Quelle est la différence entre une startup et un restaurant ?

Qui n’a jamais rêvé un jour de monter son entreprise ? Et si le business des startups était le frère siamois du business des restos ? La comparaison ici concerne des restaurants parisiens et de jeunes startups en phase d’amorçage. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une généralité de cas, mais de situations récurrentes constatées dans ces secteurs. J’ai moi même touché à ces deux univers : Il y a environ 3 ans, j’ai créé ma propre startup, et plus jeune j’ai travaillé pendant quelques mois dans les cuisines d’un restaurant.

Vous direz qu’à première vue ces deux commerces n’ont rien en commun. L’un évolue dans un environnement technologique foisonnant et vise à créer un nouveau produit, souvent rempli d’incertitudes. L’autre est une structure qui existe depuis des siècles et qui dispose d’un modèle économique stable et approuvé. Pourtant, si l’on s’y intéresse de plus près, des parallèles sont indéniables !

L’image : de la façade aux fondations

Pour les startups , tout comme les restaurants, l’image est une vitrine indispensable. Elle est un point clé dans la réussite de ces institutions : elle est aussi bien utile pour attirer des clients, des investisseurs ou encore des salariés. Celle-ci doit correspondre à l’identité de l’entreprise, mais aussi à ce que les clients ont envie de voir ou envie d’appartenir.

Plus concrètement, Le Buddha Bar est un exemple de ces restaurants destinés à une clientèle relativement jeune, tendance et aisée. Or, nous savons tous qu’il est finalement aussi côtoyé par des personnes aux revenus moyens et parfois plus âgés mais qui ont ce désir d’appartenance. L’image est donc généralement la façade que s’octroient, au départ, les entreprises.

Nous pouvons d’ailleurs constater qu’elle se voit souvent amplifiée dans les milieux de la restauration et des startups, notamment via la publicité et les médias.

Myspace qui s’était refait une beauté en 2013 n’a pas vraiment redécollé, pourtant les médias parlaient d’une renaissance.

Cette façade se révèle surtout importante à leurs débuts. N’ayant pas encore acquis une légitimité sur leur marché, c’est généralement un des principaux moyens, pour ces entreprises, d’attirer les nouveaux clients. De plus, de nombreux médias véhiculent cette image sans même avoir testé le produit ou rencontré les personnes qui l’ont créé. Si l’image est bien maîtrisée, elle peut être un facteur clé de succès.

Harry’s, une startup américaine qui s’est lancée dans la commercialisation de rasoirs et qui a beaucoup travaillé son image pour se démarquer de ses concurrents.

Big Fernand : la création d’une identité forte, de la déco aux vêtements, jusqu’à l’attitude « bonne franquette » des employés

Cependant, cette dernière est loin de refléter la réalité de l’activité de ces entreprises. Un restaurant qui propose des plats français “faits maison”, un autre qui se targue d’avoir gagné de nombreuses distinctions, une startup qui déclare avoir développé un algorithme révolutionnaire ou encore avoir en quelques semaines des milliers d’utilisateurs… Ces annonces participent à la construction de leur image, mais lorsqu’on connaît la réalité des faits, on s’aperçoit rapidement que les solutions sont souvent « bricolées ». Le fameux algorithme est finalement géré à la main par plusieurs stagiaires, les plats français faits maison sont réchauffés par des cuisiniers n’ayant aucune notion en gastronomie française. Ces informations sont difficilement vérifiables si l’on n’est pas expert, mais au final peu importe si l’utilisateur est satisfait du service ou du produit qu’il a payé.

Une précarité motrice de développement

Aussi séduisant qu’ils soient, ces deux environnements sont aussi synonymes de précarité de l’emploi. Les entrepreneurs qui se lancent dans ces aventures ont bien souvent besoin d’une main-d’oeuvre plus ou moins qualifié, mais surtout flexible.

Les équipes s’attèlent autant à des missions techniques qu’à des tâches réplétives, sans besoin de compétences spécifiques. De plus, dans la plupart des cas, les finances sont limitées. Il est donc très fréquent de trouver au sein de ces structures des employés payés au black ou par les aides de l’ANPE, des stagiaires, des auto-entrepreneurs, etc. Par exemple, un restaurant aura besoin d’un chef et d’un commis de cuisine, alors qu’une startup fera appel à un CTO (directeur technique) ainsi qu’à des stagiaires pour l’épauler. Lorsqu’un restaurateur paye ses employés au black, un startuper va rémunérer ses collaborateurs via des notes de frais. Cependant, ces situations de précarité se voient généralement régularisées par la suite, notamment lorsque les entreprises commencent à être profitables. En cas de réussite et de profit de l’entreprise, il est courant que les employés évoluent rapidement en même temps que leur structure. Il peut autant s’agir d’une augmentation de leur salaire, de leurs parts, de leurs avantages en nature, de leurs responsabilités, etc. Les « sucess fees » sont d’ailleurs très utilisées dans ces domaines. C’est le cas de plusieurs centaines d’employés de Twitter, qui lors de son introduction en bourse, sont devenus millionnaires.

