Rogue One : A Star Wars Story

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Inégal. Comique. Confus. Des longueurs. Une bonne partie ennuyeuse. Mauvais, même, pour certains. C’est ce qui a pu être dit sur ce Rogue One. Ce à quoi répondaient d’autres échos, extatiques eux : l’un des tout meilleurs de la saga.

C’est compliqué d’évaluer la place de ce film dans une lignée quand par essence il s’établit en marge, ou de le qualifier aux mêmes titres que d’autres qui se sont fait attendre des années. Mais on ne peut pas non plus faire l’économie de jauger ce film en tant que Star Wars, à savoir une machine à rêve. Pour répondre aux attentes, tant au niveau de l’originalité que sur le respect envers la franchise, Rogue One se construit sur un sujet à la fois central et sous-exploité. Et peut-être malheureusement ça n’est qu’au travers de lui qu’on parvient à trouver sa cohérence, même au-delà du retravail par la prod et d’un montage charcuté en aval.

Pour aboutir à cette cohérence, il faut revenir à ce que disait Huey Freeman sur la première trilogie : « Star Wars est l’histoire d’une révolution »

© le génial Aaron McGruder, dans The Boondocks — Parce que je sais que tu ne lis pas le journal (Tome 1)

Le postulat de Rogue One, c’est de s’intéresser à quelque chose de fondamental dans l’univers de Star Wars, et pourtant jamais clairement mis en avant. Pour une œuvre mainstream sur bien des aspects, Star Wars développe beaucoup le concept de dissidence. C’est toute l’essence de la première trilogie, et le défi qu’ont à affronter les jedis dans la deuxième. De manière inédite pour un film Star Wars, Rogue One place cet élément au tout premier plan. Ce qui explique aussi ses défauts en terme d’inconstance, cet aspect chaotique.

Le film traite des balbutiements d’une force de contestation face à un ordre oppressif. On prend pour acquis, du fait de notre pré-science avec la trilogie initiale, de l’unité et de la force de l’Alliance rebelle. Or, que la continuité du film n’apparaisse pas claire comme de l’eau de roche est tout à fait logique. Les choses sont très compliquées quand il s’agit de s’organiser pour assumer des convictions, tant collectivement qu’individuellement.

Rogue One n’est pas l’histoire de Jyn Erso. Ca n’est même pas tant celle de la récupération des plans de l’Etoile Noire, ou encore de la Rébellion. Rogue One est l’histoire des rebelles.

Quand on appréhende les personnages du film avec l’idée qu’ils sont ceux que l’on voyait simplement mourir dans les autres films, tout devient fluide.

Cassian Andor est un enfoiré ? Oui. Parce que justement il n’est pas un héros. Il est un personnage principal. Son rôle dans l’histoire n’est absolument pas de résoudre des situations, il sert à montrer comment une cause, même juste, use ses militants.

Jyn Erso semble hésitante, blasée, trop réduite pour le rôle ? Oui, car elle n’a rien d’extraordinaire. Ce qu’il y a de plus exceptionnel chez elle, c’est son père, qui lui est un héros prêt au sacrifice, emprunt de valeurs et compétent par delà le commun. Or dans Rogue One ce genre de personnalités doit être un second rôle. Jyn Erso n’a pas de destinée qui l’attend, elle n’a pas l’avenir de la galaxie ancrée dans son code génétique. Ses doutes ne sont en rien liés à la tentation du côté obscur, elle est pleinement humaine.

On a pu critiquer le jeu de certains acteurs dans ce film. A raison ou à tort, là n’est pas tellement la question. S’ils jouent platement, ou de façon inconsistance, c’est tout à fait cohérent de songer que c’est parce qu’ainsi sont les personnages à jouer : flottants face à leurs engagements.

Dans la droite lignée de cette interprétation, la critique majeure qui est formulée à l’encontre de Rogue One s’efface. Cette dernière cible un gros couac de scenario. Il s’agit d’un moment où Jyn Erso change radicalement d’opinion pour enclencher ce qui deviendra le temps fort du film. Il est vrai que l’on passe d’un personnage meurtri par les actes de la rébellion à quelqu’un prêt à tout risquer en faveur de celle-ci. Et le film expose faiblement ce changement.

La raison peut tout à fait en être le montage bien cochonné (qui explique ces images du premier trailer que l’on ne retrouve pas dans la version finale). C’est semble-t-il une mode à Hollywood d’engager des réalisateurs pour des films et de laisser le dernier mot à une équipe de monteurs, voire à la boîte de comm’ qui se charge de la campagne pub et des bande-annonces. Cela donne des films rapiécés, honnis par les amoureux du cinéma, pas forcément plus rentables, et qui apparaissent plus comme des moyens pour les grands studios de montrer à tous (y compris le public) qui est vraiment le patron, à la toute fin.

