La chance du Brexit

L’annonce du Brexit a agi comme une déflagration au UK et en Europe continentale. Certains en sont tristes, d’autres heureux. Certains sont en colère, d’autres s’en foutent. Certains sont convaincus que leur vote les ont menés vers une réelle victoire, d’autres réalisent que c’était une grosse boulette qu’il sera difficile de corriger.

Hier, les marchés se sont effondrés, la livre anglaise descendant même à son plus bas niveau depuis 1985. Le premier ministre anglais David Cameron a annoncé sa décision de démissionner de ses fonctions en octobre. S&P prévoit de dégrader la note AAA de l’Angleterre suite au Brexit… L’incertitude se glisse dans les moindres recoins du Royaume-Uni et de l’Europe et génère son lot de questions: Qu’en est-il de la libre circulation des biens et marchandises entre le UK et le continent? Comment est-ce que les exportations européennes vers le UK seront-elles impactées? Est-ce que les anglais pourront-ils conserver le même niveau de vie? L’Ecosse et Irlande du Nord suivront-elles la décision de l’Angleterre?

Autant de questions auxquelles personne n’a de réponse aujourd’hui et qui auront néanmoins un impact énorme sur la vie de tout un chacun.

Mais dans ce chaos résident aussi certaines chances à saisir. Quelles sont-elles?

Notre voix compte. Continuons à nous exprimer.

Ce referendum est la preuve que le peuple a encore une voix sur les sujets les plus critiques. En France, le mouvement “nuit debout” a lieu dans la rue, en Belgique les grèves et manifestation sont le moyen d’expression du moment, mais au UK — comme régulièrement en Suisse — un réel referendum a été organisé, c’est une énorme victoire. Chaque pays a son système, et chaque système a ses raisons, mais le point central est que notre voix compte.

Néanmoins, lors de chaque élection, certains votent par dépit, en opposition à l’existant. Et ce vote n’est pas différent. Il met en lumière le sentiment d’impuissance de certains citoyens qui n’avaient pas conscience de leur impact.

D’autres encore n’iront même pas voter, convaincus que cela ne changera pas leur sort. Le taux de participation de 72,2% au referendum reste honorable par rapport à celui des dernières législatives (66%), mais il en ressort que pas moins d’un quart de la population en droit de voter n’a pas donné son avis sur la question. Et ce quart se retrouve, tout autant que les 72,2 autres pourcents des anglais, confronté aux conséquences du vote.

Ce sentiment de faiblesse n’est pas normal. Nous devons créer plus d’opportunités pour nous exprimer et partager notre opinion avec les “décideurs”, afin que cette frustration disparaisse et ce sentiment d’impuissance avec lui.

Mettons en place une réelle démocratie dans laquelle le peuple prend les décisions et les assume. Une démocratie dans laquelle le peuple peut changer les choses et avoir la main sur son destin, afin que ces frustrations et ce sentiment d’impuissance ne mène pas à de plus grandes catastrophes (Trump et le FN, quelqu’un?).

Construisons sur cette victoire pour réclamer plus de droit à la parole, plus de participation aux décisions de l’état qui nous concernent tous. Je suis intimement convaincu que les décisions auxquelles l’on participe — même les décisions difficiles — auront plus de soutien si notre voix est entendue.

S’informer correctement est un devoir de citoyen

Une deuxième chance que ce referendum représente est de réaliser l’importance d’une bonne information du citoyen. Et par bonne information, je veux dire implication active du citoyen dans la compréhension du problème et des solutions qui peuvent y être apportées.

De nombreux articles titrent aujourd’hui la trahison ressentie par plusieurs anglais ayant voté “Leave” ce 23 juin, à l’instar de khembe ci-dessous.

D’autres encore regrettent leur choix, n’ayant pas pleinement réalisé l’ampleur et l’impact de leur décision (video entre-temps retirée de Twitter).

Tous n’ont pas écrit de tweet ni été interviewés, mais beaucoup ont recherché les conséquences du “Leave” après que le referendum soit clôturé, et donc après avoir voté. Les chiffres de GoogleTrends démontrent que de nombreux anglais ont voté de manière aveugle jusqu’à ce qu’ils se rendent compte de la victoire du “Leave”:

Ou encore:

Une réelle implication de chacun est indispensable pour que les citoyens puissent avoir un impact sur les décisions de l’état.

Il ne suffit pas de suivre le JT ou quelques comptes Twitter de médias mainstream ou pire, de politiciens, pour voter le changement.

Il est nécessaire de faire des recherche et d’accepter la confrontation des opinions. Tant que nous nous laisserons guider par nos émotions, et nos tripes, nous risquons de rater le virage et nous retrouver dans le fossé.

L’opportunité

En conclusion, au-delà des problèmes court-terme que le Brexit engendrera, il est d’abord une démonstration du pouvoir démocratique. Mais ce qui en ressort aussi c’est le manque de préparation de la population pour ce genre d’exercices. La désinformation, la manipulation et l’absence d’implication personnelle sont effectivement des risques, mais des risques que l’on peut, ou plutôt que l’on doit, gérer.

On est maintenant à un tournant. Est que l’on va se contenter de regarder ce qu’il se passe au UK, ou allons-nous profiter de cet enseignement pour nous adapter et faire évoluer notre démocratie nationale et européenne?

Nous devons saisir cette chance pour nous impliquer plus qu’hier dans notre présent et notre avenir, que ce soit au niveau économique, social, écologique ou culturel. L’évolution de nos sociétés passera par une plus grande implication du citoyen qui prendra son avenir en mains, et non pas par une poignée d’hommes politiques en costume cravate.