En RDC, les populations déplacées sont un atout pour l’économie locale

Satisfaction et enthousiasme pour les travailleurs du projet de mini-huilerie à Mambasa. Parmi eux, de nombreux déplacés internes qui grâce à cet emploi peuvent se réintégrer dans leur région d’accueil.

En Ituri, au nord-est du pays, la production d’huile de palme permet d’intégrer les populations déplacées qui, en retour, ont pris un rôle majeur dans le développement de pôles économiques locaux. Cette initiative fait partie du projet du PNUD « Réponse rapide à la cohésion sociale et relance économique au Sud- Kivu et en Ituri » financé par le Japon.

« Je ne retournerai plus à Pangoy. J’y ai côtoyé la mort. Ma vie et celle de ma famille s’écrira désormais à Mambasa. Nous avons acheté un terrain et nous construisons notre maison, » explique Amineta. En 2012, Amineta et son mari Ngongo sont contraints de fuir nuitamment leur village de Pangoy après une attaque des rebelles qui sévissent dans la contrée.

La famille d’Amineta est un modèle réussi d’intégration et de relèvement communautaire. Arrivés à Mambasa en 2012 et recensés comme déplacés de guerre, Amenita et son mari Ngongo sont à présents installés à leur propre compte et sont, grâce au travail, socialement et économiquement intégrés.

Amineta et Ngongo sont, grâce au travail, socialement et économiquement intégrés à Mambasa.

Bénéficiaire d’une assistance du PNUD entre 2012 et 2014, ce couple de déplacés avait opté pour l’exploitation d’une presse manuelle d’huile de palme. Avec leur nouvelle autonomie financière, le couple acquiert un terrain et s’installe. Le regard des voisins change positivement. Mais le couple ne dispose pas d’assez de noix de palme pour répondre à la demande d’huile.

Aussi, lorsque le projet d’installer une mini huilerie moderne dans la localité prend forme, Amineta et son mari sont parmi les premiers à s’engager.

La cité de Mambasa a accueilli des milliers des déplacés ayant fui l’insécurité dans le territoire.

Aujourd’hui, le couple travaille à temps plein à l’huilerie de Mambasa. Leurs revenus leurs permettent de faire face à toutes les dépenses du ménage. Ngongo assure l’entretien et le bon fonctionnement des machines. Amineta tient les comptes.

« Au bout de deux mois de travail, le carnet de commande s’allonge chaque jour. Notre défi est maintenant de nous affirmer sur le marché local » explique Amineta.

Deux mini huileries modernes en Ituri

Le PNUD a soutenu l’implantation en 2017 de deux mini huileries modernes à Mambasa et Komanda grâce à un financement japonais. Ces huileries sont équipées chacune d’un kit pour la production d’huile de palme rouge extraite à partir de la pulpe de noix de palme, ainsi que d’un kit de production d’huile de palmiste, extraite des amandes de noix de palme .

L’huilerie de Mambasa est capable de traiter en moyenne 15 tonnes de noix de palme par jour pour une production de 500 litres d’huile alimentaire de qualité.

L’investissement total est évalué à près de 130 000 dollars et a servi à l’acquisition des presses à huile, d’un concasseur et d’une unité de production d’huile de palme. Deux coopératives ont été créées et structurées pour gérer ces unités de production, regroupant principalement les déplacés de guerre et les personnes vulnérables ayant bénéficié de lappui du PNUD entre 2012 et 2014 La coopérative de Mambasa comprend 90 membres ; celle de Komanda 60.

L’huile produite par la coopérative est vendue sur le marché de Mambasa.

L’huilerie facilite les échanges, et surtout la socialisation entre les habitants de Mambasa et de ses environs. Ainsi les Pygmées peuvent-ils tirer des revenus en vendant des noix de palme et des amandes palmistes à l’huilerie. Les éleveurs des porcs achètent des tourteaux pour engraisser leurs bêtes,. et les vendeuses d’huile de palme s’approvisionnent directement à la coopérative..

Le tourteau après le pressage de l’huile palmiste sert à engraisser les porcs

L’activité est rentable car l’huile de palme se conserve longtemps et est très appréciée sur le marché local . L’huilerie vend quotidiennement près de 80 litres, à 4 dollars le bidon de 5 litres. La production n’a pas encore atteint sa capacité maximale à cause de la faible quantité de noix disponibles faute de transports. La presse d’huile palmiste traite en moyenne une tonne de noix par jour et produit 240 litres d’huile palmiste destinées à l’usage industriel. Les fibres et la coque sont utilisées comme combustibles pour cuire les noix de palme, ce qui permet de recycler les déchets.

Une huilerie au service de la communauté

Propriétaire d’une palmeraie, maman Alphonsine recourt aux services de l’huilerie pour extraire son huile

La coopérative réalise des rentrées supplémentaires en vendant ses services aux propriétaires des palmeraies et à toutes autres personnes disposant d’une certaine quantité de noix.

Maman Alphonsine exploite une palmeraie à 6 km de Mambasa. Elle vient extraire son huile à la coopérative. Elle apprécie la qualité de l’huile produite, différente de l’huile extraite par les presses traditionnelles. Avec sa cargaison du jour, elle a récolté plus de 90 litres d’huile en moins d’une heure.

«Le travail est mécanisé, donc gain de temps, » explique Alphonsine.

Bienvenu, lui, vient une fois par mois recueillir le tourteau d’huile palmiste pour améliorer l’alimentation de son son élevage de porcs.

L’huilerie a déjà modifié la situation socio-économique de Mambasa grâce à l’augmentation du pouvoir d’achat des bénéficiaires vulnérables et à la création de 15 emplois permanents, dont 8 sont occupés par des femmes. L’unité fonctionne six jours sur sept.

L’implantation d’une savonnerie offre aussi de nouvelles perspectives d’expansion du marché et a permis de faire renaître les palmeraies à l’abandon.

Cependant, les coopérateurs sont en butte à une difficulté majeure : le manque de moyens de transport qui leur permettraient de récolter les produits à traiter dans la région.

« « Plus nous aurons de noix, davantage nous pourrons produire. Nous sollicitons auprès de l’administration locale et des chefs coutumiers la mise à disposition de 20 hectares pour y planter des palmiers améliorés et multiplier notre production par deux voire par trois. Nous demandons également une exonération fiscale temporaire » partage Joseph Kashangabuye, dirigeant de la coopérative.

Pour Amineta, la persévérance a payé. Ce qu’elle a vécu dans son village natal de Pangoy est souvenir douloureux qui s’efface progressivement. Une nouvelle aube se lève, pleine de promesses pour sa famille comme celles de plusieurs autres déplacées de guerre sur leur nouvelle terre d’accueil à Mambasa.


Ces activités ont été rendues possibles grâce à la mise en œuvre du projet Réponse rapide à la cohésion sociale et relance économique au Sud- Kivu et en Ituri, sous financement du Japon.

Textes et photos: PNUD RDC / Marc Ngwanza