Probablement victime de cela, Rogue One n’en demeure pas moins cohérent si l’on prend en compte ce propos autour de la rébellion. Même cette coupure dit quelque chose. Entre la perte de son père et son intervention devant les rebelles, qui semblent antinomiques, il se passe tout de même quelque chose. La coupure incompréhensible entre une Erso détachée et une engagée, en fait, n’existe pas. Trop peu clair ou mal géré, OK. Incohérent, non.

En réalité Jyn Erso ne connait que deux mouvements dont elle ne dévie pas, et qui s’enclenchent logiquement. D’abord elle veut retrouver son père, ensuite elle exécute ses volontés. C’est tout, c’est simple, c’est fluide. Elle s’engage dans une rébellion dès qu’elle voit son père en hologramme, dès qu’elle sait ce qu’il attend d’elle, et n’en démordra pas. Derrière, effectivement elle rentrera en opposition avec l’Alliance, mais tout comme Saw Gerrera. Ce qui n’empêche pas ce personnage d’être un vrai rebelle respecté, et engagé totalement.

Pour accepter qu’il n’y a pas de vraie rupture ici, il faut simplement intégrer qu’à ce moment-là, l’Alliance et la lutte contre l’empire, ça n’est pas automatiquement la même chose. C’est avec les types d’opérations comme Rogue One que l’unité se fait, autour de cet espoir. Avant, c’est juste la merde, de la politique et de la peur.

Bien sûr, c’est peu naïf de construire un film autour de la simple idée de l’espoir. Après on notera qu’il avait fallu sucer Interstellar alors que le seul propos du film c’est la force de l’amour.

De la même manière, on reprochera peut-être à Rogue One de ne reposer que sur ce moment où Erso ne récupère pas la preuve d’une faille dans l’étoile Noire. Déjà, aux vues de la réaction de l’Alliance devant l’idée d’une attaque, rien ne dit que la preuve aurait suffi. Ensuite, Batman vs Superman n’existe que parce que les mères des deux super-héros ont le même prénom, mais il aurait fallu sauver le film parce que dans une scène Batman utilise des gadgets.

A noter que la critique appuie sur ce semblant d’incohérence chez Jyne Erso. Or, on l’a beaucoup moins entendu sur une improbabilité bien plus totale, dans le Star Wars VII de J.J. Abrams. Kylo Ren, le tueur de plusieurs jedis formés, se ferait mettre la misère bien plus logiquement par une Rey qui pour en apprendre de la Force a juste à appuyer sur le bouton « on » ?

Entre le moment où Jyn Erso déteste l’Alliance, et celui où elle essaye de les embarquer dans son combat, il se passe tout de même quelque chose. Un événement peut-être insuffisant en terme cinématographique. Mais un événement bien suffisant pour qu’une personne normale puisse agir comme le fait Erso.

Ce qui lui dit Cassian Andor est tout à fait de nature à lui faire comprendre ce qu’elle tente de transmettre ensuite lors du conseil. Juste au travers de ces quelques lignes de dialogue, il lui montre tant ce qu’il manque à la rébellion. Tout ce qui va apporter la mission Rogue One à l’Alliance. Il lui montre à quel point il est ce soldat rouage dans un mouvement qui n’est qu’une institution, elle-même dirigée vers sa seule survie. Il faut faire attention au regard que Felicia Jones parvient à avoir juste après les explications d’Andor, une attitude exprimant bien plus tournée de la culpabilité que sa colère initiale d’avoir vu son père tué sous le feu rebelle. Elle comprend que la rébellion n’a besoin d’elle ni comme soldat, ni comme héroïne.

La seule chose qu’elle peut lui apporter, c’est la leçon qu’elle vient d’apprendre de son père. La rébellion a besoin de tenter des choses dont elle ne se sent pas capable. Il lui faut rappeler que l’idée supplante la survie. Voilà à quoi sert le personnage du père, dont l’aspect héroïque mis en arrière sert en fait à donner de l’impulsion à l’évidence du sacrifice.