Pour finir, le rôle de chacun au sein du même poste peut s’avérer très variable : à commencer par le travail administratif, en passant par des tâches ménagères, le remplissage de tableaux de données, l’échange avec des clients, jusqu’à la prise de décisions stratégiques. Tout le monde est dans le même bateau, qu’on soit CEO, manager ou stagiaire. En effet, chez Weeleo (ma startup), je m’occupais aussi bien de distribuer des flyers que de rencontrer des fonds d’investissement. Il est donc important pour ces entrepreneurs de faire confiance à leur équipe et de comprendre les individus avec qui ils travaillent, que ce soit derrière un fourneau ou un ordinateur. Cette proximité, voir complicité qui renforce les équipes, représente un atout majeur dans le développement d’une entreprise.

Entre rêve et réalité

Fragiles, à double face… nous sommes aujourd’hui malgré tout attirés par ces petites structures. D’autant plus que de nombeux fantasmes et des idées reçues persistent autour de la restauration et les startups. Et devinez qui les relaye et les amplifie à merveille ? C’est une fois de plus, la pub et les médias, qui sélectionnent généralement pour le grand public les réussites, et non pas les nombreux échecs. On parle beaucoup du succès des startups Facebook, Uber ou Airbnb… des cas extrêmement rares ! On parle même de « unicorns » (licorne), pour définir ces startups qui sont valorisées plus d’un milliard de dollars, ce qui définit assez bien la rareté de ce genre d’entreprise.

Pour la plupart des gens, une startup est synonyme de jeunes entrepreneurs, qui ont rapidement réussi, en partant de rien, au fond du garage de leurs parents. Les levées de fonds exorbitantes font les gros titres des médias online et les rachats hors normes de certaines startups en font parler plus d’un.

En 2012, Interview du CEO (PDG) d’Instagram racheté par Facebook pour une valeur d’1 milliard de dollars.

Le rêve est aussi présent dans la restauration. Pour les non-initiés, ouvrir un restaurant c’est « sympa », on cuisine, on goûte les plats, on accueille les clients, on invite ses amis et on encaisse l’argent. Quel serait le problème si cette « recette » existe et fonctionne depuis des centaines d’années ? On constate malheureusement une majorité d’échecs dans les deux domaines. Seulement une startup sur douze réussit (source : Startup Genome). Le chiffre des faillites de restaurants s’avère d’autant plus impressionnant : six périssent chaque jour, soit deux fois plus que le nombre de créations (source : Challenges). Le stress est omniprésent, le rythme de travail est souvent très poussé, comme expliqué précédemment les tâches sont parfois peu gratifiantes, etc. On parle aussi très peu de comment ces entrepreneurs ont ramé avant d’arriver là où ils en sont. Le cas de Frederic Mazzella, le fondateur de Blablacar, en témoigne puisqu’il a travaillé pendant 4 ans avant que sa startup commence à monter sérieusement.

« Le parcours entrepreneurial est difficile, il faut être passionné et accepter de mettre les mains dans le cambouis. Contrairement à une idée largement répandue, la valeur ajoutée de l’entrepreneur réside avant tout dans sa capacité à régler des problèmes. » Interview sur létudiant.fr

De la passion… et de la lucidité

Eh oui ! Startupers et restaurateurs sont bien plus proches qu’on ne pouvait le parier. Nous parlons de ces entrepreneurs passionnés, qui désirent faire fleurir un produit le plus séduisant possible. Mais quelle est alors cette mystérieuse clé de la réussite ? De mon point de vue, la qualité intrinsèque du produit est le nerf de la guerre. Si une startup ou un restaurant délivre un bon produit et que le client est satisfait, alors une grande bataille est remportée. Pour une startup, on parlera d’un produit physique (ex. une montre connectée comme Pebble) ou d’un service (ex. une plateforme d’emailing comme MailChimp) performants.

Pour un restaurant, il s’agit aussi bien de la qualité des produits et des compositions dans l’assiette, mais c’est aussi le service et le cadre qui entrent en jeu. Dans certains cas, le business model n’est pas viable, les marges ne sont pas assez importantes, ou encore la mise en place du produit a effrité les relations au sein de l’équipe. Cependant le client ne voit pas toute cette organisation, les difficultés, le bricolage… Peut importe l’envers du décor, il a obtenu ce qu’il voulait (voir plus). Il souhaitera peut être même recommander cette entreprises à son entourage.

« Dans l’univers de la restauration, il n’y a selon moi que deux options si vous souhaitez sortir du lot : être un restaurant étoilé et proposer de l’excellente cuisine à un prix élevé; Dans ce cas, les clients ressortent des étoiles plein les yeux, et peu importe si ils ne réitèrent pas ou peu l’expérience…Ou proposer du bon pour pas cher…Dans ce cas, non seulement les clients reviennent mais en plus, ils en parlent autour d’eux. » Victor Lugger, Co-fondateur du groupe Big Mamma / article RestoConnexion

Seulement une fois ce résultat obtenu, libre à l’entrepreneur de retravailler son organisation interne pour que l’engrenage tourne parfaitement.

D’une part, le retour client joue beaucoup sur le moral et la motivation de l’entrepreneur et de son équipe. D’autre part, le client satisfait diffusera très vite ses impressions : le bouche à oreille est aujourd’hui la plus efficace des communications pour une entreprise. Dans la vie réelle ou dans le digital (magazines, blogs et réseaux sociaux), le monde attire le monde. Au final, que ce soit dans le milieu de la restauration ou dans celui des startups, il ne faut jamais hésiter à tester son produit et se lancer dans l’aventure.