Parlons — du trouble lié à l’utilisation de substances

Rita Notarandrea est première dirigeante du Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances et membre du Groupe de personnes‑ressources du greffier sur la santé mentale.

Quel est le premier geste à poser par les employés lorsqu’ils sont aux prises avec un trouble lié à l’utilisation de substances?

Faites ce que vous feriez si vous étiez aux prises avec une maladie chronique. Le trouble lié à l’utilisation de substances est une maladie comme une autre. Si nous pouvons commencer à en parler de cette manière, les personnes ou les familles feront peut-être plus facilement le premier pas nécessaire et consulteront un médecin.

Pourquoi est‑ce important pour vous à titre personnel?

Nous sommes tous touchés par ce trouble d’une manière ou d’une autre. Le membre de votre famille, votre voisin ou votre collègue. Une personne sur dix souffre d’un trouble lié à l’usage de substances. Ce trouble touche toutes les couches de la société. Nous voulons nous assurer que les gens sachent que le trouble peut être traité. Vous n’êtes pas seul. Ne souffrez donc pas seul en silence.

Comment les personnes peuvent-elles comprendre ce qu’est un comportement sain ou de dépendance?

Sans entrer dans le jargon clinique, demandez-vous : « Quels dommages votre comportement causent‑il à votre vie, à votre famille, à vos relations et à votre santé? Ce besoin irrésistible d’utiliser des substances vous éloigne‑t‑il de toutes les choses que vous aviez l’habitude d’apprécier, comme passer du temps avec votre famille et vos amis? Prend‑il le contrôle de votre vie? » Il s’agit d’une façon personnelle d’évaluer votre comportement. Cependant, il existe des méthodes cliniques pour évaluer un trouble lié à l’utilisation de substances. Parlez-en à votre professionnel de la santé. [Trouver des traitements de qualité pour les dépendances au Canada].

Qu’est-ce qui pourrait surprendre les gens à ce sujet?

Nous avons fait un excellent travail en ouvrant le dialogue et en apprenant davantage sur la stigmatisation et la maladie mentale. Mais la stigmatisation entourant un trouble lié à l’utilisation de substances est beaucoup plus grave. Les recherches démontrent que les personnes ont des attitudes plus négatives envers les personnes atteintes du trouble lié à l’utilisation de substances qu’envers les personnes atteintes de maladie mentale.

Quelle est l’importance des mots que nous utilisons pour parler des problèmes liés à l’utilisation de substances?

Si une personne a un trouble de l’alimentation, nous ne les appelons jamais des consommateurs abusifs de nourriture. Cependant, pour le trouble lié à l’utilisation de substances, nous croyons acceptable d’utiliser des expressions telles que « toxicomane ». Il y a un manque d’informations sur ce dont il s’agit : les vulnérabilités de la personne, ses expériences de vie, la façon dont le cerveau est affecté, et la génétique. Tous ces éléments jouent un rôle et contribuent à ce trouble.

Beaucoup diront : « Si tu m’aimais, tu mettrais fin à ce comportement », mais ça n’a aucun effet. Plus vous croyez que la personne a le contrôle sur son comportement et est donc à blâmer, plus le préjudice est grand et la discrimination est grave. C’est pourquoi il est si essentiel de mieux éduquer et sensibiliser sur cette maladie.

Comment recommandez-vous à un gestionnaire de procéder pour entamer une conversation avec un employé qu’il estime aux prises avec ce trouble?

Je dirais : « J’ai remarqué des changements. Vous allez bien? Vous ne semblez pas vous-même. Je vois que vous passez plus de temps seul ou que vous êtes brusque avec les autres un peu plus souvent que d’habitude. Ce n’est tout simplement pas votre comportement habituel. Je vérifie donc pour voir si tout va bien.

Si je vous aborde de cette façon, vous ne considérerez pas que cette intervention vise un problème de rendement au travail. Vous le prendriez comme signifiant « Je suis inquiet à votre sujet ». L’employé peut ne rien vouloir dire et c’est tout à fait correct.

Il est important de noter que si le comportement pose un problème de sécurité (par exemple une personne qui occupe un poste critique pour la sécurité, comme un contrôleur de la circulation aérienne ou un pilote) et que le rendement est touché, la manière dont vous aborderez la discussion sera quelque peu différente. Mais, en règle générale, j’aborderais la question comme s’il s’agissait d’un problème de santé de l’employé qui m’inquiète.

Quel message voulez-vous que les gens retiennent?

Les gens se rétablissent et ne récidivent pas. Vous n’êtes pas seul. Parlez à votre famille. Parlez à des personnes qui vous sont proches. Demandez de l’aide. Parce que le traitement est efficace. Les gens parviennent à se rétablir. Il y a de l’espoir.

Pour de plus amples renseignements, visitez le site Web Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances.

Le Guide sur le traitement de la consommation d’alcool et de drogue du CCDUS est une autre ressource que les employés peuvent consulte pour obtenir de l’aide (pour eux‑mêmes ou une personne qu’ils savent aux prises avec ce trouble).