Rogue One épouse ainsi un propos réaliste sur ce qu’est une rébellion, et le défi que présente la subversion face à une autorité totale. La scène où Jyn Erso tente de convaincre l’Alliance d’une offensive risquée en est symbolique. Tout y était pour construire l’un de ces moments typiquement hollywoodiens avec pour base le genre de discours galvaniseurs qu’on retrouve autant dans des merdes comme ID4 que dans la bouche de vrais présidents qui attaquent des pays du Tiers-Monde.

Il y avait l’héroïne, son action désespérée, ses mots un peu vides, devant une assemblée à l’écoute. Le théâtre parfait de ce moment fort du choix et le prétexte au discours sur la liberté. Surtout, ç’aurait été facile de mener le film de la sorte, puisque connaissant la suite de l’histoire le chemin était tracé. Or, non. Le film ne se sert de ça que pour montrer une Alliance faible, divisée, recroquevillée par la peur. L’Alliance, opaque à tous ces termes d’espoir et de lutte car écrasée par les réalités du rapport de force, ne peut se rebeller, et entérine ici la différence entre l’institution et le mouvement.

Bien évidemment (et c’est tragique) exprimer un message sera toujours négligeable sans incarner ce message.

Toute la dimension artificielle de ce discours face à l’Alliance donne l’impression qu’à aucun moment Jyn Erso ne se révèle en tant qu’héroïne. Que le choix n’est jamais fait. Qu’elle ne passe pas de l’hésitation à l’action.

Le choix, tellement fondamental dans le fantasme si souvent excité de la culture occidental n’est pas montré. Jyn Erso ne décide pas à ce moment-là d’y croire, et c’est pour ça qu’elle n’est pas abattue par la décision des rebelles. La décision, elle l’a déjà prise, sans qu’on ait eu besoin de le voir. Ou plutôt Jyn a été prise par elle, devant le danger que représente l’Empire, le sacrifice de son père, le gâchis qu’est devenu le paquet de gosses comme Andor salopés par la guerre. Elle est déjà dans un contexte qui ne laisse place à aucune barrière, quand bien même s’agirait-il de l’abandon de ses soutiens naturels. Cette histoire du contexte au-dessus du choix est de nouveau mise en lumière dans la réaction d’un des chefs de la rébellion qui apprend que des frondeurs ont décidé de foncer. Le choix rationnel à prendre sur l’instinct est de les maudire, car ils ont désobéi, et de se ranger du côté des leaders de l’Alliance qui ont jugé l’attaque trop risquée. Pourtant, le choix qu’il fait sur le moment, il a déjà été décidé, par le contexte de la rébellion, par sa propre destinée de chef certes désabusé, peut-être déshumanisé, mais toujours en lutte. Le choix de foncer, d’aider ceux-là même qu’il n’avait pas soutenu lors de l’Assemblée, s’impose à lui, sans besoin de tambour ni trompette.

Depuis le côté déconstruit de Rogue One, on pourrait même (avec un peu de bonne volonté) en tirer un vrai propos sur son univers.

Critique récurrente, le schéma binaire de Star Wars est ici le plus malmené. Mais pas en rupture avec le reste. Car même divisé entre bien et mal, cet univers n’est pas simpliste. Quand le mal est insidieux, quand le bien est étriqué, rien n’est évident.

L’exemple marquant de Rogue One à ce titre se trouve avec la scène sur Eadu à la fois très confuse en terme de cinéma et très fouillée dans le propos, par rapport au film comme à tout l’univers de Star Wars. On a ici à faire à une classique opposition entre une petite force rebelle et une entreprise impériale qu’il faut déjouer, chose tout à fait classique à la franchise. Mais à ce système binaire basique s’ajoutent plusieurs complications assez intéressantes.

D’abord il y a la mise en place d’une première opposition du côté des « méchants », entre Grannir et Erso, avec un gentil dans la structure. Mais un gentil qui a participé à la fondation de la plus grande arme de destruction massive jamais construite. Un gentil certes repentant, qui toutefois à un moment a épousé les exactes mêmes certitudes que son opposé.

Et derrière cette opposition frontale entre Grannic et Erso, il y a la présence même de Grannic sur cette planète. Elle ne se comprend qu’au travers d’une autre opposition propre à l’Empire, entre Grannic et Tarkin. Ces deux-là pourtant épousent l’agenda impérial, mais se confrontent pour des raisons autant stratégiques que d’ambitions personnelles.

Du même côté de l’équation il y a donc déjà trois fronts dans cette scène. L’empire n’est pas qu’une machine sans âme, c’est aussi un lieu de lutte, le théâtre de divergences.

