L’automobile comme art de vivre

Passionné depuis son plus jeune âge, Loïc Ruffet restaure des coupés anciens dans son garage à Tourlaville. Des voitures qui font rêver, dont le son, les odeurs et le design témoignent d’un « âge d’or » de l’automobile.

C’est un garage discret, rue Braun, à Tourlaville, dans la Manche, qui regorge pourtant de pépites insoupçonnées. Chez Bretagne Roadster, une équipe de passionnés sous la houlette de Loïc Ruffet restaure des voitures de collection, bien souvent importées.

Sur les murs blancs nacrés du garage Bretagne Roadster, les plaques d’immatriculation américaines se mêlent aux publicités de l’âge d’or de l’automobile français. Les odeurs d’huile, de gomme et de peinture se faufilent entre les carrosseries des voitures dont on pourrait sur certaines se regarder dedans.

« Si elles sont aussi propres, c’est parce que je les importe de Californie, confie Loïc Ruffet, fondateur du garage et passionné des voitures de collection. Le climat y est bien sec, et saint ». Depuis trente ans, ce passionné de voitures de collection fait venir des États-Unis des coupés sportifs anciens, datés des années 50 au début des années 80.

Le hangar où le garage stocke ses pépites est une véritable caverne d’Ali Baba.

De Los Angeles à Tourlaville

« J’ai le souvenir d’avoir ouvert une porte de garage bloquée par les mauvaises herbes chez un espèce de vieil ermite à Los Angeles, se souvient le restaurateur. Derrière, il y avait une paire de Jaguar Type E comme neuves ». De ce genre d’anecdotes, Loïc Ruffet n’en manque pas. Tout comme les pépites qu’il remise dans un hangar attenant au garage. Porsche, Jaguar, MG, Austin, Ford, Chevrolet : tout ou presque sur les voitures mythiques qu’il possède de ces marques a été retravaillé, retapé, pour leur donner une seconde jeunesse.

« On restaure le moteur, la carrosserie, et l’habitacle, détaille le garagiste en traversant son atelier, où la caisse d’une Type E rouge est en train d’être poncée. On est une équipe de passionnés. On forme même des jeunes, notamment des stagiaires du lycée Sauxmarais ».

Le garage a donné sa chance à plusieurs jeunes, notamment issus du lycée Sauxmarais. Eux aussi, ont la passion des voitures de collection.
« Redonner vie » à des « voitures endormies » : voilà le challenge que s’est donné Loïc Ruffet, un jour, en ressuscitant l’Alfa de son père. Une passion qui l’anime encore aujourd’hui.

Jeune, Loïc Ruffet l’a été aussi. C’est à quinze ans, en bricolant la Fiat 500 abandonnée au fond du jardin familial, que ce Malouin d’origine a attrapé le virus de la mécanique, quelques années avant de faire revivre la vieille Alfa Romeo Spider endormie ayant appartenu à son père. « Ça m’a donné cette passion, poursuit t-il. J’ai voulu trouver des voitures endormies, censée être inutilisables, et leur redonner vie ».

« On est débordés de boulot »

Bretagne Roadster, c’est aussi une certaine idée de la convivialité, différente d’un garage comme les autres. On y vient pour sa voiture, certes, mais aussi parce qu’entre passionnés, on tisse forcément une relation particulière. Autour d’un café, avec un client, Loïc Ruffet refait le monde, parle mécanique, s’épanche sur ses autres centres d’intérêts, à savoir « le tir sportif et le parachutisme. » Qu’il a vite fait de comparer à ses bébés sur quatre roues. « Sauter d’un C-47, c’est comme faire un tour en Jaguar Type E. Ce sont les mêmes poils qui s’hérissent ».

De l’habitacle à la carrosserie en passant par la mécanique, Bretagne Roadster remet tout à neuf sur les véhicules qu’il importe.

Quant aux roadsters, après avoir traversé les océans, ils ne sont pas encore arrivés au bout de leur voyage. « On est débordés de boulot, assure Loïc Ruffet. Les voitures se vendent à Cherbourg, mais aussi dans toute l’Europe, jusqu’en Hollande ».

Difficile parfois de se séparer de certaines perles rares, même si le gérant refuse de se lancer dans la collection. « Si je commence, je les garde toutes, assure t-il avec le sourire. Je regrette de m’être séparé de certains modèles, certes. Si je les avais gardés, aujourd’hui, j’aurais sans doute des Aston Martin et des Ferrari au garage ». Les carrosses rutilants de Bretagne Roadster, eux, n’ont toutefois rien à envier à ceux de la firme au cheval cabré.

First published on 03.13.2016 in La Presse de La Manche. Translation available upon resquest.