’eau d’aujourd’hui — ce qui exacerbe le stress hydrique et affecte plus de 2 milliards de personnes dans le monde.

Mais si, selon le Rapport de synthèse 2018 sur l’ODD6, la plupart des pays n’atteindront pas la cible relative au GIRE d’ici à 2030, l’agriculture peut aussi faire partie de la solution. Diminuer la quantité d’eau utilisée dans les cultures soulagerait considérablement le stress hydrique dans d’autres secteurs et aurait d’autres effets positifs.

Le PNUD travaille avec le gouvernement libanais pour développer des installations de gestion de l’eau qui favorisent la croissance inclusive.
Tal Abbas est connu dans tout le Liban pour sa tradition agricole, transmise de génération en génération.

En juillet de cette année, le Liban — actuellement à un niveau « moyen » de mise en œuvre du GIRE — présentera son premier Examen national volontaire, décrivant les progrès du pays sur les ODD au Forum politique de haut niveau à New York. La gestion de l’eau a déjà été soulignée par le gouvernement comme la clé de la durabilité des secteurs économiques cruciaux pour le pays, tels que l’industrie, le tourisme et l’agriculture.

Dans les années à venir, le Liban devrait connaître une augmentation significative de sa productivité agricole. A Tal Abbas, c’est déjà visible. « Cela ne profite pas seulement à moi, mais à mes enfants et aux enfants de mes enfants », dit Mikhael, dont la fille, étudiante en ingénierie agricole, prévoit de revenir travailler avec son père.

Suivez @UNDP_SDGs pour en savoir plus sur le travail du PNUD et les ODD.

Texte: Catharina Klingspor, chargée de plaidoyer pour le Programme 2030, Unité des politiques stratégiques, PNUD

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