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« La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ! ». Les représentants des religions ont-ils pensé malicieusement à Baudelaire en inspirant cet étonnant article 38 du projet de loi pour un État au service d’une société de confiance, qui retire les associations religieuses de la liste des représentants d’intérêts ?

Cette disposition est pourtant contraire à la fois au principe de transparence de la vie publique tant promue par ailleurs par les pouvoirs publics, et à l’idée d’un espace public dans lequel les religions ont certes leur place, mais ni plus ni moins que les autres opinions, convictions et intérêts. Les retirer de la liste des intérêts particuliers, c’est leur donner plus de prérogatives qu’elles n’en ont tout en les soustrayant au regard citoyen. Pour quelle raison ?

Plus inquiétant encore, le désintérêt et l’absence de réaction des députés à l’Assemblée nationale qui ont permis à cet article d’être voté sans débat. Saluons en revanche les sénateurs qui se sont élevés contre cette mesure ainsi que contre les articles modifiant la loi du 9 décembre 1905 de séparation de l’Église et de l’État. Nous considérons que la loi de 1905, en raison de la place particulière qu’elle occupe dans notre droit, ne peut et ne doit pas être modifiée dans un tel texte, et qu’un minimum de réflexion préalable et de débat est indispensable pour que la représentation nationale fasse, sur des sujets aussi sensibles, un choix éclairé.

Nous ne pouvons que nous tourner vers les institutions censées défendre la laïcité : nous demandons ainsi à l’Observatoire de la laïcité de sortir de son silence à ce sujet. On l’a en effet connu plus disert et plus prompt lorsqu’il s’était agi de s’insurger contre l’article de la loi Travail donnant la possibilité aux entreprises d’inscrire un principe de neutralité et de restreindre “la manifestation des convictions des salariés” dans leur règlement intérieur. Puisqu’un service de l’exécutif s’arroge le droit d’intervenir durant le processus législatif, autant qu’il le fasse — aussi — à bon escient.

Par ailleurs, le Printemps Républicain appelle la représentation nationale à la vigilance et à se saisir de cette question qui ne doit pas être discutée dans l’indifférence quasi générale, à 23h50 un mardi soir de mars 2018 au Sénat.

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