PRELUDE

Il y a dans les cieux
Tant de choses à regarder…
Pourtant, on ne fait que souvent
Observer les étoiles qui naissent,
Qui passent,
Qui meurent puis tombent
Là où personne ne va les chercher.

Je me demande d’où viennent ces étoiles
Et à quoi sert bien leur course effrénée
Si à la fin, un sourire éteint affrété,
Elle ne sont que pour compléter la grande toile
S’étendant toujours dans les merveilleux mondes
Regardant avec tristesse les étoiles qui tombent.


LA CHAMBRE D’ADOLESCENT

I

Clairsemée de pensées, de phrases incertaines
La fenêtre d’adolescent gronde, ce cri franc
Immerge l’auguste cocon, de calme parsème
En une seule voix cette geôle de lin blanc.

Lui, moi le prisonnier mauvais, le hargneux régent,
Il, je tisse des rimes empêtrées sur le plafond d’argent
Où se forment toutes ensemble, pourtant séparées
Les comptines de vent, les poèmes essoufflés.

Nous marchons tête haute dans la basse dimension,
Au carrefour des heures, sur d’ardents charbons
Pansant les pieds comme des fleurs d’encens,
Parfums ! Encensoirs plastiques nés d’un pieux sang.

Et à l’aube d’une vie, les balustrades voisines
D’une finale lésine, chassent les étoiles aussi !
Ce n’est qu’aux crépuscules que ces rances amis
Disséminent à leur gré ces bribes, famine !
Qu’est leur égoïsme de goût effronté,
Que dis-je, une éloge nauséeuse à l’impureté
D’impostures lumineuses, de rancunes peu fines
Gâchant le cadre sans bavures ni ennuis.

Dans la chambre, je, mais lui ne le fit,
Grave des vers de lune dans le manteau de nuit.

L’OISEAU DE NUIT
( Mélancolie )

II

A la fébrile fenêtre d’hiver échancré,
Le plumage d’ébène d’une fougue tailladée
Fixe mon regard d’une prunelle aigrie,
Une chanson d’automne qui s’éteint l’œil attendri.
Mes courbettes absconses ne sache chasser
Cette brise mortuaire d’une fleur foncée
Aux pétales narcisses d’une image flétrie,
Un bourgeon de ruines qui s’éteint l’œil attendri.

Sur les draps de calme bleu, d’un poème sadique,
Elle récite en thématique de cauchemar des psaumes acétiques,
Hululant de représailles absentes les reproches d’un cri
De créature brodeuse qui s’éteint l’œil attendri.
Et me couvrant d’une couverture de songe,
Je cherche une ouverture, un mur que je longe,
Longitudes inespérées d’obscurités que j’arpente
Sans y trouver de sortie quelconque, raison manquante
A ce cycle vicieux prenant et donnant vie
A cette chose hideuse qui s’éteint l’œil attendri.

« Ce n’est que folie !»
Me dis-je en disparaissant sous la laine.
« Ce n’est que rêverie !»
En pleurant la peur dans une pauvre haine.
Et les rires papillonnent…
Et les pleurs succèdent…
Et les peurs s’adonnent…
Et les heures ne m’aident…

Et lançant à ma lumière comme un testament de requiem :
« Flamme pourpre aux reflets safran,
Brûle donc cette piètre beauté,
Lèche d’incendie son corps de voluptés brunies.
Lave de cette image mon pauvre esprit conscient,
Plus Jamais ! Je ne veux voir l’anxieuse dévergondée
Qui s’éteint l’œil attendri. »
Mais sous les toitures, les baumes lettrés ne sont qu’incolores pommades.

Pourtant, l’atroce figure parfois se mue,
Transcende la limite du mirage teigneux
En une silhouette que les fades rues
Peinent encore à regarder d’affreux.

Lunatique bête au bec d’ivoire,
Perce le berceau d’immondes tourments,
Chasse les grossières idées de forban.
Un étrange bouquet au fin calice noir
Germant sur les couvertures froissées de lin vert
Dont l’éclosion a fait comme rarement s’émouvoir
Les minois de roche et pavés de pierre
Tant que l’on s’arrache le cœur d’avoir
Osé un jour évité sa peau d’air.
La douce mémoire étreignant la nuit
Qui s’éteint l’œil attendri.

