Au croisement des frontières, l’espoir de paix

Vue sur la plaine de la Ruzizi et les montagne du Burundi depuis la zone de Kalunga, RDC

La verte plaine de la Ruzizi abrite les frontières de trois pays de la Région des Grands Lacs : la République Démocratique du Congo (RDC), le Rwanda et le Burundi. Sur les hauteurs qui dominent la vallée, des hommes et des femmes tracent une piste à coups de pioches et de pelles pour offrir un accès aux véhicules et désenclaver la localité de Kalunga, en RDC.

Angélique est l’une de ces personnes. Pour cette mère de 12 enfants, le projet de réinsertion sociale mis en place par le PNUD et financé par le Japon est une aubaine :

« Même si le travail est difficile, je m’y suis habituée. Avec mon premier salaire, j’ai pu faire l’acquisition d’un panneau solaire à crédit pour éclairer la maison. Et ce n’est pas tout : je cotise avec 5 autres mamans pour développer un élevage de chèvres et de cochons. »
Le mari d’Angélique, enseignant, peut maintenant travailler le soir dans de bonnes conditions.

Sortir de l’isolement

Le projet appuie la réinsertion de 500 ménages de la région. Dans les villages de Luvungi et de Kamanyola, la construction de bureaux pour l’administration locale, l’équipement de radios communautaires et la réhabilitation de 40 km de routes sont quelques-unes des activités qui emploient la main d’œuvre locale et génèrent des revenus et de l’épargne pour la création de microentreprises. Le projet propose également des formations pour la prévention des infections sexuellement transmissibles et le VIH SIDA.

Construction des premiers bureaux pour l’administration locale de Kamanyola
« Il n’y a pas de bâtiments administratifs pour accueillir la population, les services sont prestés dans la rue, » explique Bertin, chef de poste d’encadrement administratif de Kamanyola.
« Le grand problème à Kamanyola est l’absence de réseau routier, » ajoute-t-il. « Sans routes, il est difficile d’écouler les produits de l’agriculture au marché. Cela pose également des problèmes entre voisins, lorsque le matériel agricole des uns doit traverser les terrains des autres… »
Bertin, chef de poste d’encadrement administratif, participe à la mise en place du projet depuis le début.

La construction d’une route permet de désenclaver les communautés rurales installées sur les collines surplombant la plaine de la Ruzizi. Les 250 bénéficiaires du projet à Kamanyola ont travaillé à la construction d’une route de plus de 10 km pour désenclaver les communautés rurales installées sur les collines surplombant la plaine de la Ruzizi.

Favoriser l’entente

A Kamanyola, la population est estimée à 72.000 habitants issus de plusieurs groupes ethniques et comprenant aussi des immigrés burundais. Dans cette région marquée par l’insécurité et des déplacements de populations, l’initiative renforce la cohésion sociale et stimule le développement socio-économique.

« Toute la population travaille en solidarité car construire cette route est un réel besoin pour nous, » explique Angélique.
La présence des ouvriers sur le chantier est contrôlée chaque jour par les chefs d’équipe.

Si l’ouverture de la route permet de conduire blessés et malades plus rapidement à l’hôpital, et d’acheminer la production agricole plus facilement vers les lieux de vente, il reste encore beaucoup à faire.

« Nous avons besoin de fonds additionnels pour stabiliser la route et la prolonger pour raccourcir la durée de voyage vers Bukavu, » explique Muzaliwa David, ingénieur encadrant le chantier.

L’identification des personnes bénéficiant du projet a été réalisée grâce à une approche participative menée en concertation avec la communauté : 44 déplacés, 9 retournés, 186 résidents, 1 réfugié, 4 pygmées et 6 ex-combattants ont été sélectionnés par tirage au sort, mené publiquement sous le slogan ‘“NAPENDA KAZI’’ (je veux travailler en swahili).

Un groupe de jeunes travailleurs se retrouve après le chantier pour préparer la création d’un projet d’entreprise qu’ils porteront ensemble
« Nous nous retrouvons régulièrement après le chantier pour discuter et échanger des conseils. Nous aimerions créer un espace de vente de nos produits» déclare Angélique.

Avec leur épargne, les représentants des groupes minoritaires se joignent à la communauté locale pour créer des Associations Génératrices de Revenus (AGR) mixtes, ce qui permet de renforcer la cohésion et la dynamique de paix.

Le projet de “Stabilisation sociale et protection des groupes vulnérables a eu lieu dans les communautés de Kamanyola et Luvungi” est exécuté par le PNUD grâce au financement du Japon d’un montant de 1 million de dollars américains. Le PNUD apporte une contribution de 150 000 dollars.


Textes, photos et infographies: PNUD RDC / Aude Rossignol