Le grand départ: CDG — IXL

Un long périple

Comme je le dis déjà au début de la vidéo, le plongeon vers l’inconnu m’effrayait tant par la grandeur du pays que par l’idée de savoir si j’étais prêt à vivre tout ça. Encore aujourd’hui où j’écris ces quelques lignes, je l’ignore. Mais je ne suis plus angoissé, j’apprends à vivre sur le moment et à me laisser porter par le vent. 
Le voyage a donc commencé par un premier vol vers Francfort (précédé, faut-il le préciser, par un long moment dans les transports métro + roissybus), lequel a été si rapide que je l’ai à peine vu passer. Il faut dire que Paris et Francfort ne sont qu’à quelques centaines de kilomètres l’un de l’autre, donc autant vous dire qu’en 40 minutes à 800km/h c’est plié. C’est à Francfort que les choses ont commencées à être plus difficiles: cet aéroport est si grand que j’ai littéralement passé une heure à trouver la porte d’embarquement de l’avion qui m’emmènerait si loin de chez moi. Il a déjà fallu que je change de terminal (puisque les vols internationaux et européens ne sont pas à côté) et qu’ensuite j’ai dû trouver mon chemin et repasser la sécurité (si si)… Mais bon, bon an mal an, j’ai tout de même réussi. Faut pas croire, tonton Q., il a de la réserve. 
Enfin je finis par tomber sur la porte 35, qui donnait vue sur le Roi des avions, le plus gros il faut bien le dire, l’A380. 
Et quelle agréable surprise que de voir que la Lufthansa, ayant besoin de remplir leurs sièges en Premium Economy (va savoir pourquoi mais bon, toujours est il qu’il le fallait), me change mon billet à la dernière minute pour me placer sur un siège de la qualité supérieure. Autant vous dire que dans ce genre d’avion et avec cette compagnie, même si ça reste la catégorie économie, c’est un cadeau. Je jette un œil sur le plan de vol, 6h40 avant d’arriver en Inde. C’est donc en somnolant, en regardant Whiplash et en me dégourdissant les patounes dans ce géant des airs que je passe mes heures de vol.

Turkmenistan vu du ciel

Une fois arrivé à New Delhi, c’est encore un petit peu plus complexe: du moment que vous êtes en transit sur un vol international à Delhi, pas de souci, sortez et allez à votre prochain avion. En revanche, si vous êtes dans le même cas que moi et que vous devez prendre un vol interne… Eh bien j’espère que vous avez de l’endurance et que vous vous êtes bien reposé dans l’avion: il faut sortir, trouver le tapis à bagages, attendre (TRES) longtemps que l’avion soit déchargé (ce n’est pas un petit coucou, il y a quand même les valises de 800 personnes à enlever), prendre votre bagage, trouver votre terminal pour ré-enregistrer votre bagage, passer de nouveau la sécurité et dormir comme un clochard à même le sol en attendant le prochain avion.

Mais bon, cela fait aussi partie du voyage! C’est ça qui est génial finalement, pour aller à l’aventure, c’est déjà une aventure (c’est tellement lyrique que ça en devient poétique toute cette philosophie…). Enfin bon, j’embarque donc avec JetAirways, la fameuse compagnie indienne, pour Leh, ma destination (ENFIN).
Et c’est dans un lever de soleil tinté de très gros nuages de mousson que notre avion prend son envol. Pour apprécier un peu mieux la vue du soleil levant sur les contrées Indiennes, on nous a servi un petit déjeuner fort appréciable qui donnait déjà le ton de la culture indienne. Je me suis même pris à goûter une espèce de fromage blanc servi dans une toute petite cup en plastique… Et je me demande aujourd’hui si ce n’était pas destiné à être étalé sur quelque chose parce que seul, c’était vraiment infâme… Toutefois, en relevant les yeux vers mon hublot, le goût amer qui m’avait été laissé dans la bouche m’a rapidement quitté lorsque mon regard s’est perdu dans l’immensité des premières montagnes de l’Himalaya.

