Le magnifique palais Bahia, Marrakech

Marrakech Arnaqu’ech ?

Avant de décoller vers le Maroc, j’ai interrogé plusieurs amis qui s’y étaient déjà rendus et ils étaient unanimes — « le pays est magnifique, les Marocains sont chaleureux et accueillants, Marrakech est une très belle ville mais… je ne sais pas si j’y retournerai car il y a des faux guides et des arnaqueurs partout qui m’ont harcelé.e à longueur de journée ». La réputation de cette ville lui a valu le fâcheux sobriquet — Marrakech Arnaqu’ech. Je m’y suis donc préparé psychologiquement, mais en même temps, je n’étais pas très inquiet pour deux raisons. Primo, en tant qu’Indien j’étais sûrement habitué à ce genre de comportement et secundo, grâce à ma peau basanée je pouvais passer inaperçu.

Mon riad, Marrakech

Une Allemande de mon riad a décidé de m’accompagner pour visiter la ville et nous avons commencé par le palais Bahia. Sur le chemin, j’ai entendu un homme nous dire « Le palais est fermé aujourd’hui ». Je l’ai ignoré, mais j’ai tout de même répété cela à mon amie au cas où ce serait vrai, tout en continuant à marcher. Dix minutes plus tard, nous étions dans le palais qui était bel et bien ouvert. Pourquoi cet homme nous avait-il menti ? Allez savoir ! Nous avons appris après que cela arrive tout le temps dans cette ville.

Le Palais Bahia, Marrakech
Plafonds du palais Bahia
Stucs du palais Bahia
Portes du palais Bahia

Le palais Bahia est sublime. C’est le summum, le nec plus ultra de l’artisanat marocain. Les stucs, la marqueterie, la peinture sur bois sur les plafonds, les portes et les fenêtres et le zellige — mosaïques géométriques de faïence colorée — m’ont laissé pantois. Salle après salle, cour après cour, j’étais émerveillé !

Plafonds du palais Bahia
Portes et plafonds du palais Bahia

Nous avons poursuivi notre visite de cette ville impériale en allant au palais el Badi, pas très loin du Bahia. Ce bâtiment, construit par la dynastie des Saadiens datant du XVIe siècle, est tombé en ruine et aujourd’hui, ce sont des cigognes qui y règnent. Ces oiseaux, vénérés par les Marocains qui disent que lorsqu’ils migrent, ils effectuent un pèlerinage à la Mecque, ont investi le palais et nous avons vu leurs grands nids partout.

Le palais el Badi investi par des cigognes, Marrakech

Dans le même quartier se trouvent les tombeaux Saadiens. La salle des douze colonnes est somptueuse avec son plafond en cèdre, ses stucs détaillés et les sépultures en marbre de Carrare. Une soixante de tombes se reposent dans ce paradis en quelque sorte. Après plusieurs moments et soupirs d’admiration, nous avons quitté cette nécropole hispano-mauresque et ce quartier pour retrouver la place mythique de Jemaa el-Fna.

La salle des douze colonnes des tombeaux Saadiens
Plafond des tombeaux Saadiens
Rares sont les villes arabes avec une telle place où le tintamarre des artistes de rue, la musique gnaoua et les senteurs enivrantes des tajines, des escargots et d’autres spécialités créent un mélange à la fois exotique et dépaysant.

Nous avons bu un verre de jus d’orange frais pour désaltérer la soif que nous a donnée le soleil hivernal avant d’entrer dans les souks.

Vendeur de jus de fruits, Place Jemaa el-Fna, Marrakech

À la recherche de la médersa Ben Youssef

Notre but cet après-midi était de visiter la médersa Ben Youssef — école coranique du XVIe siècle, mais la trouver fut une véritable aventure et nous avons très vite compris l’exaspération de tant de visiteurs qui nous ont précédés. Dès que nous sommes entrés dans les souks labyrinthiques de Marrakech, nous étions perdus et c’est là que nous avons dû affrontrer une série de faux guides qui nous ont fourvoyés à maintes reprises.