De l’autre côté, il y a encore plus de complexité. Car la rebellion est très loin de présenter un front uni. Sur les trois voire quatre forces présentes dans le même camp à l’occasion de cette mission, deux d’entre elles ne sont même pas franchement rebelles. Jyn Erso est guidée par la mission de son père, persuadée qu’il est un type bien. Ses motivations ne vont guère plus loin à cet instant. Et suivant cela, elle peut devenir une gêne pour la rébellion. Les deux gardiens semblent poussés par une nostalgie pré-Empire, qui embarquent avec Jyn Erso un peu comme des anciens militants du parti communiste ont pu s’investir auprès du F.N. après la chute du mur. On ne sait pas ce qu’ils défendent, jusqu’où ils sont prêts à aller.

Quant à Andor, lui-même est tiraillé, entre des ordres et son sentiment qu’il est peut-être à deux doigts d’abattre froidement un innocent, ou du moins quelqu’un de bien. C’est lui le plus représentatif de la rébellion, et celui qu’on a le moins envie de soutenir durant cette séquence du film. Même du « bon » côté, un soldat est un soldat. A savoir un exécutant d’éventuelles basses œuvres. Un individu taillé par la valeur pragmatisme, un schizophrène déchiré entre l’imminence du sacrifice et la survie comme seule finalité.

Et de tous bords confondus, chacun d’entre eux a lors de cette scène des raisons tout à fait légitimes d’agir comme ils le font. Même si cela induit une certaine confusion née des changements fréquents de plans pour les cerner toutes. Ca c’est ce qui, derrière un manichéisme souvent reproché, a été brillamment mis en scène dans L’Empire contre Attaque. Cette apparence de confusion et ces luttes internes à chacun fait d’ailleurs le sel de cet épisode V, parfois jugé comme le meilleur de toute la saga.

Notons, chose peut-être anecdotique mais intéressante, que l’Empire n’est pas présenté comme mauvais. Le film appelle toute une imagerie faisant référence à ce que l’on sait de l’Empire, déjà considéré comme néfaste par les œuvres précédentes. Mais le film en lui-même ne pose pas cette obscurité.

Il y a peu de cruauté, les premières victimes du feu impérial sont des agresseurs à qui on répond, là où dans Un nouvel espoir Tarkin détruisait une Alderande pacifique juste parce qu’il le pouvait.

Oui, c’est vrai, à un moment il détruit toute une ville en appuyant sur un bouton. Mais il s’agissait d’un repère de contestataires. On a vu en vrai des démocraties tout à fait convenables s’asseoir sur des populations civiles pour abattre une cible stratégique. Ou pour faire peur. Ou parce que ses soldats avaient confondus une réunion de terroriste avec la célébration d’un mariage.

Rogue One n’est certes pas révolutionnaire. Il n’est même pas subversif, bien plus dans le descriptif que dans le prescriptif pour ça.

C’est l’honneur rendu à tous ces mecs dont on n’entendra jamais parler, aussi vite oubliés qu’ils ont été tués. Le gars étranglé par Vador, qui existe et disparaît simplement pour faire gagner du temps à Leïa en ne révélant rien. Les mecs qui, au début du VI, vont se faire mitrailler devant la porte de leur navette, à aucune fin, à la limite juste pour que ça ne soit pas si facile. Les pilotes de l’attaque aérienne dans Un nouvel espoir qui se mettent dans la ligne de mire des tie-fighters simplement pour mourir à la place du vaisseau de tête. D’ailleurs, plusieurs de ces héros fauchés en vol apparaissent dans Rogue One. Comme quoi, tous les mecs qu’on voit tomber dans les initiatives de la rébellion ont une histoire, sans doute des succès décisifs au C.V., et ont peut-être été des héros sans qu’on le soupçonne jamais si un truc comme Rogue One ne sortait pas.

Toute la scène finale concernant les combats terrestres rappelle aussi le destin des troupes sur Hoth. Celles qui à pied font face aux quadrupèdes gigantesques, sans aucune ambition de gagner, juste pour freiner une avancée inexorable, quitte à se faire écraser. Et l’opérateur qui sous les effondrements de la base en morceaux continue de transmettre les coordonnées, les troupes d’Endor qui se tapent à pied une guerre contre des AT-ST. Sans oublier les Ewoks.

