Murdah Loves John

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C’est vrai, Murdah Loves John n’est pas une Bande Originale. C’est vrai qu’ici il ne s’agit pas de traiter d’une série T.V. Et il est tout à fait vrai que dans l’absolu, une œuvre n’a pas de contexte voire même pas d’auteur, et qu’elle devrait se suffire à elle-même. Vrai.

Mais bon pour cette fois on va dire qu’on s’en balance de tout ça. Parce que pour parler de Murdah Loves John il va bien falloir faire un minimum d’allusions à Luther. Cet album de huit pistes est en effet l’initiative d’Idris Elba, interprète du personnage principal de la série crée par la BBC. Il semblerait bien que John Luther lui ait donné assez de matière pour qu’Elba déborde de son rôle d’acteur. Peut-être commercialement, certes, bien qu’on n’ait pas encore vu de manteaux longs en coton estampillé John Luther dans les rayons. Et puis après tout un homme de théâtre peut écrire un essai sur un peintre, pourquoi un acteur de série télé ne pourrait pas composer un album sur un personnage de fiction ?

Luther tourne de façon classique autour d’enquêtes policières menées par son personnage principal. Mais là où souvent les paliers d’intensité s’articulent autour des révélations à propos de l’identité du coupable, avec Luther c’est la tension qui anime le détective pendant son investigation qui donne une grande saveur à chaque épisode. Même lorsqu’il essaye de calmer le jeu, de rentrer dans le rang, il est poursuivi par toute l’obscurité de ce monde à laquelle ses propres zones d’ombre veulent constamment faire écho. John Luther est comme maudit.

On s’attendrait logiquement à retrouver de cela dans tout œuvre s’en inspirant. Le titre de l’album est d’emblée rassurant à ce niveau, mêlant en trois mots l’amour et la mort. Et la chanson éponyme, qui fait aussi office de première piste, achève de convaincre qu’il y a bien un lien filial entre John Luther et cet album qui lui est dédié. Cette chanson mêle ce qu’il y a de plus remarquable chez ce personnage, un élan, de l’énergie, une forme de fatalisme mais aussi de la douceur, et surtout une alternance entre des périodes tapageuses et des temps assagis un peu angoissants.

En fait cette chanson est presque trop complète, elle semble contenir tout ce qui va être décliné avec les différentes pistes suivantes de l’album. Mais elle constitue par là ce genre de chanson, rare, détenant le potentiel d’un tube sans en devenir putassier.

Deux tendances dominent l’album à la première écoute, qui sans surprise alimentent surtout le côté obscur de John Luther.

La première, c’est la grande solitude qui se dégage de lui. Deux chansons, Fires et Paradise Circus, reprennent le même schéma du combo voix guitare, pour des ambiances acoustiques particulièrement intimistes. En plus c’est une même chanteuse qui pose dans les deux cas, comme pour assurer une cohérence à ce sentiment, appuyer sur cette idée. Finish Line reprend cette veine dans un style différent, plus froid, planant. Mais sa mélancolie, bien que davantage évanescente, n’en reste pas moins palpable.

La seconde inspiration dominante est la violence, qui ne point que par moment mais s’installe quand même comme constante. Sinner Man impose une rythmique sèche, brute, comme le mouvement de coups de poing auquel répondrait les riffs de guitare aigus qui pourraient tout à fait être des cris de douleur. Oui, il y a ça aussi chez Luther, une violence larvée qui n’est pas systématique, mais qui peut apparaître à chaque moment, et qui parfois le fait effectivement. C’est sur une note similaire que se clôt Murdah Loves John, avec Bridges. Cette dernière chanson est la parfaite conclusion, moins complète et riche que la première piste, se concentrant sur une débauche d’énergie. Elle pose toutefois l’essentiel quand il s’agit de quitter ce personnage. Après avoir exploré les méandres de cet archétype du héros de polar torturé, persiste la question laissée en suspens : « which bridge to cross, which bridge to burn ? »

Mais il y a aussi d’autres éléments qui viennent agrémenter ce portrait aux teintes sombres. D’abord, quasiment toutes les chansons se caractérisent par une envie, une générosité, un rythme absolument pas figé dans la tristesse.

Wild Awake adopte une ambiance festive, un dynamisme collectif grâce au doublement de la voix, et qui ne fait pas tache au milieu des autres. Parce que Luther fascine, et pas qu’Idris Elba, et pas que le spectateur, mais aussi son entourage fictif qu’il entraîne parfois derrière lui. Plongé dans le vice de la société, il parvient parfois à révéler ce qu’il y a de bien chez les autres dans une motivation constructive si ce n’est toujours positive.

Fires se mue en deuxième partie en piste presque dansante, au travers de tonalités flirtant avec le reggae.

Même Paradise Circus tente, avec des effets de voix qui certes retombent vite, comme une tentative avortée, et la tristesse tranquille sur laquelle on retombe forcément, entérinée par l’apparition de violons.

Seule la chanson n° 2, Alice Loves, sort un peu l’auditeur de l’album. Et ça n’est pas une surprise en remarquant que c’est l’unique piste se penchant sur un autre personnage de la série, ce qui se révèle donc logique, au final. Partant d’Alice Morgan, brillant côté pile de John Luther, cette chanson est presque trop cinématographique, trop ancrée dans la série. Son caractère lancinant, bien que cohérent avec son personnage et la tentation qu’il représente pour Luther, ne semble fonctionner complètement qu’en tant que fond sonore de l’un des épisodes. Une particularité qui, étrangement, n’est partagée avec aucune autre chanson de Murdah Loves John, qui peuvent exister de manière indépendante.

Au rayon des participants, on retrouve de l’illustre inconnu, ce qui n’empêche pas (loin de là) les claques. Une Fabienne revient par deux fois, qui se révèle une collaboratrice régulière d’un des autres participants du projet, Fred Cox. Wretch 32, un rappeur qui impose une diction très scénaristique, fait la paire avec une excellente Tanika sur la chanson d’ouverture. Et c’est un certain Greighwolfe qui déboîte tout sur la piste de clôture de l’album. Le nom le plus connu pourrait être Tom Meighan, voix de Kasabian. C’est dire.

L’important semble avoir été de laisser John Luther comme le personnage principal de l’histoire.

Conclusion sous forme de petite considération très générale et assez superflue

Le monde d’aujourd’hui a décidé de ne pas laisser les gens tranquilles. Amy Winehouse avait eu la bonne idée de mettre un terme à sa carrière, ce qui a fait supposer des jours meilleurs à une bonne partie de l’humanité. Mais il n’a pas fallu longtemps pour qu’on revienne nous casser les c******* sans raison aucune, au travers de celle que l’on appelle Adèle, et à côté de qui il apparaît impossible de passer à côté (à bien des titres). Et bien avec cette vague d’artistes insoupçonnés, on reprend conscience du caractère vivace de certaines scènes, ici londonienne, malgré l’absence des projos et les difficultés de sortir des projets.

L’argument promotionnel :

« Socialement, c’est toujours snob et donc gratifiant de connaitre le projet musical de quelqu’un que les autres pensent n’être qu’un acteur »
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