Chacun de ses actes fébriles brille vivement
Comme une petite poupée de chiffon
Mise en pièce par les outrages du temps
Qui grandissent encore sans en dire long
Sur ces hématomes chromées d’encre cyan
Aux tâches criblées de dessins ronds,
Piquées de malheureux ornements.

Et les lueurs roses du ciel frétillent,
Couvrant l’occulte déesse d’un voile joli,
Mais lentement évince de mon grand et froid lit

Son être de lumière obscure à la blanche pupille.

J’enlace pourtant la céleste assombrie

N’étant déjà plus que funèbres guenilles,

Et je couvre de tendres baisers

Son frêle corps de verre minci

Alors qu’en un triste reflet

L’Aube emporte d’un geste aigri

La plus fragile des aimées

Qui s’éteint l’œil attendri.

LA DISPARITION DE MELANCOLIE

III

Au jour d’une déchirante soirée,
Elle s’était évaporée en ne laissant
- Hormis une flopée de menus effets -
Rien sinon l’impression du demain d’avant.

La paillasse moderne sanglotait,
Perdue par ses efforts de moelleux confort
Qui jamais plus ne profiteraient
Au rapace apaisé, ses claquants ressorts.

Le matin avait emporté l’agréable émotion loin de tout,
N’avait laissé que son pleur perler contre ma joue.

Moi, confus,
lassé, fatigué, exténué,
abruti, détruit, exterminé :
« Je ne chercherai jamais plus »,

Une pincée de mensonges puérils,
Sillages de l’adolescence périlleuse,
En sillons se traçaient sur la route sinueuse,
La route tout de rouge et de blanc, vers l’Avril.

LA LONGUE SAISON
( Ou la recherche de Mélancolie )

IV
( Aube )

Tel le spectre fulminant aux portes d’hiver, 
Qui rôde d’un visage crispé de courroux 
En quête d’une miséreuse raison d’être ,

Je cherche l’astre qui ne paraît dans les cieux.
L’insolent, grandiose sphère qui se pâme
Sur le rideau d’aurore, éclat insoucieux
Qui n’ose se montrer devant l’océan pâle.

Il est dit que, répugné par l’obscène affaire 
 Que menaient certains enfants en son court séjour,
Il avait décidé d’un châtiment sévère 
Pour saisir à la terre et le vice et l’amour.

Ainsi, les fards pourpres, blancs, beiges, rosés et cramoisis
N’enduisaient plus les nuages et ondines adoucies.
Le jour neigeux, par ces matins, n’en avait plus envie.

V
( Jour )

En cette longue saison sous la promenade,
Les platanes nus sifflent furieusement 
Sans la seule excitation du bruissement
Des illustres passants qui fièrement paradent.

Belles personnes qui jonchent les avenues,
Quel est le secret de vos beautés qui ne fanent
Lorsque que le poison gelé s’est épandu,
 N’offrant qu’à la nature un habit diaphane ?

La grisaille cotonneuse qui emmitoufle l’azur clair
Hante, trouble et perturbe les esprits avides
D’un singulier courant de vent blême qui siffle
Fait tomber le jour d’une caresse timide
Dresse dans les pleins quartiers une tendresse polaire.

La nette douleur d’une neige d’usure
Dans les empreintes cachées du temps perdu 
Sourit doucement contre sol, étendue
 Sur la teinte vive de rouges blessures.

L’allumette que frottent le long des façades
Ces longs doigts embaumés de givre précieux.
S’embrase d’un méchant regard pernicieux,
Embrasse mes affreux remords d’un ton maussade,
Et puis s’éteint sitôt qu’à ma bouche portée
 En cette longue saison des tristes pensées.

VI
( Crépuscule )

L’hymne des grandes citées vaporeuses charme
 Le moindre des hommes et ses moindres prières
 Tendues vers le cumulus comme une réclame
Suppliant les Dieux en le bondé cimetière.

Les arbres portent les fruits de goudron livide, 
 Exsangues sucreries au parfum de gerçure. 
 Formes ternes, pourtant, aguicheuses ramures Moisissant de bonne grâce d’un pigment viride.

La semelle de silence rompt à l’automne
 Sa faune chromatique, nature déchue
 De tombe rousse qui dans la blanche cohue
 S’endort sereinement sous les longs pas qui tonnent.

Quand viennent les confusions des couleurs d’ombre
 Entre les sots relents de taches basanées
 La longue saison de navrante alacrité
 Allume une veilleuse, des destins en nombre.

