Les THEORIES PSYCHANALYTIQUES du DÉVELOPPEMENT : Anna FREUD

  • BIOGRAPHIE Anna FREUD

Anna Freud naît en 1895 à Vienne. Pour des raisons inconnues, sa mère Martha Bernays ne la nourrit pas au sein comme elle a pu le faire pour ses autres enfants. Elle prend même plusieurs mois de vacances après la naissance d’Anna. Son père n’est pas plus disponible puisque l’année qui suit sa naissance, il est occupé par la mort de son père et son travail sur les rêves. Finalement, il semble que sa figure d’attachement soit sa tante maternelle, Minna Bernays, qui s’installe chez les Freud pour s’occuper d’elle avec Josefine Cihlarz, une nurse embauchée par les Freud

Pendant sa première enfance, Anna a deux rivales. La psychanalyse occupe tout l’esprit de son père tandis que sa petite soeur Sophie est la favorite de sa mère. Elle entre à l’école à 6 ans mais souffre d’un zozotement qui fait l’objet d’une rééducation. A l’école, Anna s’ennuie car elle trouve que les leçons ne sont pas suffisamment difficile

En 1909, alors qu’elle a 14 ans, son père lui permet de participer aux réunions de la Société Psychanalytique de Vienne. Elle finit ses études au lycée en 1912. En 1914, elle commence à enseigner dans une école élémentaires.

Sur le plan personnel elle est courtisée par Ernest Jones mais Sigmund Freud met un terme aux ambitions du psychanalyste anglais. Lorsque Hans Lampl la courtise en 1923–1924, son père intervient à nouveau.

En 1918, elle commence une analyse de quatre ans avec son père à raison d’un séance par jour, six jours par semaine.

Pendant la longue maladie de son père, Anna s’implique considérablement auprès de son père. Lorsque sa soeur Sophie meurt d’une grippe, sa relation avec son père devient encore plus étroite. Malgré la rivalité avec sa soeur, elle prend son fils en traitement

A partir des années 1920, elle rejoint un groupe de travail auquel participe August Aichhorn, un américain qui s’occupe d’enfants délinquants. Dans le même temps, de jeux médecins viennois, WIlheim Reich et Otto Fenichel, rejoignent la Société Psychanalytique de Vienne. En 1924, des membres du Comité secret demandent à Sigumund Freud si Anna ne peut pas les rejoindre pour remplacer Otto Rank qui commence à être ostracisé du fait de ses potions théoriques. Anna est alors intégrée au Comité

Anna commence à pratiquer l’analyse d’enfants en 1923. Avec Melanie Klein, Berta Bernstein, et Hermine Hug-Hellmuth, est une des premières à appliquer la psychanalyse à des enfants. Elle publie en 1926 une série d’articles intitulées Introduction à la technique d’analyse d’enfant qui vont être largement débattus par Melanie Klein

Dorothy Burlingham, en analyse avec Sigmund Freud, confie son fils à Anna Freud. Avec Dorothy Burlingham et une ancienne patiente, Eva Rosenfeld, elle ouvre une école spécialisée fonctionnant avec les principes de la psychanalyse et les méthodes éducatives progressives de Dewey. Peter Blos et Erik Erikson sont les premiers enseignants embauchés par l’école. La plupart des enfants de l’école sont en analyse avec Anna Freud. L’école ferme en 1931 mais Anna Freud et Dorothy Burlingham y acquiert des connaissances qu’elle utilisera dans les nurseries anglaises pendant la guerre.

  • L’ANALYSE des ENFANTS

Pour Anna Freud, l’analyse des enfants nécessite une modification du cadre analytique parce que l’enfant ne cherche pas d’aide auprès du psychothérapeute, parce qu’ils ne peuvent pas faire l’historique de leurs difficultés et parce que la méthode analytique doit lui être enseignée. Enfin, l’enfant ne peut pas associer comme un adulte, ce qui nécessite l’utilisation du jeu pour pouvoir accéder aux conflits inconscients

Pour Anna Freud, l’élément le plus important tient sans doute au fait que l’enfant ne peut pas développer le même type de transfert que l’adulte puisqu’il n’a pas traversé le complexe d’oedipe et qu’il n’a pas internalisé un Surmoi.

  • La NAISSANCE de la PSYCHOLOGIE du MOI

En 1936, Anna FREUD publie Le Moi et les mécanismes de défense qui contribue au développement d’un nouveau courant théorique appelé l’ego psychology. Avec Hartman, le livre dresse les grande lignes de ce courant qui fait une grande place a la réalité et aux mécanismes de défense.