Arrivée dans le Ladakh

Les moteurs ont alors ralenti et nous avons commencé à descendre vers Leh. Passagers d’un vol pour le Ladakh, ne perdez pas un instant de l’approche vers votre destination. Il n’y a rien de plus grisant que de voir les paysages des montagnes de plus près, et encore plus au moment d’un lever de soleil. C’est au détour d’un virage que, là, dans la vallée, se dessinait Leh.

Et quand vous descendez de l’avion… Vous savez que vous n’êtes plus chez vous. Il n’y a plus aucun doute possible. Il y en avait encore quelques uns qui était permis à New Delhi, tant leur aéroport et moderne et qu’on y trouve des choses que l’on trouverait au Duty Free d’Orly. Mais ici, il n’y aura pour vous ni passerelle escamotable, ni navette confortable, ni duty free, ni bureau de change… Seule une salle d’attente pour les bagages, dominée par une photo du Lama, au regard bienveillant.

Hélas pour moi, sot que j’étais, je me suis dit qu’il y aurait forcément un bureau de change à l’arrivée. Alors au lieu de changer mon argent à Delhi, je me suis retrouvé avec des euros, à 7h du matin, dans une petite ville. Comment payer un taxi? Aller en ville à pied avec mon sac de 11kg, à 1h d’ici? C’est alors qu’un militaire d’une cinquantaine d’année qui surveillait la porte vint vers moi, avec un large sourire et me regardant comme si j’étais son propre fils, et il me donne cette idée dans un anglais approximatif, à laquelle j’aurais dû penser plus tôt, qui est de demander à l’hôtel les 260 roupies du taxi (3,5€ à peu près) et de les rembourser plus tard. Ainsi soit-il, je pars pour le Kang-La Guesthouse dans un mini van qui me bringuebale sur les routes défoncées de cette ville si loin de tout. Pas de chance, mon chauffeur semble un peu perdu. C’est finalement, au détour d’une petite ruelle défoncée que nous finissons par trouver une petite guesthouse avec un patio et un panneau écrit en Français (non je ne l’ai pas fait exprès, promis). 
Après avoir découvert ma petite chambre située sur le toit, je m’allonge pour dormir trois bonnes heures, avant de partir en reconnaissance.

En reconnaissance

Leh est une très petite ville mais elle est très présente. On en prend plein les yeux de partout, et quand on arrive au Main Bazzar, là c’est la cagnotte. Il y a des enfants qui jouent en riant, il y a des marchands ambulants, il y a des gens qui discutent sur le pas d’une porte, il y a des chiens errants qui larvent au soleil, il y a des taxis qui klaxonnent, il y a des ladakhies qui vous invitent à négocier leur pashmina autour d’un thé au safran… Il est difficile de savoir où regarder et à quel moment, car il faut en plus faire très attention aux voitures, non seulement parce qu’elles roulent sur la file de gauche, mais parce que le piéton n’est pas DU TOUT prioritaire. Après une petite halte dans un marché de réfugiés tibétains (il y en a beaucoup dans cette région, fuyant la situation en Chine), je décide donc de monter prendre un Biryiani sur un rooftop.

Si le plat se fait attendre des heures et qu’il n’est pas extraordinaire, la vue est prenante et on ressent au mieux l’atmosphère. D’ailleurs, là en bas, je vais être le témoin d’une scène assez cocasse (je ne vois pas quel autre mot utiliser). Un motard avance doucement dans les bouchons de la rue. A sa gauche, une personne vient de prendre place à bord de son véhicule et entame sa marche arrière, tout en regardant derrière. Il n’y a aucun doute possible: les deux se voient parfaitement, tant celui qui recule que le motard lui-même. Mais ni l’un ni l’autre n’a jugé bon d’utiliser à bon escient (pour une fois ici) son klaxon. L’automobiliste fait donc tomber le motard dans un ridicule à faire rire. Ce dernier se relève les bras ballants, l’autre sort de sa voiture en souriant et en agitant la tête, l’aide à ramasser sa moto et à remonter dessus, et ni l’un ni l’autre ne demandera son reste, chacun allant chemin faisant.