VII
( Nuit )

Les astres de la terre muette brillant aux sommets
Piquent le soir rose d’une auréole dorée,
Nimbes de porcelaine, fêlures d’horizon
Feignant un regard de brume à la sombre raison.

Et, lorsque les étoiles d’une logique tombent,
S’en va t-il quelqu’un pour sèchement les quérir ?
Peut-être un collecteur de poussières du monde
Amassant en une poche les rires et soupirs ?
Le collectionneur de sanglots immondes
Qui d’une marche claudicante va les cueillir ?

Elle dégrafe un à un les boutons de veste,
L’obscène époque aux mirettes perverses
Dont j’ai beau m’extirper, me cacher de l’averse
Sans que rien n’y fasse, sans que tout n’y reste…

La carapace de lettres n’est qu’une mue stérile,
Enveloppe creuse contre l’hiver damné,
Car, je ne crois son réconfort et ses phrases habiles
Sachant que Mélancolie ne vivra plus jamais…

Et, dépité par la disgrâce du rouge et du blanc,
Chemin où elle ne s’était guère montrée,
Je m’en vais contempler les merveilles d’antan,
Pour savourer une nouvelle fois l’arôme achevé.

LES RUINES

VIII
( Les Remparts )

Les remparts ankylosés se tenant raides
 Là sur la berge des mers de goudron
 Formaient en colonnes comme une léthargique cloison
 Cherchant la gloire antérieure par des paroles vaines.

Légionnaires de la légion lassée aux lésions langoureuses,
Ils laissaient sur les lacs lugubres leurs liaisons malheureuses,
Lançant de longues larmes en ne se leurrant sur les lacunes
Lézardant avec lenteur la silencieuse lanterne de lune.

Cette douzième lettre, sur le lino fissuré
Demandait à la ville des explications assurées.

« A qui doit-on cette pitié miséreuse ? »

Personne, le mutisme tomba, tous sont restés dans le rang.
La confiance s’était elle aussi démantelée,
Crispée et rabougrie, la réponse de rouille entêtée 
Devenant poussière d’avarie qui volait aux quatre vents.

Sur ces dalles en peine où nos yeux passent, 
Entre les vestiges arrachés au ténébreux bitume, 
La rumeur de discussions passées trépasse. 
 
 Les rues hautes d’un rire succinct
Succombaient aux inhumaines fissures
D’une bassesse détestable, le moqueur ancien
Faisant les hommes comme de candides figures.

IX
( L’armure )

Intarissables sources d’abondance sèche,
Osez ! Crachez un peu du somptueux cyanure
Des dépravant amis qui d’une goutte assèchent
L’ombre du colosse, majestueuse armure.

Crisse l’écarlate pourriture, un chœur de panique
Mené par le géant en la prose lyrique
A la gloire du saboteur rieur qui joue
A flûte truquée une mélodie d’égout.

Passe hâtivement le triomphe éphémère
Rongé par le temps carnassier
Ne laissant que le fléau de verre
Hurlant à l’armure rigide inanimée
Des sonates, des quatrains et passables vers
Hantant la carcasse jugulée d’araignées
De cristal humble, d’une toile qui serre
En entravant quelques membres d’acier.

Le tissage bienheureux lui non-plus ne résiste
Aux maux désemparés d’une existence à laquelle assiste 
L’armure, elle, qui plus jamais ne brille
Glisse de la soie vers l’abîme de pacotille

Déchue, elle observe dans la chute
Des déçus espoirs d’une époque éteinte
Grattant contre la roche avec une lutte
Allumée par la minceur d’une future étreinte.

En cette décharge des monuments éreintés
S’endormant sur les poudres de desseins révolus,
L’armure par ces mésaventures finalement blasée
Se laisse couvrir dans d’odieux résidus.

Des réminiscences soudainement font surface
Sur le flot nuisible de chagrins calmés !
Le soldat éternel revoit au travers de la cuirasse
Les images charnues de son heureux passé.

Dans une cour de terre battue, une masse !

Un troupeau d’enfants qui gaiement d’emblée

Joue des mécaniques de la joie, de souples faces

Défilant à la garde du gardien armé.

Mais ces bulbes naïfs que rien n’agace

S’amusent du faciès de méchanceté,

Et s’en vont plus loin, dans la prairie amassent

Un prodigue panier de flammes colorées

Avant de planter chaque vivace carcasses

Dans les canons noircis de l’arme délabrée.

