De l’inégalité dans la tête de ceux qui la prônent
Il aura fallu attendre le 24 janvier pour avoir enfin la confirmation qu’Antoine Petit assume ses dires… et utilise un argumentaire scientifiquement pauvre. En réponse à cet entretien obtenu par TheMetaNews, la lecture du fil twitter de Julien Gossa est un remède nécessaire.
Je rajouterai juste un petit commentaire sur les propos d’A. Petit qui concernent expressément la pétition “Recherche : non à une loi inégalitaire” :
Le problème numéro 1 de cette loi est de convaincre des non chercheurs d’investir dans la recherche. Quoi qu’on puisse en dire, nous sommes globalement tous d’accord entre nous sur ce qu’il faut faire. Reprenons les propositions de la pétition qui a rassemblé 15 000 signatures [Non à une loi inégalitaire, lancée par le chercheur François Massol, NDLR] : ce sont les mêmes que nous avons faites au sein des groupes de travail, à savoir des moyens et de la simplification. Les divergences surviennent sur des points de second ordre. Il s’agit avant tout d’un choix politique : il ne s’agit pas d’investir pour les chercheurs mais d’investir pour le pays. Les chercheurs ne demandent pas de l’argent pour eux mais parce que nous sommes convaincus que la France doit rester un grand pays et garder sa souveraineté. A quel niveau faut-il investir ? Comme l’a répété Emmanuel Macron, les 3% du PIB sont l’objectif, 1% pour le public — nous sommes actuellement à moins de 0,8% — et 2% pour le privé.
Non, M. Petit, les recommandations des Sociétés savantes académiques de France (reprises dans la pétition) et celles des trois groupes de travail ministériels ne sont pas du tout les mêmes :
- Quand la pétition demande plus de dotation de base, les groupes de travail demandent une augmentation du budget de l’ANR. Ces deux demandes sont complètement différentes — on n’améliore pas le fonctionnement de la recherche en donnant beaucoup à quelques happy few comme nous l’avions écrit dans la pétition (mais visiblement vous ne l’avez pas lue) ;
- Quand la pétition demande plus de recrutements permanents dans tous les corps, les groupes de travail insistent sur une flexibilisation et la création d’autres voies de recrutement qui permettent de rendre très longs des CDD (et ainsi contourner la loi Sauvadet sans pérenniser réellement les emplois) ;
- Quand la pétition demande de prendre en compte dans leur progression de carrière l’implication des chercheurs dans la sphère non académique et d’encourager des collaborations mutuellement bénéfiques entre la recherche publique et d’autres secteurs, les propositions des groupes de travail demandent la possibilité d’un pantouflage généralisé, pour le plus grand bonheur des gros industriels (qui se referaient une réputation en R&D à peu de frais) et en fragilisant ainsi une posture collective des chercheurs face au gel de leurs grilles salariales (si vous vous ne vous sentez pas assez bien payé, aller bosser pour l’industriel d’en face…).
Les discussions autour de la LPPR s’annoncent décidément très intéressantes.
P.S. : petite info en passant : la pétition a été envoyée le 23/01/2020 à Mme Vidal, M. Petit, M. Schuhl (délégué général à la science au CNRS) et à toutes les directrices et tous les directeurs d’instituts du CNRS.