Source inépuisable de plaisanteries, et argument pour délégitimer tout le Retour du Jedi, les Ewoks sont certes avant tout des icônes marketing. Mais dans la perspective d’une rébellion, qu’ont les Ewoks de moins que tous ces peuples qui, même en sous-effectif, sans équipement, et face à une force dénuée de pitié, ont contesté la domination d’une manière irrésolue ? Si, au travers des Ewoks, à la place de peluches 20 euros pièces, on voit (sans essentialisme dégueulasse) la cause décoloniale, ou la lutte afghane, ou les combattants tchétchènes ? Il s’agira alors d’une bataille contre un adversaire qui n’a simplement rien à foutre là. Et comme sur un match tout est possible, leur victoire sur l’empire n’a rien de risible. En effet, le Retour du Jedi postule que les Ewoks gagnent une bataille contre l’Empire, pas la guerre, et face à des troupes présentes pour l’embuscade d’une petite troupe d’infiltration de rebelles, pas préparées à un foco d’indigènes.

Rogue One est une sorte de célébration de tous les anonymes, un hommage à ceux qui crèvent pour que des héros existent au premier plan.

Rogue One est le film d’une révolution dans tout son anonymat. Ce faisant il rend hommage à tout un pan de la saga Star Wars qui bien que constitutif n’a jamais eu de place prépondérante à l’image.

Sur bien des points, Rogue One est d’ailleurs l’une des suites les plus proches de la première trilogie, dans la dramaturgie (plus collective qu’attachée à des personnages en particulier), dans les thématiques (la contestation d’une autorité, le sacrifice politique, l’esthétique de l’échec), dans la mise en scène de l’action (qui a toujours un enjeu, ce qui rend de nouveau crédibles les combats sur plusieurs fronts, qu’on n’avait plus vu de manière pertinente depuis le Retour du Jedi).

C’est assez surprenant vu qu’elle constitue un terreau prometteur d’images fortes, mais la révolution est très peu utilisée au cinéma. On y développe bien plus des thématiques autour de l’héroïsme individuel. Les solidarités de groupe s’étendent rarement au-delà d’une cellule familiale classique, seul schéma apparemment viable pour cadrer les rapports humains qui ne pourraient pas le dépasser.

Le projet Rollerball de McTiernan en a fait les frais, avec ses prétentions politiques tronquées au profit d’une success story plastique qu’une pub de déo n’aurait pas renié.

Plus récemment, l’adaptation des Hunger Games avait aussi montré toute la difficulté pour le cinéma grand public de mettre en scène le soulèvement même lorsqu’il faisait partie intégrante du propos de l’histoire. Tout le 2ème film est quand même basé sur la dénonciation des secteurs centraux qui organisent une campagne médiatique autour du seul personnage de Jennifer Lawrence pour détourner l’attention du public des vrais problèmes sociaux. Or, le film utilise les mêmes techniques de glamorisation, de détournement, pour se dispenser de montrer un mécanisme de révolte.

Rogue One le fait. Ou plutôt le dit, sans éclat, mais assez nettement pourvu que l’on ait intégré que Star Wars, loin d’une histoire de vieux en pijama qui se battent avec des halogènes, est l’histoire d’une révolution. Des gens décident d’empêcher un pouvoir de devenir trop puissant. Pas puissant. Juste trop puissant. Peut-être ont-ils tort. Peut-être que cet empire n’en abusera pas. Du moins le film nous le montre peu, c’est juste supposé derrière la détermination des porteurs du projet. C’est très certainement de la facilité, ou une évidence, de ne pas poser l’Empire comme quelque chose à combattre. On peut aussi en retirer autre chose, qui donne au film une amplitude en dehors de l’univers Star Wars. La lutte de ce commando Rogue One se résumerait ainsi : tout pouvoir doit être limité. Toute force doit avoir comme contrainte d’autres forces la freinant. Et bien que banal c’est très intéressant, surtout aujourd’hui, de mettre en scène des gens qui n’ont rien d’exceptionnel aller jusqu’au bout pour ce qui n’est, à leur moment, qu’un principe. L’Etoile Noire n’est à mettre dans aucune main. Si la politique, ou la justice, ou toutes les soupapes de sécurité qu’une société se ménage pour se protéger légitimement du chaos, échoue dans cet objectif, alors oui l’engagement doit être total, même contre les lois, le bon sens, l’instinct de survie.

A partir de là, la question de savoir si Rogue One n’est pas un bon film ne se pose plus. Ne reste que celle de savoir si c’est un film réussi. Et oui. Ce film assume un propos sur ce qu’est une rébellion, d’une manière bien moins binaire que ce que Star Wars énonce en surface, et sans gâcher l’aspect jouissif que devrait avoir une œuvre de science-fiction.

L’argument promotionnel :

« R.I.P Porkey. A jamais dans nos coeurs. »