Ces dents comme une danse tournent
Pour revenir en sourire devant l’esprit subjugué
Par toute la précieuse harmonie pourtant oubliée
Du monde des vivants où le rire séjourne.

Le rangement poussiéreux des chimères
N’accueille jamais rien d’autre que la tranquillité,
Pourtant, on jurerait qu’aujourd’hui ou hier
Un tonitruant éclat se fit entendre, d’hilarité.

X
( Lanterne à mes Lèvres )

Ils crapahutent en craquant des chiques, chassés
Par les espoirs espérant exporter les esprits programmés.
Feu de joie qui jubile en faiblissant à ma bouche
Dont les brins d’acier bruni sont broyés, cupides à la souche.
Guidant la guillerette gloire des mucus effrontés
Aux souvenirs sanctifiées par les sacrés sacrifices qui font mouche.
Cierge, macabre compagnon, extrémité limpide étouffée
Dont la limite lentement lamine l’ombre farouche
Autant qu’elle y plonge pauvrement le plus fort des guerriers.

Mégot de vie, fin de cartouche.
Obsession stupide entêtée.
Gorge qui supplie d’une dupeuse douche. 
Fragments de fausse confiance esseulés.
Le tabac tabasse tantôt et touche
Ma raison d’y noyer ce rêve volé.

Car, comme la ruine de sois-même est la plus fétide,
J’allume la lanterne qui d’une vapeur me guide.
Et dans les voies couvertes, dans les grises méandres,
Tombent de mon œil muet des perles de cendre.

XI
( L’antiquaire )

Oh, quel embarras ce fut de se débrouiller.
Dans ce débarras morbide où rien ne s’animait.

C’était un pays de mortes natures fait de vivants sans vigueur :
On pouvait bien entendu parler du cimetière de l’amie gaîté.
Morte d’une terreur immobile sur le seuil encrassé
A la vue mortifiée d’un cimeterre venu d’ailleurs,
On ne pu l’obliger par la porte, ou agripper sa rancœur
Si grande dévorant notre enthousiasme surexcitée.

Laissant contre la vitrine scellant notre sort
Notre compagne effarée des babioles masquées
Nous pénétrâmes en l’asile jonché de biens morts
Traînant comme les reliques d’une fantasque contrée.

Des flasques de sentiments, des flacons d’émotions
Et puis les bouteilles de réalité sans réelle dévotion,
 Tout dans des caissettes tordues, breuvages révélant
Les méfaits d’hommes au gosier déglutissant
 A foison les secrets du monde beuvant
Les alcools de savoir comme l’humaniste régent.

Des buffets renfermant les connaissances instruites
De décennies harcelées par maints vieux monarques
Pressés d’extirper aux ouvrages une pensée fortuite
Les plaçant -aveuglement- sur le triomphe d’un arc.
 Nous rîmes bien, d’un regard scrutant
Les statuettes usées de modestes éminences
 Qui du haut d’un pinacle magnifié par le sang
 Fixaient l’éternité d’un œil en errance.

Oh, il y avait tant et tant à voir :
Des cahiers de cerveaux, des papiers de cœurs,
 Des textes de caveaux aux ultimes auteurs !
 Des bagatelles minables, des joyaux formidables,
Des verreries peu aimables aux nombreux colliers affables.
 Mais, derrière ces objets de distances dépassées,
 D’un soupir brisant haletait l’oracle périmé :
Le protecteur titubant en son dernier isoloir.

XI
( Minuit et le Départ )

Le cafard grouilla dans les échos de ma tête
 Tant ces apparitions détruites ne furent que sornettes.
 Tout, rien, des kilomètres de jugements invariables
Prônés par les ruines dépourvues de toute fable.

M a r c h a n t contre une humide chaussée de naphte couverte,
 Les indignes morceaux de mon âme traînaient p a s s i v e m e n t
 Sans comprendre cette i m p r e s s i o n émergeant de l’eau verte,
 Moisissure a n g o i s s é e d’un esprit de tourments.

Le troupeau céleste griffé de rouge noir
 Descend sur les bordures du restreint infini
 En baisant la voûte nocturne d’une lèvre de soir
 A la douceur sucrée des fragrances du lit,
Couchette d’une aérienne nymphe qui, sans croire
 Au lendemain de ces baldaquins du sérieux ennui, 
Dormait d’une paupière bénigne en crainte de choir 
Dans ces dortoirs pénibles aux mortes envies.

