Et si JFK était le plus grand acteur Hollywoodien ?

Rares sont ceux qui, comme Kennedy, on réussit à transformer leur image en véritable mythe incarné. Décryptage d’un Président à la com’ pas comme les autres.

La politique est longtemps restée à l’écart de l’industrie du rêve, rejetant plus ou moins en bloc le système médiatique ou la possibilité de laisser la presse filmer ou photographier la vie privée d’un politicien, et encore plus d’un président. Or, la culture de masse produite par le cinéma va grandement marquer la vision des américains. Hollywood va créer le star-système, le people, où chaque geste, parole, tenue d’une star est préméditée, pour être ensuite analysée en long et en large par la presse. Les films définissent les canons de beauté, les attitudes, ce qu’est le « style ».

Un jeune sénateur va changer la donne en se déclarant candidat à l’investiture démocrate, le 2 janvier 1960. Cet homme, c’est John Fitzgerald Kennedy. JFK. Un acronyme qui sonne déjà comme un slogan. Le futur président comprend comme personne les médias. Il sera le premier à voir en eux des alliés précieux dans la conquête de l’opinion publique. Nahuel Ribke résumera ainsi cet effet JFK : « Son image publique combinait de manière unique les ingrédients du héros classique : un héros de la guerre, devenu père de famille, avec des qualités intellectuelles respectables, et un charisme digne des stars d’Hollywood. »

JFK va, durant sa campagne présidentielle et ses années d’exercice, « Hollywoodifier » massivement la politique. Son image devient un outil : il sait qu’il est photogénique et capitalise dessus. Comme un acteur hollywoodien, il s’en sert pour se vendre et atteindre des côtes de popularité encore aujourd’hui inégalée. Kennedy était ainsi un obsédé de la postérité, cherchant à tout prix à imprimer son image dans le temps. Ce qui explique la quantité énorme de contenus sur JFK, en seulement trois années de médiatisation. D. A. Pennebaker, qui a tourné des documentaires pour le président, raconte au Hollywood Reporter : « Il ne m’a jamais dit d’arrêter de filmer. Pas une seule fois ! ». Il va s’entourer de complices des milieux artistiques New-Yorkais mais aussi Californien. Norman Mailer, pour la couverture médiatique de sa campagne, Jacques Lowe pour les photographies, méticuleusement préparée, montrant un « président hipster » comme le décrira Mailer. Nous sommes loin de l’austérité d’un Eisenhower : Kennedy, c’est le changement, le renouveau, le glamour, l’Amérique ressuscitée après la morosité des années 50.

Mais la plus grande alliée de sa communication et de son image, c’est Jackie. Jackie Kennedy et lui forment alors le couple le plus en vogue du monde, incarnant à eux seuls la modernité qui s’empare alors des Etats-Unis. Comme des stars de cinéma, ils se mettent en scène, tandis que le grand public scrute chaque nouvelle tendance mode lancée par la Première Dame. Kennedy ne manquera pas de le faire remarquer lors d’une conférence de presse à Paris, en disant à des journalistes hilares : « Je suis le type qui accompagne Jackie Kennedy à Paris. »

Hollywood et le nouveau président parle la même langue, et ils le savent tout deux. Les acteurs, scénaristes et producteurs, pour qui le souvenir du Maccarthysme est encore vivace vont progressivement soutenir et promouvoir ce président qui leur ressemble. Sinatra, Marylin Monroe, Tony Curtis… Le tout Hollywood se range derrière JFK.

Plus fort encore, Kennedy sera le premier homme politique à littéralement « mettre en scène » sa jeunesse, en encourageant et supervisant de loin la production d’un film sur son passé de héros de guerre. PT 109 sort en 1963, avec Cliff Robertson dans le rôle de JFK. Le président a choisi lui même l’acteur qui devait l’interpréter. Quelqu’un qui soit « jeune, mais avec une certaine maturité, pour que tout le monde ne pense pas que le Président soit interprété par un inconnu sans intérêt ».

C’est dire à quel point Kennedy était sensible à son image, peut-être le premier vrai homme politique à s’en soucier d’ailleurs. Philippe Labro, qui a eu l’occasion de rencontrer à des conférences de presse JFK, parle dans son livre On a tiré sur le Président d’une « aura » qui émanait du Président.

John Fitzgerald Kennedy fut le premier homme à réussir à transformer cette aura en une image médiatique, à la diffuser via tous les canaux possibles. Et cette maitrise de sa communication lui a permis de rentrer dans l’histoire. Un rêve que beaucoup d’hommes politiques chérissent encore de nos jours, avec un succès bien moindre…