Ces millions d’idiots invisibles
Les gens sont idiots. Quand on fait un peu de marketing sur les médias sociaux, on débute souvent dans l’élégance, la subtilité. On ne veut pas heurter la marque ni l’audience dont elle rêve.
Les campagnes sont propres, ultra-white hat. On se dit que l’on a un bon produit, qu’il suffira d’attirer un peu l’attention dessus et que tout le monde va acheter, va liker, va engager…
Parfois, dans certains univers très codés, cela fonctionne, c’est vrai. Mais le plus souvent…
Et bien non, le plus souvent, ça ne donne que des effets marginaux.
Depuis plusieurs mois, je m’intéresse au Growth Hacking, terme super pompeux pour dire qu’on cherche comment faire du marketing pragmatique et orienté vers un résultat chiffré. Cela regroupe toutes ces techniques qui viennent augmenter la traction ou le chiffre d’affaires d’une entreprise. Le plus souvent, on est davantage dans la guérilla que dans la stratégie militaire.
On essaye tout un tas de choses, sans trop investir mais plus pour voir ce que ça donne, puis on mesure tout ce que l’on peut mesurer pour comprendre ce qu’il se passe, comment la cible réagit, quel wording fonctionne le mieux, etc... Une fois que l’on pense avoir trouvé une tendance, une technique qui cartonne et rapporte plus qu’elle ne coute, on y investi davantage de budget tant que c’est rentable. une fois le filon épuisé, on passe à la suivante.
Pour comprendre et progresser, j’ai lancé tout un tas de petits projets que je porte moi-même, le soir et le week-end, et j’ai aussi fait quelques tests sur les produits internes de Digidust. Je pense qu’il faut faire pour apprendre, et faire soi-même, pas faire faire.
J’ai aussi rencontré ou parlé à des dizaines de spécialistes dans des disciplines très verticales, comme le SEO, les Ads Facebook, l’emailing, le Retargeting, etc… Je voulais comprendre leurs secrets, leurs recettes magiques avant de consolider tout ce savoir-faire dans une approche globale et cohérente pour nos clients ou nos produits.
Autant vous dire que j’ai été à la fois comblé et décontenancé.
J’ai été comblé car ce que j’ai appris fonctionne. Vraiment. Par exemple, pour développer les téléchargements de Streetfies, une application de Fake Selfies développée par Digidust, j’ai monté cette page Facebook de 0 à plus de 50,000 en quelques semaines. Sur les 7 derniers jours, elle a touché plus d’un million de personnes et est venu supporter doucement les téléchargements de Streetfies dans des volumes de plus en plus intéressants.
Mais j’ai été décontenancé parce que tout ce que ces experts m’ont montré ou expliqué, revient globalement à prendre les gens pour des idiots et à leur parler comme s’ils n’avait aucune capacité à raisonner.
Avec des accroches du style “Perdez enfin ces 10 kilos de trop une bonne fois pour toutes” ou “10 façons de faire un selfie. La 4ème est un secret bien gardé” ou encore “Cette page Facebook est super. Allez-y et Likez la”…
Je sais, vous lisez ces lignes dernières lignes et vous vous dites :
1/ Il exagère. Personne n’est assez idiot pour tomber dans ces panneaux. Quand on voit les scores que font Le Pen en France ou Trump aux Etats-Unis, en passant leur temps à dire énormités sur énormités, vous êtes sûr que j’exagère ?
2/ Moi, je ne m’abaisserai jamais à faire des trucs comme ça. Je comprend. C’est aussi ce que je me dis souvent… et malheureusement, je mesure le reach en centaines sur ces approches, là où je le mesure en centaines de milliers voir en millions sur les approches plus “agressives”.
Ceci étant dit, le véritable sujet de cet article n’est pas de vous faire un exposé de techniques de vente mais de partager un mystère sur lequel je reste un peu bloqué…
L’analyse des metrics de nos campagnes et les conclusions que l’on en tire comme exposé ci-avant ne laissent aucun doute. Les gens sont des idiots. Ce n’est même pas significatif, c’est massif.
Pourtant, les gens que je connais ou que je croise dans la vie sont majoritairement intelligents. Ils ont une capacité de recul, d’analyse et même s’ils n’ont pas tous inventé le fil à couper l’eau chaude, ils ne sont pas… idiots. Je parle de tout le monde, pas seulement des gens que l’on rencontre dans les meetings business de haut niveau ou à la sortie de l’opéra. Je parle de ceux qu’on croise toute la journée, de tous les niveaux d’éducation et sociaux, des riches et des pauvres, des gens de gauche et des gens de droite. Le professeur d’école, le boulanger, le policier, le consultant rugby du lundi matin accoudé au coin de la buvette, l’avocat, le demandeur d’emploi qui n’en peut plus de demander, le plombier… bref, les gens. Aucun n’est idiot. On tombe sur des cons, évidemment, ne serait-ce que statistiquement, mais de vrais idiots, très peu.
Alors qui sont donc tous ces gens qui cliquent sur nos Ads, like les pages de nos clients, dépensent autant d’argent en produits dont ils n’ont pas besoin et vont défendre les idées de leurs leaders politiques sans en avoir compris une seule ?
Sincèrement, je ne sais pas. Il doit y avoir des coins à demeurés comme il y a des coins à champignons, et les marketeurs du monde entier se chuchotent à l’oreille leurs meilleurs tuyaux. Les idiots habitent dans ces coins, ne sortent jamais donc on ne les croise pas. Et ils achètent, ils Likent, ils cliquent… surement toute la journée, et représentent ainsi à eux seul la majeure partie du PIB et du chiffre d’affaires du commerce en ligne.
PS : Evidemment, cet article est très largement exagéré pour essayer, de temps en temps, de vous faire sourire ou réagir, mais sincèrement, il y a un fond de vrai. Qui sont donc ces gens qui cliquent sur les Clickbaits, Likent les pages Facebook de sociétés de carrelage ou pensent vraiment que Trump ou Le Pen sont la solution ?