Une perspective de développement en béton ?

ONU Développement
Jan 27 · 4 min read

Tout comme le plastique, au 21è siècle, le béton doit laisser place à des solutions de développement basées sur la nature.

À Bangkok de nouveaux gratte-ciels, métros et autoroutes voient le jour à une vitesse vertigineuse ©Andreas Brucker/Unsplash

BANGKOK — Dans la capitale thaïlandaise de nouveaux gratte-ciels, métros et autoroutes voient le jour à une vitesse vertigineuse. C’est une tendance généralisée dans un monde où le béton est littéralement la fondation du développement. La Chine a sans doute à elle seule posé davantage de béton en une seule décennie que les États-Unis au cours des 100 dernières années.

Or, l’impact environnemental du béton est loin d’être négligeable. Selon les estimations (BBC, anglais), il pourrait même représenter jusqu’à 8% des émissions mondiales de CO2. Autrement dit : si le béton était un pays, il serait le troisième émetteur de gaz à effet de serre au monde.

Bon marché et facile d’emploi, le béton est partout et sa demande a même tendance à excéder la quantité de sable disponible dans le monde. Quelque 4 milliards de tonnes de ciment Portland (ou CPA en Europe) sont produits chaque année, soit une demi-tonne pour chaque personne sur terre.

Diminuer notre dépendance ne sera pas mince affaire.

Si le béton était un pays, il serait le troisième émetteur de gaz à effet de serre au monde ©PNUD RDC

Bien qu’il facilite tant de nombreux aspects de la vie moderne, le béton ne garantit pas réellement le développement et la résilience de nos sociétés sur le long terme.

Pour de nombreux petits États insulaires en développement, le dragage de sable nécessaire à la fabrication du béton érode les côtes plus rapidement encore que le changement climatique.

De même, une digue construite aujourd’hui risque de devenir un fardeau plutôt qu’un atout pour les générations futures, en raison des coûts récurrents liés à son exploitation et à son entretien.

Le revêtement en béton des berges des rivières prive les zones humides de l’apport en eau et du soutien fourni par l’écosystème qui l’accompagne tout en augmentant les risques d’inondation.

Pour preuve, il suffit de se rappeler l’ouragan Katrina qui frappa la Louisiane en 2005, détruisant complétement les infrastructures en béton des années 1950, pour devenir la tempête la plus dévastatrice de l’histoire des États-Unis. Six ans plus tard, des digues en béton n’ont pas plus protégé la côte japonaise contre le tremblement de terre et le tsunami qui s’ensuivit.

Et pourtant, le béton, et les progrès de développement tangibles qu’il évoque, reste le matériau de construction préféré dans le monde entier.

Faire place à la nature

Dans nombreux petits États insulaires en développement, le dragage de sable nécessaire à la fabrication du béton érode les côtes plus rapidement encore que le changement climatique. ©PNUD Tuvalu/ Aurélia Rusek

En septembre 2020, la 75e Assemblée générale des Nations Unies (en anglais) prévoit une semaine dédiée à la nature. Un mois plus tard, la Convention sur la diversité biologique renouvellera ses objectifs de préservation de la vie sur Terre. Dans un contexte de mise en garde préoccupant sur le changement climatique et d’une montée du mouvement de protestation en faveur du climat, cette Assemblée générale se devra d’adopter un programme de transformation.

Même si le béton a joué un rôle essentiel dans le développement au XXe siècle, des « solutions basées sur la nature » doivent dorénavant se substituer au béton, tout comme pour le plastique.

Des millions d’années d’évolution ont déjà résolu certains des défis de durabilité les plus complexes auxquels l’Humanité est aujourd’hui confrontée.

Une simple bactérie peut survivre à 1 000 ° C 5 km sous l’océan. Dans un écosystème sain, la minuscule Sterne arctique peut parcourir plus de 71 000 km du Groenland à l’Antarctique. Les grandes baleines peuvent séquestrer 30 tonnes de C02 à l’intérieur de leur corps, dispersant du phytoplancton vital dans les océans.

Les grandes baleines peuvent séquestrer jusqu’à 30 tonnes de C02 à l’intérieur de leur corps. ©PNUD Panama

Notre intérêt pour ces solutions naturelles continue de croître.

Dans des villes aux finances adéquates comme Singapour — où le PNUD a d’ailleurs lancé un centre d’innovation technologique (en anglais), une nouvelle génération de gratte-ciels est érigée avec du bois stratifié croisé pouvant stocker plus de CO2 qu’il n’en émet.

Dans le Pacifique, les maisons incorporent de plus en plus des écorces et des cordes de raphia flexibles capables de se plier pour résister aux vents des cyclones. En contournant les usines de traitement onéreuses, l’approvisionnement en eau à Bogotá et à New York dépend désormais des bassins versants dans des zones naturelles bien protégées et conservées.

Le béton lui-même pourrait bientôt connaitre une révolution. Des ingénieurs du MIT se penchent actuellement sur un ciment sans CO2, tandis des chimistes en Afrique du Sud ont conçu la première « brique bio » fabriquée à partir … d’urine humaine à température ambiante.

Dans de nombreuses villes, l’approvisionnement en eau dépendra de plus en plus de bassins versants de zones naturelles protégées. © GEF SGP Colombie

Terence Hay-Edie est conseiller au Programme de petites subventions du FEM (SGP) mis en œuvre par le PNUD. Depuis sa création en 1992, le PSC a fourni un financement cumulé de plus de 640 millions de dollars à des organisations de la société civile dans 128 pays à travers le monde afin de développer des solutions innovantes basées sur la nature et faire face aux crises soulevées par la perte de biodiversité, le changement climatique et la dégradation des terres.

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Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

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