  • Les ENSEIGNEMENTS de la GUERRE

A la demande d’une association la American Organisation Forsters Parents Plan for War Children basée à New-York, Dorothy Burlingham et Anna Freud prennent en charge trois orphelinats de la région de Londres. Elles décrivent leur travail dans deux livres, War and Children et Infants Without Families : Reports on the Hampstead Nurseries dans lequel elles documentent les effets des séparations et des pertes précoces sur le développement des enfants. Après avoir décrit les effets immédiats et a long terme de la séparation des enfants de leurs familles, les auteurs identifient trois besoins primaires : 1) le besoin d’échange affectueux avec une figure maternelle; 2) le besoin de stimulations des potentialités innées et 3) le besoin d’une continuité de soin

Dorothy Burlingham et Anna Freud sont parmi les premières a décrire le développement des relations dans les premiers mois de la vie de l’enfant. Elles décrivent comment l’enfant s’attache à sa mère et comment cet attachement sert de modèle pour les relations suivantes. L’expérience acquise pendant la guerre a contribué a mieux comprendre les besoins psychologiques de l’enfant. Elle a aussi servi de base à la théorie développée les années suivantes par Anna Freud.

  • Les GRANDES CONTROVERSES

A partir de 1926, Anna Freud et Melanie Klein commencent un débat sur le traitement psychanalytique des enfants. Encouragée par son analyste Karl Abraham, Melanie Klein fait l’hypothèse d’une vie fantasmatique aussi riche que primitive chez l’enfant. Elle décrit un développement qui va d’une position schizo-paranoïde à une position dépressive, fait l’hypothèse d’un surmoi précoce antécédent au complexe d’oedipe, et affirme que la psychanalyse des enfants n’est pas différente de celle des adultes si l’on met de côté quelques aménagements techniques.

Entre 1941 et 1945, le conflit entre Anna Freud et Melanie Klein s’intensifie. Anna Freud accepte de participer de 1942 a 1944 a des conférences qui deviennent célèbres sous le nom de Grandes Controverses afin de mettre fin à une querelle qui menace toute la psychanalyse en Angleterre. Finalement, les psychanalystes anglais décident de former trois groupes : les kleiniens, le middle group et les annafreudiens

En 1948, Anna Freud organise un programme de formation pour les travailleurs sociaux des pouponnières. Elle accepte des non-médecins, dérogeant à une règle en pratique dans les instituts psychanalytiques américains, ce qui réalise une controverse traversée par la communauté psychanalytique quelques années plus tôt. Theodor Reik, non-médecin,a été accusé d’exercice illégal de la médecin. Sigmund Freud avait écrit La question de l’analyse profane (Freud, 1926b) pour défendre son élève Sa thèse était que la psychanalyse ne devait pas être considérée comme une discipline médicale.

Après la guerre, les travaux d’Anna Freud gagnent une renommée internationale. En 1952, elle inaugure la Hampstead Clinic. Elle y sera directrice jusqu’à sa retraite. En 1965, elle récapitule son expérience dans Normality and Pathology in Childhood : Assessment of Development (Freud, A., 1965). Elle y décrit le développement de l’enfant en termes de lignes de développement.

Anna Freud meurt le 9 octobre 1982 à l’âge de 82 ans.

  • L’HERITAGE

Anna Freud est une des inventrices de la psychanalyse des enfants. Elle a intégré les théories de son père en donnant la prévalence au point de vue structural en donnant une plus grande extension à son modèle. L’Ego psychology qu’elle crée avec Hartman permet de mieux comprendre le développement de l’enfant

  • THEORIE du DÉVELOPPEMENT

Anna Freud a centré son attention sur le moi et ses mécanismes de défense. De son père, elle reprend l’idée que le développement de l’enfant suit une succession de stades. Elle propose que maturation de l’enfant suit des lignes de développement qui correspondent a des tâches qui incombent à l’enfant. Par exemple, la ligne de développement qui va de l’allaitement à l’alimentation rationnelle suit les étapes suivantes : 1) alimentation au sein ou au biberon a heure fixe ou a la demande; 2) secrage; 3) passage de l’alimentation passe à l’alimentation active avec ou sans ustensile; 4) alimentation active avec des couverts; 5) estompage progressif de l’équation nourriture-mère pendant la période oedipienne; 6) estompage progressif de la signification sexuelle de l’acte de mange. De la même manière, l’enfant passe du corps au jouet et du jeu au travail. Le jeu est 1) une activité érotique incluant la bouche; 2) les propriété du corps de la mère et de l’enfant sont transférés à un objet mou; 3) l’attachement a un objet transitionnel évolue vers d’autres objets mous de forme variée; 4) les jouets que l’on peut serrer contre soi perdent de leur intérêt sauf au moment du coucher — l’enfant utilise des jouets du type remplir et vider ou ouvrir et fermer, du matériel de construction, des personnage; 5) la satisfaction directe du jeu laisse place au plaisir du résultat de l’activité; 6) l’aptitude au jeu se transforme en aptitude au travail : contrôler, inhiber, modifier les tendances qui pourraient conduire a utiliser le matériel de manière agressive et destructrices; exécution de plans prévus à l’avance; réussir le passage du plaisir instinctuel au plaisir sublimé, du principe de plaisir au principe de réalité

Contrairement à Sigmund Freud qui reconstruit le développement de l’enfant à partir de la cure adulte, Anna Freud part de données d’observation. Les progrès sur les lignes de développement nécessitent des moments de régression. Ainsi, les descriptions données sur les lignes de développement peuvent être utilisées pour évaluer le niveau de préparation de l’enfant à différentes expériences ou identifier les déficits de l’enfant. Elle propose que le niveau atteint dans une ligne de développement est une combinaison des pulsions, du développement du Moi et des relations avec l’environnement.