Souk, Marrakech
Souk de la place Rahba Kedima, Marrakech

Un monsieur nous a interpellés en disant que nous avions de la chance de tomber sur son ami qui travaillait dans une tannerie et qu’il nous y emmènerait gratuitement avec plaisir. Je lui ai dit que ça ne nous intéressait pas et que nous voulions voir la médersa. Il a répondu que nous pouvions y aller après la visite de la tannerie et que de toute façon, c’était gratuit. Faute de choix, nous avons suivi Abdelaziz qui est devenu notre meilleur copain pendant 10 minutes. À l’entrée de la tannerie, il nous a déposés entre les mains d’un autre monsieur qui prétendait être « le manager de la tannerie » quand je lui ai dit que je ne voulais pas de guide. J’avais déjà compris la supercherie mais l’arrivée des feuilles de menthe que l’on donne aux pauvres touristes sensibles qui ne peuvent pas supporter l’odeur de peau, ont confirmé mon hypothèse.

Énervés, nous avons quitté ce lieu en répétant que c’était la médersa qui nous intéressait. Le faux manager nous a suivis et a voulu nous accompagner à un marché de Berbères. Comme nous étions complètement égarés, nous avons accepté d’y aller mais il nous a emmené à un magasin de produits en cuir ! À peine entrés dans la boutique, nous avons fait demi-tour pour chercher la médersa mais l’arnaqueur qui attendait dehors m’a rattrapé pour me demander de l’argent pour son service.

J’étais sidéré ! J’ai refusé de payer et nous sommes partis rapidement mais non sans entendre une insulte en arabe que je n’ai heureusement pas comprise. Dans une autre rue, qui vois-je ? Abdelaziz, notre ami « employé de la tannerie » ! C’était à son tour de nous demander de l’argent et encore une fois, je l’ai envoyé balader mais il était plus insistant et agressif que son confrère de la mafia marrakchie. Nous avons reçu d’autres insultes en partant.
Souk de babouches, Marrakech

Paumés et épuisés, nous avons enfin vu un panneau qui indiquait la Jemaa el-Fna et je me suis dit que ce serait plus facile de sortir de ce dédale tentaculaire et de repartir de zéro. Nous avons emprunté cette ruelle quand le muezzin a lancé son appel à la prière. Nous étions juste devant la porte de la mosquée quand un homme nous a dit que c’était interdit de passer par là au moment de la prière. C’était un piège, mais ne connaissant pas les coutumes de ce pays, nous lui avons obéi mais avons refusé de le suivre quand il a proposé de nous montrer le chemin.

La règle d’or à Marrakech est de n’écouter aucun conseil des jeunes hommes dans les rues et de les ignorer.

Nous nous sommes retrouvés dans une impasse au sens propre comme au sens figuré du terme et un autre jeune glandeur m’a abordé en disant à l’envi qu’il n’était pas guide mais juste un local qui voulait nous aider. J’étais à bout de forces et lui ai dit que nous étions parfaitement capables de nous débrouiller sans lui. Quand nous avons commencé à marcher dans l’autre sens, mon amie allemande m’a dit qu’il nous suivait ! J’en avais ras-le-bol !

Produits vendus dans les souks de Marrakech

Cela faisait deux heures que nous passions d’un faux guide à un autre et nous avons décidé que la meilleure solution était de trouver d’autres étrangers. En 5 minutes, nous sommes tombés sur un couple d’Allemagne et ensemble nous avons retrouvé le chemin vers la Jemaa el-Fna et là, j’ai vu un musée qui, selon un plan que j’avais vu, était juste à côté de la médersa. Je suis allé jeter un coup d’œil et effectivement elle était là ! Cette école, édifiée par les Saadiens, est absolument splendide et malgré tout ce que nous avons subi, ça a vraiment valu la peine de la chercher ! J’étais époustouflé par la décoration sur les murs de la cour. Le stuc et le zellige sont exquis.

La médersa Ben Youssef que nous avons enfin trouvée

Nous avons terminé notre visite sur le toit d’un café bondé avec une belle vue sur la place.

Place Jemaa el-Fna, Marrakech

Contrairement aux endroits isolés et peu visités où un voyageur peut se voir nourri voire hébergé gratuitement par des Marocains, tout se paie dans les zones touristiques de Marrakech. Quel dommage dans une ville si extraordinaire.


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