Première matinée face au gibier

Yvon (au premier plan), Gildas (à gauche) et Anthony parcourent un champ à la recherche de gibier, près de Quettetot, le 26 septembre dernier, à l’occasion de l’ouverture de la saison de chasse.

La saison de chasse 2016–2017 a ouvert hier matin dans le département de la Manche. Reportage avec trois chasseurs de la société de chasse de Quettetot, dans des champs du bocage normand.

Neuf heures moins le quart, dimanche matin. Le Peugeot Partner d’Yvon Panel se gare dans un champ, près de Quettetot, entre la route de Cherbourg et celle des Pieux. Le président de la Société de chasse de la commune est accompagné de deux jeunes chasseurs, Gildas et Anthony (qui fait ses débuts en tant que chasseur). Ce matin, ils n’auraient traîné au lit pour rien au monde. C’est l’ouverture de la saison de chasse, et comme chaque année, ils ressortent fusils, cartouches et tenues adéquates.

Un peu avant neuf heures, les trois chasseurs déballent les fusils pour la première fois de la saison.

Neuf heures sonnent. Le soleil est au beau fixe, et une fraîche brise s’engouffre dans les haies. Yvon referme le coffre de la voiture. Gildas part à gauche, Anthony part à droite, Yvon se place au centre du champ. Son chien, Éros, un épagneul breton noir et blanc de sept ans, part en avant, à la recherche d’une piste. Lui aussi, il attendait ce moment depuis un bout de temps. « Voir un chien qui travaille, c’est beau, souffle Yvon entre deux coups de sifflet pour contenir l’excitation d’Éros. Surtout quand il travaille bien, comme lui ».

Gildas baigne dans la chasse depuis son plus jeune âge, tandis qu’Anthony s’est découvert cette passion il y a deux ans.

« On fait ça pour le plaisir »

Le chien a repéré une piste. Le groupe avance dans sa direction en inspectant une haie.

Alentours, les coups de fusil se font entendre. « On en n’entend pas de trop, par rapport à d’habitude, s’étonnent les trois chasseurs. Il y a des années où on se marche dessus, parfois ». Une soixantaine de chasseurs est inscrite à la société de chasse — mais tous ne sont pas forcément présents dès l‘ouverture. Peu importe : Éros marque l’arrêt devant un tas de fumier. Et trouve bientôt la trace d’une poule faisanne, qui arrive toutefois à s’échapper du quadrillage des chasseurs. « Si le gibier s’échappe, en général, on ne le retrouve plus après », explique Anthony. « Des fois, on peut passer juste à côté d’un lièvre sans s’en rendre compte, s’il retient sa respiration », s’amuse Gildas, qui chasse avec Yvon depuis « tout gamin ». « De toute façon, on chasse tranquillement, rassure Yvon. On fait plus ça pour le plaisir, et pour être ensemble. On ne chasse pas pour ramener forcément quelque chose. C’est pas ça, la chasse ». « Et puis, si on voit un animal, on ne peut lui tirer dessus que s’il est en mouvement, poursuit Gildas. Le but n’est pas forcément de tuer. Il faut lui laisser une chance ».

« Il ne faut pas se précipiter »

Yvon donne à l’un de ses camarades de chasse la poule qu’il vient de l’aider à récupérer, à l’aide de son chien.

Quelques brèches entre champs plus loin (la Société a des champs attenants, et a mis en place un système pour les traverser), le trio tombe sur des amis. Soudain, au milieu d’un champ, tout le monde se retrouve et prend une petite pause. Les chiens se chamaillent, et Dominique, un autre chasseur, savoure une cigarette après avoir tiré un lièvre, qu’il fait voir dans son porte-carnier. Yvon se sert d’Éros pour aider un ami à récupérer une poule faisanne qu’il a touchée, mais qui reste introuvable, dans un champ de maïs.

Dominique, un autre membre de la Société de chasse de Quettetot, sort de son porte-carnier le lièvre qu’il vient de tirer.
Gildas inspecte une dernière fois une haie, en marge du reste du groupe.

La partie de chasse reprend à travers champs, mais le groupe ne trouve toujours pas de gibier. « On marche plus qu’on ne vide de cartouche, c’est sûr », blague Anthony. Le groupe reprend espoir en voyant une bécassine s’envoler, ou lorsqu’Éros semble avoir senti un faisan dans une haie. Sans succès. « On n’est pas toujours gagnant, rappelle Yvon, dont la patience semble à toute épreuve. Et heureusement. Sinon, y’aurait plus de gibier. Il ne faut pas se précipiter. Et puis, on a encore tout l’après-midi devant nous ».

« Allez bonhomme, c’est la dernière ligne droite, lance t-il à son chien en faisant un dernier tour de champ, avant de reprendre la voiture pour une pause déjeuner bien méritée. « C’est pas grave si on repart bredouille. Ça nous a permis de voir tout le gibier qu’il y avait, et de repérer le terrain ». Terrain qu’ils vont encore pouvoir pratiquer pendant plusieurs mois, jusqu’au 28 février 2017.

Anthony, permis en poche, chasse pour la première fois

Yvon Panel montre à Anthony comment bien réarmer son fusil après l’avoir désarmé pour franchir une brèche.

Si Yvon Panel a des décennies de chasse derrière lui, Anthony, son gendre de 26 ans, passait sa première journée sur le terrain hier. « Ça fait bizarre, sourit le jeune homme, qui suivait toutefois le président de la société de chasse de Quettetot comme spectateur depuis deux ans. « Et puis je me suis décidé à prendre mon permis cette année, raconte-t-il. Je suis allé une fois avec Yvon, et ça m’a plu. Le fait de marcher, de se balader, comme ça, dans les champs. C’est pas spécialement le fait de tuer. Moi, ce qui me plaît, c’est de voir le chien travailler, par exemple. Ça reste un loisir ».

Anthony a passé son permis trois fois, après s’être fait recaler « pour des erreurs bêtes », les deux premières fois. « Il y a une partie théorique, et une autre pratique, explique le jeune homme, qui est animateur en milieu marin de métier. Je baigne tout le temps dans la nature. Alors me balader comme ça, ici, c’est un plaisir. Je voulais devenir acteur de ce que je voyais depuis deux ans ».

Le fusil d’Anthony, que son beau-père lui a donné, lui donne un peu de fil à retordre quand il doit le désarmer pour franchir une brèche. Yvon s’arrête pour lui montrer la démarche à suivre. La sécurité avant tout. « Comme c’est ma première saison, je ne pense pas y retourner seul », assure le jeune chasseur, raisonnable, qui avoue considérer la chasse comme un sport à part entière, lorsqu’on tente de compter les kilomètres parcourus dans la matinée.

First published on 09.26.2016 in La Presse de la Manche. Translation available upon request.

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