Rétablir le dialogue entre citoyens et police nationale en Côte d’Ivoire

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Durant les heurts qui ont suivi les résultats de l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire, plus de 3 000 personnes ont trouvé la mort et 1 million a été déplacé dans tout le pays. Depuis, les relations entre la population et la police sont restées très tendues.

« Un grave problème de confiance s’est développé entre la police et la population. Les policiers, à tort ou à raison, ont été accusés d’avoir pris parti pour l’un ou l’autre des camps. Ils semblaient ne pas exercer leur fonction de manière neutre et indépendante. La police n’avait plus de ressources à Abidjan et dans le reste du pays et son autorité avait complètement disparu, » souligne Mamadou Konaté, responsable du PNUD pour le projet d’appui au dialogue socio-sécuritaire.

Par la suite, l’insécurité s’est installée dans le pays et bon nombre d’Ivoiriens préféraient taire un délit plutôt qu’avertir la police, par peur d’être racketté ou parce que le poste de police était trop éloigné de leur domicile (Afrobaromètre 2013).

De nouvelles compétences

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Sur la formation dispensée à plus de 4000 policiers, 10% sont des femmes.

Entre 2012 et septembre 2017, le projet a couvert 20 commissariats et 12 préfectures de police dans toute la Côte d’Ivoire, avec un budget de 7,65 millions d’euros financé par l’Union européenne. Quatre types d’activités ont permis de restaurer les liens entre les forces de police et la population : l’instauration d’un dialogue régulier au sein du commissariat, le renforcement des compétences des policiers, la mise aux normes de fonctionnalités des infrastructures à travers la réhabilitation des bâtiments, l’achat du matériel propre à la bonne marche des activités de la police, et enfin, l’appui à la question du genre.

« Des formateurs ont relayé des thèmes essentiels comme la réponse aux violences basées sur le genre, l’accueil du public, la gestion démocratique des foules, la déontologie. Au total, plus de 4 000 policiers ont bénéficié d’une formation, dont 10% de femmes. La police arrive maintenant à mieux canaliser les mouvements de masse et les élections de 2015 se sont déroulées sans heurts majeurs avec les forces de l’ordre, » décrit Konaté.

De nouveaux locaux

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Les commissariats endommagés pendant la crise ont été réhabilités et de nouveaux locaux construits.

« Les officiers ont un bureau à eux. Il y a des services pour la réception des mineurs, des femmes, et pour les personnes en détresse. L’accueil du public est grandement amélioré, » explique le commandant du bureau d’Adiaké.

Le soutien du PNUD a aussi permis une meilleure confidentialité dans le traitement des dossiers en évitant aux services de police d’avoir recours aux cyber-cafés pour la saisie et l’impression des documents de procédure judiciaires.

Les résultats pour les usagers sont visibles. La police intervient en moins de 15 minutes lorsqu’un citoyen la sollicite, contre 48 heures dans le passé. Auparavant, obtenir un document administratif prenait des jours. Aujourd’hui, dans un poste de police équipé d’un ordinateur et d’une imprimante, cela se fait dans la journée. Les commissariats peuvent établir en moyenne 10 procès-verbaux par semaine contre seulement 3 auparavant, ce qui permet de respecter la durée et le respect des procédures de garde à vue.

Le dialogue comme outil de cohésion sociale

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le Commissaire de police d’Adiaké reçoit les représentants de la communauté

Ce dialogue permet aux policiers de prendre le pouls de la population et de prévenir les conflits avant qu’ils n’éclatent tout en faisant comprendre à la population leur rôle et leur fonctionnement.

« Désormais lorsque quelqu’un a un problème, il vient au poste. Nous avons réussi à faire comprendre à la population que nous ne sommes pas là pour réprimer, » s’exclame un commissaire.

Une charte d’accueil trône dans tous les commissariats. Chaque visiteur sait ce qui lui est dû, notamment le respect et l’absence du recours à la violence, et ce qu’on attend de lui.

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« Nous nous entendons bien car l’information passe. Il y a plus de transparence », explique le Président de l’association des chauffeurs de taxi.

« La confiance née de ces échanges, nous a permis de réduire à plus de 70% la délinquance des jeunes dans notre commune », reconnaît le Commissaire principal Timité, Chef du district de police d’Abobo.

Le résultat, peut-être le plus visible de ce dialogue renouvelé entre la police et la population, est que le nombre de délits déclarés par les citoyens a augmenté, preuve s’il en est que la population fait désormais confiance à sa police et s’en remet volontiers à son système judiciaire.



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Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

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