Laisser l’eau remonter dans le puits…

Le lundi 20 août 2018

Il y a des jours comme ça où on se met en action, mécaniquement; simplement parce que plus rien ne semble aller comme il faut… et qu’il faut quand même y aller…

Hier, c’était un de ces jours partis de cette façon. Un jour qui suivait plusieurs autres jours semblables, finalement. Jour sans saveur et sans couleur. Avec un retour lent à la forme après un malaise, virus ou quoi que ce soit d’autre qui m’a vu sans énergie ni intérêt pendant quelque temps. Que faire pour changer un peu le mood ? Je me sens tellement, depuis quelque temps, sans inspiration, plat et et sans saveur ! Les mots et idées ne viennent plus. Félix Leclerc disait qu’il fallait laisser l’eau remonter dans le puits avant de tenter d’y puiser à nouveau. Et s’il n’y avait tout simplement plus d’eau ?

La lecture m’a toujours été une fidèle compagne dans ces moments sans âme, mais hier, non. J’ai eu beau changer de lecture trois fois. Rien à faire. Je me sentais comme la Bérénice de Ducharme : Tout m’avale !

Allongé sur le divan de la galerie latérale, j’ai fermé les yeux et je me suis lentement laissé absorber par les sons environnants. Sorte de méditation sans structure et sans vrai but. Juste écouter, mais écouter intensément pour combler, même partiellement seulement mon sentiment d’incomplétude. Des fois, ça marche ! Des fois que ça marcherait !

C’est le bourdonnement du colibri que j’ai d’abord perçu. Sorte de ronronnement rassurant. Ronron qui fluctue au gré des fleurs butinées par ce petit acrobate de l’air. Puis de plus loin, le cri d’un geai bleu. Immense! Conquérant ! « Poussez-vous, j’arrive » semble t-il dire. Un autre oiseau, beaucoup plus discret que le tonitruant geai bleu, fait entendre son chant pas très loin de moi. Je reconnais une mésange à tête noire et je souris un peu à imaginer ce joli petit oiseau qui semble toujours tellement heureux.

« Chante, mésange, chante ! Tu me fais tellement de bien! »

Autour de moi, la vie s’active, suffit juste d’être à l’écoute…

Lulu farfouille sous le chalet, constamment heureuse, elle aussi. Une vraie mésange ! Toujours active, toujours pressée d’aller vers la prochaine chose. L’exemple parfait de la beauté et de l’impatience de la jeunesse ! Tout dans le présent et l’avenir très immédiat. Le passé ? Bah! On a toute la vie pour en créer !

Pour ne pas me laisser envahir par cette morosité si facilement conquérante chez moi, je me reconcentre sur les sons ambiants, j’essaie de faire le vide afin de refaire, éventuellement, le plein.

Un tambourinement vigoureux résonne directement de la lignée d’arbres que j’ai plantés il y a déjà… plus de vingt ans ! Je crois bien qu’il s’agit du fabuleux grand pic qui niche quelque part dans le coin et que j’aperçois de temps à autre. J’imagine sa belle crête rouge et je salue sa fière beauté sauvage. Je pense instantanément à la bonne vieille chanson de Beau Dommage du temps jadis avec ce narrateur qui « est monté jusque dans le bois pour se laver les oreilles en écoutant le pic-bois.»

Mais j’ai sans doute les oreilles bien sales ! Mes pensées moroses veulent revenir trop vite se substituer aux sons. Rien à faire à ne rien faire ! Il faut que je bouge.

Je cours à mon kayak et je me dirige sur le lac-miroir de ce petit matin tranquille. Pas une vaguelette, pas un souffle de vent. Le lac reflète parfaitement, sans la plus petite déformation, ce que je vois aussi en regardant le paysage extérieur. Double vision presque hallucinante. Sorte de fidèle écho silencieux !

Un couple (couple ? en tout cas ils y en a deux !) de goélands s’amuse à cabrioler près de la surface. Leurs voltiges spectaculaires me laissent ébahi. Quelle adresse ! Et dire qu’ils ne font ces pirouettes que par pur plaisir !

Près de la berge longeant le marécage, j’entends les trilles caractéristiques d’un martin-pêcheur. Puis je le vois, et je l’entends, se déplacer d’arbre en arbre, sans doute à la recherche du point d’observation parfait pour sa pêche du petit matin. Tiens, un deuxième martin-pêcheur ! Puis un troisième et un quatrième ! Moi qui ai toujours crû le martin-pêcheur, pêcheur solitaire, je dois réviser mes connaissances.

Et je repense en souriant à l’autre jour, lorsque je passais en kayak près de l’île aux couleuvres. Juste avant la petite falaise (quand même une dizaine de mètres de hauteur !) du côté est de l’île, je suis alarmé par ce que je crois être un gros caillou lancé juste devant moi du sommet de cette falaise. Le temps de sursauter et de regarder en haut pour voir qui me bombarde ainsi, je vois un martin-pêcheur sortir de l’eau devant moi, tenant un poisson frétillant, quand même assez gros, dans son bec dégoulinant. Wow ! Je suis estomaqué de cette prouesse et, disons-le, de cette témérité, heureusement récompensée ce jour-là. Et je me demande si cela fait mal de plonger dans l’eau à cette vitesse, de cette hauteur. Je n’aurai évidemment jamais la réponse à cette question.

Au retour, le miroir du départ s’est cassé. De courtes vaguelettes brisent maintenant la surface si lisse peu de temps auparavant. Effet du soleil plus fort qui réchauffe le lac et amène inexorablement le vent. Le paysage se reflète encore dans l’eau, mais l’image pure de tout à l’heure est maintenant déformée, plus ou moins fantaisiste. On dirait maintenant des toiles de peintres impressionnistes ! Sorte de réalité augmentée…Beau et étrange tout à la fois.

Je rentre au chalet où tout dort encore. C’est paisible. Accueillant et réconfortant. Je me glisse dans ce chaud cocon avec le goût d’y passer le reste du jour.

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