Sous le soleil du Mali

Les panneaux solaires sont l’élément clé dans la stratégie du Mali pour améliorer l’accès de sa population aux énergies.

La série ‘Deep Dive’ examine l’impact de l’Agenda 2030 du développement durable et présente les premiers résultats de ce plan de transformation pour l’humanité. Des instantanés de notre travail montrent comment pays et communautés font passer les Objectifs mondiaux de la théorie à la pratique. Vous voulez en savoir plus ou nous faire part de vos idées? Suivez-nous sur Twitter @UNDP_SDGs ou contactez nous via 2030agenda@undp.org.

“Je prévois d’ouvrir un salon de coiffure. Je vends déjà de la glace grâce à mes réfrigérateurs à énergie solaire, ce qui m’a permis d’augmenter mes revenus et mes économies.” Voici Rokiatou, une habitante de Soufouroulaye, un village dans la région de Mopti dans le sud du Mali. Dans un autre quartier de la ville, une jeune tailleuse a aussi pu agrandir son entreprise depuis l’installation de la station solaire. « Maintenant je brode aussi. Mes clients n’ont plus besoin d’aller jusqu’à Sévaré ou Mopti à 20 kilomètres d’ici. Nous pouvons coudre leurs vêtements ici, au village. »

Ces femmes font partie des quelques 30 000 personnes qui utilisent les nouveaux panneaux solaires qui ont été installé dans 300 villages à travers le Mali. Dans les régions de Tombouctou, Kidal, Mopti, Kayes, Sikasso, Koulikoro, Gao et Ségou, les panneaux solaires produisent de l’électricité pour les chauffe-eau, les séchoirs, les cuisinières, les réfrigérateurs, les pompes à eau et l’éclairage public. Ils alimentent également des services essentiels comme le centre de santé communautaire. 233 techniciens et 108 représentants des gouvernements locaux ont été formé aux technologies des énergies renouvelables.

Au Mali, la technologie solaire a rendu l’énergie plus accessible et a accru la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique du pays.

Voici quelques résultats du projet PENRAF (Promotion des énergies renouvelables pour l’autonomisation des femmes), initié par la ministère malien de l’énergie et de l’eau en 2003 et sous sa forme actuelle jusqu’en 2018 avec le soutien du gouvernement malien et du PNUD. La nouvelle technologie de l’énergie solaire a non seulement rendu l’énergie plus accessible et augmenté la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique du pays, mais a également permis l’augmentation de la productivité dans le secteur agricole. L’accent est mis en particulier sur les femmes et leur autonomisation. C’est donc à la fois un programme social, économique et environnemental.

Nana Sangaré est très impliquée dans ce processus de développement. Elle est mère de sept enfants, maire adjointe et présidente de l’association des femmes de Sirakorola, une ville située à 120 kilomètres au nord-est de Bamako, la capitale du Mali. “Je n’ai pas acheté de charbon de bois ou de kérosène pour mon ménage depuis l’installation des panneaux solaires. Nous arrosons maintenant grâce à la pompe solaire et nos jardins maraîchers sont devenus beaucoup plus rentables. Avant ce projet, nous n’avions aucun revenus. Maintenant, je gagne 3000 francs CFA par jour (environ 5 dollars), ce qui me permet de subvenir aux besoins de mes enfants”, raconte t-elle.

L’histoire de Sangaré fait écho à celle de centaines de villageois dans plus de 300 villages. Les femmes ont non seulement augmenté leurs revenus grâce à une productivité accrue mais également grâce à un meilleur accès à l’électricité. Ce sont les associations féminines qui sont le plus souvent en charge de l’installation des panneaux solaires. Le projet repose sur une stratégie sensible au genre et vise à intégrer les femmes dans la gestion des technologies liées aux énergies renouvelables et dans le processus de prise de décision. A Sirakorola par exemple, c’est l’association Sangaré qui supervise les panneaux solaires et le chargement des batteries.

L’accès à l’énergie signifie que les étudiants peuvent travailler sur des ordinateurs et avoir un éclairage adéquat pour étudier le soir.

Traoré Djeneba N’Daou, adjointe au maire de Sio, une petite ville située le long du fleuve Niger, souligne les autres avantages dont bénéficie son village. “L’électricité et les nouveaux systèmes d’éclairage signifient que les citoyens n’ont plus à se soucier d’être attaqués la nuit et que nos enfants ont des lampes pour lire”, explique-t-elle.

L’accès à une énergie propre et abordable: une priorité pour le gouvernement malien et une des clés du Programme 2030

Au niveau mondial, l'électrification a augmenté régulièrement depuis 1990, atteignant 87% en 2016, mais 1 milliard de personnes vivent toujours sans accès à des services énergétiques abordables et fiables (objectif 7.1 des ODD). Et la part des énergies renouvelables (objectif 7.2) ne devrait connaître qu'une légère augmentation par rapport au niveau actuel de 17,5% à 21% d'ici 2030. Un engagement politique fort, un financement public soutenu et des partenariats avec le secteur privé pour promouvoir les nouvelles technologies sont nécessaires pour atteindre le but de 2030.

Les panneaux solaires génèrent de l’électricité pour les besoins des ménages et des systèmes d’éclairage communaux.

Au Mali, seulement 35% de la population avait accès à l'électricité en 2016, tandis que seulement 1% avaient accès à une cuisine propre, selon le rapport sur l'état d'avancement de l'énergie 2018. L’étude “Malian My World 2030”, menée en mai 2018, a montré que l’accès à une énergie propre et abordable est l’une des six priorités de la population.

Le 16 juillet dernier, le Mali a présenté son premier examen national volontaire de ses progrès en matière d'ODD. L'électrification et la promotion accrues des énergies renouvelables ont été soulignées en tant qu'accélérateurs du développement durable avec des effets positifs sur les conditions de vie, la santé et le bien-être, la sécurité alimentaire, la croissance économique, les infrastructures et la sécurité des populations.

Le gouvernement a également déclaré que la réforme du secteur de l’énergie et la réduction de son déficit de financement étaient nécessaires, le manque d’accès continuant d’affecter le fonctionnement des services et des activités économiques, entraînant des pertes de productivité importantes. Un programme d'urgence sociale pour l'accès à l'énergie 2017-2020 et une politique énergétique nationale visent tous deux à atteindre l'ODD 7 et se concentrent sur le renforcement des capacités, l'expansion du réseau et la promotion des sources d'énergie renouvelables. Des interventions spécifiques visant à «ne laisser personne de côté», notamment en ce qui concerne les services de base tels que l'accès à l'énergie, sont essentielles et ont également été adoptées dans le cadre du programme d'urgence sociale du président.

A Soufouroulaye, les étudiants reconnaissent les efforts déployés pour apporter de l'énergie accessible à tous et les effets sur leur apprentissage. "Nous pouvons mieux nous concentrer avec un bon éclairage et maintenant nous pouvons aussi travailler avec des ordinateurs, cela rend l'école beaucoup plus agréable", explique un étudiant. "Et nous pouvons aussi organiser des activités le soir avec nos camarades de classe, sous les lumières du village".

Texte: Catharina Klingspor; photos : PNUD Mali

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