Les dragées convolent en justes noces… Seconde partie

Un premier croiseur ennemi terminait de se matérialiser, repassant en phase tout en s’extrayant d’un magma gravifique d’un noir absolu et pulsant aléatoirement. Un second croiseur suivait, sa silhouette clignant se détachant sur la trame de ténèbres absolues. L’ennemi envoyait ses unités standard, ces espèces de cubes au relief torturé d’un kilomètres d’arête, garnis en sa surface supérieures d’une espèce de basse-tour abritant le générateur de création de singularités gravitationnelles et d’un champ de ces redoutables voiles solaires renvoyant les tirs d’armes à énergie, et garnie en sa surface inférieure, de longues buses mobiles servant au débarquement de troupes au sol, où à l’envoi de commandos en scaphandre spatial. Cela tranchait face à l’élégante silhouette des croiseurs lourds de l’Alliance Terrienne Unifiée, silhouette évoquant un style de sous-marin nucléaire du vingt et unième siècle auquel étaient venus se greffer un bon nombre d’installations technologiques et autres armements de pointe.

-C’est le moment de voir si les fameux V-Strike valent toute l’encre qu’ils ont fait couler dans la presse militaire de l’Alliance Terrienne Unifiée… Mademoiselle Costa, mettez en panne. Nous les laissons approcher.

-A vos ordres Capitaine !

La pilote, aux longs cheveux couleur des blés mûrs, pianota à la console de navigation la coupure d’alimentation de la propulsion, et engagea la rétropropulsion, assurant bien vite l’immobilité du croiseur de guerre.

-Monsieur Hann, tenez-vous prêt ! Répartissez la salve équitablement sur les générateurs de singularités des deux premiers croiseurs.

-A vos ordres, Capitaine ! Les tubes 1 à 12 n’attendent que votre ordre.

Le capitaine Ivanova disputait un invisible bras de fer avec le destin. Le bon choix de l’instant de tir était crucial, étant donné qu’une et une seule seconde privilégiée mettait à l’abri des contre-mesures de l’ennemi cette nouvelle arme en laquelle les leaders militaires des races alliées de la Voie Lactée plaçaient leurs espoirs. Un troisième croiseur ennemi faisait son apparition.

-Maintenant !

-Les dragées convolent en justes noces, Capitaine !

Douze traits de gaz ionisés fusaient dans le vide stellaire, répartis en deux groupes de six. Les douze ogives du nouveau modèle V-Strike partaient à la rencontre de leur fatum, striant l’espace de leur sillage éclatant. Du côté de l’ennemi, des tirs de barrage visaient les meurtriers antagonistes d’alliage blindé, sans succès apparent. D’une part, le contrôle de ligne du Galapagos assigné aux V-Strike corrigeait leurs trajectoires, et d’autre part, les ogives étaient équipées chacune d’une balise émettant un signal unique de brouillage d’ajustement de tir, maximisant les chances de coup au but. Du côté du Rachmaninov et du Saint-Estèphe, deux salves de douze autres ogives suivaient le cap des positions ennemies. Un feu nourri les accueillit, mettant un point final à leur envolée rédemptrice. La déception pouvait se lire sur les visages des officiers du Galapagos, et s’entendre dans le réseau de télécommunications reliant les trois croiseurs. L’espoir reposait sur la salve du croiseur du capitaine Ivanova.

-Impact dans trois secondes ! annonça l’officier du contrôle de vol des V-Strike.