De ceux-ci, allongé sur un divan de colère,
Je vomissais les restes d’une rage à peine estompée
 Par des bougies d’incertitudes comblant un cratère
 D’ombrageuses maximes d’un carnage érodées.
« A u t o d a f é »
 En peinture claire sur les froissures,
Tel se retrouvait un dicton -une pourriture-
 Sur chaque portail de la ville apaisée.
Serrés les uns contre les autres,
 Sur des installations visibles et lâchement hautes,
 Des auteurs de papier, des poètes de feuille
Aux plumes léchées par de brûlants écueils.

Fourbu par le présent comme le passé,
 Je posais au sol une jambe allumée
D’une soif de voyage, le muscle intrépide
 Gondolé des rancœurs en vue d’homicides.

Et, vers l’indiscernable paysage
Se profilaient nos silhouettes,
A pas de brume, sur les rivages,
Enchaînées comme figures d’oubliettes.

LE VOYAGE

XII
( En Paris )

Sous un cheptel impétueux de brebis éthérées
Aux laines formant le tricot de l’astral,
Nous arrivâmes par les douleurs de nuit à la capitale
Maintenue formellement en spirale de roche nettoyée.

Sur les boulevards matinaux d’une marche soyeuse
Se levant sur les cols d’appartements d’humeur victorieuse,
La voiture luisante impose sa marche
Même si n’ose vraiment crâner -lâche !-.

Défilent sur les avenues savantes entachées
Des lumières nouvelles brillantes d’idées
Illuminant pourtant d’un éclat bien trop incertain
Ces ruelles de doutes où l’ombre tapie du malin
Harcèle les fraîches consciences par l’imposture
D’une confiance insensible aux jeunes blessures.

Et c’est là Paris !

Paris où pleut l’amertume des lames,
Paris où choient des cordes de satin blanc,
Paris où les tours pleurent les âmes
Du Paris défunt par une hécatombe d’enfants.
Paris des jardins d’Éden saccagés, 
Paris des quartiers de lumière noire,
Paris des poètes nouveaux effacés,
Paris des désastres montrés comme simplistes foires.
Paris où les diodes jolies s’élancent tant et si bien
 Que par d’une fois pour deux et deux
 Un amas terrible de ces précieux chagrins
 Se forme par les centre illuminés d’une pluie de feu. 
 Et là, en Paris, il tombe sur ces brisures de cheveux
 La mélancolie pleurant des flasques embruns.

Mélancolie, ah…

XIII
( La voiture des Lucioles ; Lu(n/m)a )

Une masse grossière découpe des visages
Dans la brume du jour, opalescente cavalière
Apaisant de ses baisers fantomatiques les ravages
Frappant la route jusqu’aux indistinctes frontières.

C’est une longue voiture, mais sans couverture de fer,
Sans rectangles mystérieux, sans carrures fortifiées,
Rien qu’une stature abrogée aux sièges imaginaires
Flottant sur des tréteaux fumeux fortement agacés
De ne recevoir toujours que pour seul salaire
La trace mécontente d’une joie perturbée.

Sur l’herbe de campagne perdue par l’obscure affliction
Le convoi coruscant de néons douteurs s’arrêta,

Traversé d’une berlue où des forêt d’imagination
Poussaient comme stigmates de rêveurs états.

Le fantasque faisceau du rêve lunaire
S’appuyait contre les désirs levées par une fiction,
Le travail des délires fantasmées d’une illusion
Projetant contre la coupole tachetée un aimé calvaire.

Mélancolie monte, chancelante, à la rambarde pareille,
Pâtissant déjà du jour qui, malgré lui, éveille
L’endormie d’un apaisement serein qui serpente
Entre les assises brumeuses sous une sotte charpente.

Je suis là et la suis, dans le fiacre incomplet
N’offrant qu’à la nuit un voyage imparfait,
Une diaprure noire et blanche vagabondant
Sur les pâtures des bariolages aux teints fourmillants
Sur ces brindilles de moires aux couleurs équivoques ;
Les artifices pourtant criards, pourtant fades loques.

En contemplant le plafond du ciel se décomposer
Dans des myriades bavardes de dialogues vifs
Chantés par les bardes charmeurs aux accords attentifs
Guettant sur le chemin qui pointe le soleil trempé.

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