Du « je » au « nous », vers la fin de l’artiste solitaire ?

Retour sur le PULSAR Talk #1 au Silencio

Rassembler le temps d’une mi-temps un jeune chercheur de l’ENS passionné d’art et de mathématiques, un artiste-enseignant-chercheur explorant l’impact de la révolution numérique sur les disciplines artistiques et un DRH pas comme les autres qui fait bouger les lignes de l’industrie musicale.

C’est le défi que nous nous sommes lancé pour notre premier PULSAR Talk au Silencio le 3 mai dernier !

Ce qui a réuni Alexandre Cadain, Christian Delécluse et Claude Monnier le temps d’une soirée, c’est une question : comment engager la multitude dans le processus créatif ? Autrement dit, la rhétorique de l’open, ces démarches de plus en plus ouvertes, transversales, et inclusives, plébiscitée en tout lieu, est-elle applicable au champ de la création artistique ? Si oui, qui peut y prendre part et sous quelles modalités ?

Dans les salons bien cosy du Silencio, artistes, ingénieurs, galeristes, journalistes, gens du digital, simples citoyens curieux ou sceptiques nous ont rejoints pour chercher, le temps d’une soirée, un peu de matière à penser et mieux comprendre notre société où tout s’accélère.

Accoudés au bar, debout ou sagement assis, nous avons écoutés nos trois invités présenter ces projets où art, science et numérique collaborent. Raconter ces rencontres insolites entre des experts et des non-initiés. En somme, exposer toutes ces circonstances où les modèles de création traditionnels sont pris à contre-pied, où l’impossible est rendu possible par l’engagement du collectif.

Interrogé sur l’Hyperloop, ce train du futur, sorti directement de l’imagination d’Elon Musk pour « recréer l’espace sur terre », Alexandre Cadain confie envisager l’innovation ouverte comme un moyen pour « réveiller l’imaginaire de (sa) génération et stimuler la création ». Il s’enthousiasme sur le processus du « crowdstorm » à l’orginine de l’Hyperloop. Derrière ce mot barbare, un concept simple : un brainstorming à l’échelle de la foule pour identifier des solutions inédites qui n’auraient jamais émergé dans la tête d’un seul individu, ni même dans un cercle restreint d’experts.

Capter la foule, c’est aussi l’ambition du programme Talent Factory conçu par Claude Monnier de Sony Music France. Confronté à la problématique du piratage, particulièrement violente pour l’industrie musicale, Claude Monnier a cherché à « transformer l’invasion technologique en opportunité pour recruter de nouveaux talents. ». Bousculant les codes des ressources humaines, la Talent Factory est une aventure inédite par laquelle un DRH a fait le choix de recevoir 1 700 vidéos de jeunes gens exprimant leur passion pour la musique plutôt qu’autant de CV. Le tout pour finalement identifier, recruter et former les trois futurs directeurs artistiques de Sony Music France. Un nouvel exemple de sourcing à grande échelle qui a permis d’identifier des talents d’une exceptionnelle qualité en un temps record.

Mais peut-on vraiment comparer une démarche scientifique ou créative avec le processus artistique ? Si l’engagement de la multitude peut permettre d’accélérer la recherche d’une vérité objective, comment cette multitude pourrait-elle s’associer à l’émergence d’une vérité subjective ? C’est Christian Delecluse qui pose le débat. En estimant que personne ne devrait être empêché « d’intervenir dans un processus artistique. », il réaffirme la place singulière qu’occupe l’artiste dans l’émergence d’une forme artistique. C’est avant tout lui qui créer. L’artiste doit-il alors continuer de le faire seul ? Ou peut-on concevoir des processus qui, tout en préservant cette figure si particulière, permettent à la multitude de s’engager dans la démarche artistique ?

La question est passionnante, la salle s’engage dans le débat et le sujet s’élargit.

Claude Monnier le rappelle, engager la multitude c’est d’abord poser la question de l’éducation. Notre système éducatif est-il en mesure d’apprendre à « des milliards d’individus désormais instruits, équipés et connectés entre eux » (pour reprendre la définition de Nicolas Colin et Henri Verdier dans L’âge de la multitude) à collaborer entre eux pour faire émerger des communautés créatives et plus uniquement des figures d’experts ? La réponse est peut-être à chercher, dit-il, du côté d’une approche par compétences, et non par matières, pour faire de l’aptitude à collaborer une compétence en tant que telle.

Finalement, ce qui ressort, c’est que la figure de l’artiste, bien qu’elle reste singulière, est poreuse à la multitude. Les exemples de cette porosité ne manquent pas. PULSAR The Open Art Prize en est un. Il associe la multitude à différentes étapes de la vie de l’œuvre : phase de betâ-test des œuvres avec le public pendant leur création à STATION F, puis remix des œuvres produites sur une plateforme dédiée en parallèle de l’exposition au CENTQUATRE-PARIS.

Tout reste à imaginer et à expérimenter, mais au bout de 30 minutes d’échanges, on en vient tout de même à se demander si le numérique et ses impacts sur notre société ne relèvent pas davantage de la collaboration et de l’horizontalité que de la technologie. Car si la collaboration et la rencontre créent l’innovation, la technologie, elle, ne fait que le lien.

PULSAR Talk désigne une série de conversations initiée par l’équipe de PULSAR The Open Art Prize afin d’analyser les grandes dynamiques induites par la digitalisation de notre société et qui s’imposeront au monde de l’art dans les prochaines années. Ces conversations sont un pendant théorique à l’expérimentation concrète qui sera conduite lors de la première édition de PULSAR The Open Art Prize, prix d’art d’un genre nouveau qui se déroulera entre STATION F et le CENTQUATRE-PARIS à l’automne 2017.

Plus d’infos sur www.pulsar.paris !