L’edutainment, ou la poule aux œufs d’or de l’industrie du divertissement

Aujourd’hui 27 mars 2067, rencontre à Palo Alto avec Robert Laminmoite, créateur de l’edutainment contemporain et géant de l’industrie du divertissement. Il nous révèle en exclusivité les secrets des programmes éducatifs qui ont forgé sa réputation.

C’est en exclusivité mondiale que les portes des studios Tainment&Company s’ouvrent à nous aujourd’hui. Son fondateur Robert Laminmoite, aussi producteur des émissions mondialement connues Baby Genius ou encore Learn&Earn, nous reçoit en personne pour nous faire visiter les locaux.

James Carter, présentateur de Baby Genius

Première impression en rentrant dans le bâtiment : c’est tout simplement gigantesque. Nous sommes ici dans la maison-mère de l’entreprise où travaillent plus de 1600 personnes à plein temps, nous explique M. Laminmoite. Les deux plus grands shows de l’edutainment contemporain sont produits dans ces murs.

Le premier, Baby Genius, est destiné à éduquer et développer les connaissances des enfants de moins de quatre ans. Le programme est entièrement réalisé en images de synthèse : James Carter, le présentateur, est un adulte dans un corps de bébé, que vous pouvez voir ci-dessus. Le second, nommé Learn&Earn, est un quizz réunissant à la fois parents et enfants autour de questions de culture générale. L’émission est entièrement sponsorisée par les géants de l’agroalimentaire. La famille gagnante repart avec un an de produits de son choix.

Tout cela n’explique pas pourquoi un géant du divertissement tel que Robert Laminmoite s’est soudainement tourné vers l’edutainment il y a désormais dix ans ce cela. Voici son explication.

Selon lui, la télévision n’a toujours été qu’une question de mode. L’objet reste, mais c’est ce qui est diffusé à l’intérieur qui fait le message. Et cela évolue par période, sous l’impulsion de personnes telles que lui qui tentent, de temps à autre, un nouveau concept. “Jetez un oeil à l’évolution de la télévision” nous explique-t-il. “ Dans les années 2000, la mode était à la télé réalité, tout le monde ne jurait que par ça ! Ça a duré une vingtaine d’années, pour finalement être remplacé les talk-shows. Mais les gens se lassent, et c’est pas franchement étonnant ! Tout le monde veut du neuf. C’est pourquoi on a tenté le concept de l’edutainment dans les années 2050, avec le lancement du pilote de Baby Genius. Coup de chance, le succès fut instantané ! Les gens se sont rués dessus, et on a dû passer à une diffusion nationale en moins d’une semaine pour répondre à la demande. En plus de la télévision, on a directement créé un partenariat avec Netflix, la plateforme de vidéo à la demande la plus regardée au monde. Et comme vous le savez, ça fonctionne comme au premier jour. On en est aujourd’hui à la saison 16 de Baby Genius, et le public reste fidèle ! Lorsque les enfants deviennent trop grands pour le programme, ils zappent sur Learn&Earn, et c’est le petit frère qui hérite de Baby Genius. Tout est fait pour suivre l’enfant et son éducation de la maternelle au début du collège. Et les parents nous remercient tous les jours pour ça, car certains n’ont pas assez de temps pour éduquer leurs enfants dans de bonnes conditions !”.

Enjoué et racoleur tout au long de son discours, M. Laminmoite change littéralement de ton lorsqu’on lui demande son avis concernant les effets néfastes de l’edutainment : “Ecoutez, je ne suis pas un professeur, je suis un producteur. Si ça peut vous rassurer, sachez que nos deux émissions sont réalisées en étroite collaboration avec des professionnels de l’éducation. Cela fait plus de dix ans que je travaille dans l’edutainement et jamais aucun parent ne s’est plaint de nos émissions, quoi qu’en disent vos études.”. Un sujet qui dérange, donc. Pas étonnant quand on imagine ce que rapporte l’edutainment aujourd’hui. C’est une grande partie de l’industrie du divertissement qui se tourne vers ce que l’on appelait autrefois une “niche audiovisuelle”. De ce que l’on a pu voir, Tainment&Company travaille en collaboration avec les géants de l’industrie alimentaire (incluant fastfoods, supermarchés, marques) mais aussi avec d’autres partenaires telle que l’industrie automobile (pour les parents gagnants de Learn&Earn). Des contrats que l’on devine juteux mais que l’on ne risque pas de voir passer devant nos yeux.

C’est dans cette incertitude concernant le bien-fondé de l’edutainment que se profile la fin de notre visite. N’est-ce au final qu’une simple branche de l’industrie du divertissement ? Ou au contraire l’avenir de l’éducation ?

Voici ce qu’en pense M. Laminmoite : “Je vous l’ai dit, selon moi ce n’est qu’un effet de mode. Évidemment que cela rapporte, évidemment que c’est en grande partie du divertissement. Nous n’avons jamais eu la prétention de dire que tous les enfants qui regardent nos émissions deviendront des génies ! On présente cela comme un outil pour aider les parents qui manquent de temps, voilà tout ! Aujourd’hui ça marche, peut-être que demain ça ne marchera plus, c’est la dure loi du marché ! Dans tous les cas je ne pense pas que ce soit terminé : nous venons de recevoir trois demandes d’adaptation de nos programmes en Asie. Et si les Asiatiques commencent à s’y intéresser, croyez-moi, c’est très prometteur.”.

Tainment&Company dans le monde

L’edutainment n’a donc pas fini de faire parler de lui et faire le bonheur des magnats du divertissement (bien que l’on puisse apparaître, ici et là, des créateurs indépendants qui obtiennent un succès phénoménal grâce à l’edutainment). Ci-dessous, une frise vous raconte le succès d’un de ces créateurs, le français Didier Qarma, avec son jeu connu de tous “Les 7 familles importantes du début du XXIème siècle”. Preuve qu’il est donc possible de créer de l’edutainement hors du circuit du divertissement. Mais pour combien de temps encore ?

Raphaël Khayat

Public : tout public adulte en l’an 2067
Coeur de cible : les intéressés des médias et de l’éducation (référence aux différents tags liés à l’article)