Je décide ensuite de m’aventurer dans le grand bazzar où je ferai une halte dans un cybercafé et où j’irai à la recherche d’une agence de voyages qui m’aiderait à organiser un trek. Je tombe alors sur un kashmiri qui me donne des conseils sur les prix et les agences de voyage, et qui m’invite ensuite à rendre une petite visite à sa petite échoppe de Pashminas. Erreur n°1, accepter alors que je n’étais déjà pas intéressé dès le départ. Il commence alors à tout me sortir et même des bijoux avec des vraies fausses pierres précieuses… Et c’est dans ces instants là, où vous n’avez pas su dire non une première fois, que vous vous demandez “mais comment, COMMENT je vais faire pour lui dire NON”. Comment on dit non? C’est bien plus dur qu’il n’y parait, et c’est ce qui m’a mené à commettre ma deuxième erreur, c’est que je lui ai dit que je n’avais pas encore d’argent en roupies et donc qu’il fallait que j’aille à mon hôtel pour finir ce que j’avais à faire. Lui se montrant insistant, je lui ai dit que je réfléchirai et que je reviendrai le lendemain. Et c’est là que c’est une connerie parce qu’évidemment que vous n’avez aucune envie de revenir le lendemain, mais après si vous avez promis c’est votre parole d’européen qui est en jeu… Alors j’y suis retourné le lendemain et j’ai réussi à lui dire NON, et que je n’étais pas intéressé. Il n’était pas très content mais à vrai dire, je m’en moquais bien parce qu’il aurait sûrement d’autres clients dans l’heure… 
C’est ce soir là que je découvrirai ensuite mes premiers momos, authentiques raviolis tibétains, accompagnés d’une succulente soupe. C’était là ma première journée en Inde, et à Leh.

P.S. A l’attention de ceux désirant se rendre dans le Ladakh comme je l’ai fait, c’est à dire directement depuis Paris: vous passez de presque 0m ASL à 3500m, et vous vous exposez donc à de sérieux risques du mal des montagnes (AKA Accute Mountain Sickness, ou AMS pour les intimes). Je n’y ai pas échappé, et je tiens à vous informer que ce n’est pas agréable (je me suis tordu le ventre toute la première nuit, et après une cure de thé au gingembre miel citron et de rice & curd, ça s’est amélioré). J’ai eu de la chance parce que ça n’a pas duré longtemps et que je suis en bonne santé (quoique même pour certaines personnes en excellente forme ça puisse ne pas jouer), mais c’est un mal qu’il ne faut pas ignorer. Les symptômes peuvent être un peu tout et n’importe quoi: nausées, maux de tête, mal de ventre, perte de tension, insomnies, saignements de nez, difficultés à respirer… C’est bénin et en général, ne pas bouger pendant quelques jours permet de faire passer assez rapidement les maux. Toutefois, si le mal reste ou empire, ou si vous décidez de continuer de monter (sachant qu’en règle générale, non seulement il faut 3 jours d’acclimatation, mais en plus, il ne faut pas monter à plus de 300–500m d’altitude par jour), vous vous exposez à des risques très sérieux pour votre santé, voire même pour votre vie: ignorer l’AMS peut mener à un œdème cérébral ou pulmonaire, auquel cas il faudra immédiatement descendre et rester en observation et sous cure d’oxygène. Autrement, faire un malaise en trek n’est pas quelque chose de souhaitable, parce que je peux vous assurer que dans le Ladakh, il n’est pas simple d’être soigné au milieu des montagnes.

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