  • Les LIGNES de DÉVELOPPEMENT selon Anna FREUD
  • Les MECANISMES de DEFENSE

L’étude des mécanismes de défense est une autre grande contribution d’Anna Freud à la compréhension du développement de l’enfant. Les mécanismes de défense ont été introduits par Sigmund Freud (Freud, 1894) avec le refoulement comme modèle. Pour Anna Freud, le refoulement est motivé par trois types d’anxiété : 1) l’anxiété pulsionnelle ) l’anxiété surmoïque et 3) l’anxiété objectale

Dans le cadre de l’anxiété pulsionnelle, le Moi se défend contre les pulsions. La défense est une conséquence du conflit entre le Ca et le Moi. Dans le cadre de la cure, la défense peut être dirigée contre l’analyste puisque celui ci tente de mettre a jour les éléments inconscients. Lorsque l’anxiété vient du Surmoi, le conflit est entre le Surmoi et le Moi, le premier punissant le second pour avoir fait une place aux pulsions agressives ou libidinales; Enfin, l’anxiété peut être générée par des objets à l’extérieur du Self lorsque le conflit est entre le Moi et la réalité extérieure

  • L’ADOLESCENCE

Anna Freud est une des première analystes à s’être intéressée a l’adolescence. Elle identifie deux mécanismes spécifiques de cette période du développement, l’identification à l’agresseur et la renonciation altruiste. Elle développe l’idée que l’adolescence est une perturbation normale du développement. Les troubles de cette période sont aussi nécessaires qu’inévitables même si certains adolescents s’en défendent en donnant l’impression d’une transition sans heurts vers l’âge adulte. L’adolescent est un être de contradiction, à la fois égocentrique et altruiste, soumis à un leader et défiant l’autorité, pessimiste et optimiste, enthousiasme et indifférent…

  • Le DIAGNOSTIC PSYCHANALYTIQUE

Anna Freud a créé un profil diagnostic pour les analystes d’enfant qui prend en compte les challenges développementaux auxquels les enfants doivent faire face. La capacité de l’enfant à se développer progressivement est pour elle l’élément le plus important à déterminer, ainsi que l’identification des mesures à prendre pour que le développement de l’enfant reprenne. Pour arriver à un tel diagnostic, le clinicien doit avoir une compréhension précise de que ce que l’enfant arrive à faire en termes de développement.

PROFIL DIAGNOSTIC (Anna FREUD)

Anna Freud est une des premières psychanalystes a s’aventurer dans le traitement des enfants. Elle a des points de désaccord avec Melanie Klein sur la nature du traitement psychothérapique donné aux enfants. Elle considère que le psychanalyste doit prendre en compte les spécificités de l’enfant. En effet, ceux ci demandent rarement une aide psychothérapeutique, ne peuvent pas faire l’histoire de leurs problèmes, ne peuvent pas librement associer comme les adultes et ne développent pas une névrose de transfert

Dans Le Moi et les mécanismes de défense, Anna Freud poursuit le point de vue structural commencé par Sigmund Freud. Son travail et celui de Hartman dessine une nouvelle théorie psychanalytique appelle l’ego psychology. Il concerne plus particulièrement les mécanismes de défense qu’elle décrit avec précision. Elle ajoute a la liste de Sigmund Freud les mécanismes de défense suivants : l’altruisme, l’ascétisme, l’évitement, le déni, le déplacement, l’identification à l’agresseur, l’intellectualisation et la sublimation

A la Hampstead Clinic, de 1941 à 1942, avec Dorothy Burlingham, elle défend l’idée qu’il est nécessaire de satisfaire les besoins psychologiques des enfant surtout quand il sont dans une situation de fragilité.

Pour Anna Freud, le développement est fait d’aller retour le long de plusieurs lignes de développement. Un enfant peut se développer dans une ligne de développement et être en retard dans une autre. Le niveau atteint dans une ligne de développement dépend finalement des interactions entre les pulsions, le Moi, et les réponses de l’environnement. Enfin, elle propose une méthode de diagnostic utilise la théorie de l’ego psychology pour évaluer le statut de l’enfant

VOIR AUSSI

Coles, R. (1992). Anna Freud: The dream of psychoanalysis. Addison-Wesley Longman.

King, P., & Steiner, R. (2005). The Freud-Klein Controversies 1941–45. Routledge.