Ce furent probablement les trois plus longues secondes que connut l’équipage du Galapagos. Le capitaine Ivanova avait fait preuve d’une précision d’horloger dans le choix de l’instant de l’ordre de tir. Ce fut un véritable feu d’artifice. Les deux salves atteignirent leur objectif au moment précis ou apparaissait un quatrième croiseur, encore en phase dans la singularité gravitationnelle. Les basses-tours respectives des deux croiseurs pachydermiques explosèrent en un orgasme magmatique, perturbant par la-même la stabilité de la singularité. Celle-ci, déstabilisée et n’étant plus alimentée, se délita dans le vacuum, emportant dans sa déchéance le quatrième croiseur qui n’avait pas terminé de se matérialiser dans l’espace conventionnel. Il restait, face à la modeste escadre de l’Alliance Terrienne Unifiée, un seul croiseur des Hyènes de Hyades. Celui-ci choisit le combat, qui risquait de se solder par une destruction inéluctable. L’affrontement fut expéditif. Un déluge de mines soniques accueillit le croiseur ennemi, détruisant ses précieuses voiles solaires renvoyant les tirs d’armes à énergie. Il envoya ses chasseurs embarqués qui ne firent pas le poids face aux chasseurs-bombardiers de classe Manticore lourdement armés. Le coup de grâce fut asséné par le Galapagos, donnant toute la puissance de ses batteries de turbo-lasers, pilonnant la proue du croiseur des Hyades. Il se disloqua, craquant de toutes ses membrures, s’effondrant sur lui-même en une apocalyptique explosion. Des hourras fusèrent un peu partout à bord des trois croiseurs de l’Alliance Terrienne Unifiée. Les escadrilles de chasseurs-bombardiers revenaient au complet, et seul quelques dommages mineurs étaient à déplorer sur le Saint-Estèphe. Le calme revint sur la passerelle de commandement du Galapagos. Ivanova s’adressa aux officiers de quart-passerelle.

-Beau travail, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs ! Mais ne nous emballons pas. Nous avons démontré l’efficacité des V-Strike, mais nous avons aussi pu constater que le créneau de tir était des plus minces. Il nous faudra apprendre à affiner le tir. Mademoiselle Costa, cap sur HD 28911, nous rejoignons le commandement de l’Amiral Van Horne. Monsieur Fox, la passerelle du Galapagos est à vous. Je me retire dans mes quartiers.

-A vos ordres, Madame !

En peignoir de soie bleu nuit brodée de deux belliqueux dragons orientaux, Diana Ivanova, confortablement installée dans le divan de ses appartements privés de capitaine du Galapagos, sirotait une bière au ginseng -la Ging’s- brassée sur Terre depuis pas loin de huit siècles. Une triple fermentation à la robe blond soutenu et à la mousse généreuse, ressortant le bouquet végétal puissant de la racine à l’origine de cette étonnante recette de bière. Une réussite ! Un léger signal sonore se manifesta à l’interface de contrôle qui occupait une partie de son bureau, annonçant l’arrivée d’un message privé code prioritaire deux. Un code deux, c’est l’Amirauté, se dit-elle. Elle quitta le divan, le peignoir négligemment entrebâillé, laissant entrevoir le galbe parfait de ses longues jambes, une sombre toison pubienne ornant son mont de Vénus, un joli nombril et la convergence d’une poitrine arrogante dominée par une gorge longue et fine. Elle enfonça une touche et un écran vertical holographique apparut. Un texte s’y inscrit, demandant un scan rétinien. Elle s’y prêta de bonne grâce, face à la cellule à cet effet équipant la complexe installation. Le scan révéla qu’il s’agissait bien d’elle, aussi, un autre message s’afficha. Avant de le lire, elle termina son verre de Ging’s et alla s’en chercher une autre, prête à se farcir la procédurière prose de ces messieurs de l’Amirauté.

« Dossier confidentiel classé secret-défense, à l’attention du Capitaine Diana Ivanova, de l’Alliance Terrienne Unifiée Star-cruiser Galapagos.

Date d’émission : lundi 14 février 2777.

Nom de code : BELLE DE CADIX. »

Elle affichait un air perplexe. Quel étrange nom de code, pensa-t-elle. Assise à son bureau, elle épluchait le dossier confidentiel que l’Amirauté lui avait adressé. Son visage s’allongeait au fur et à mesure qu’elle en découvrait la teneur…

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