Un Népalais à Plouézec grace à l’Esperanto

De Razen Manandhar (Nepal)

Les 16emes Rencontres Internationales de Plouézec, jolie petite ville du bord de mer dans le nord-ouest de la France, était l’autre grande partie de mon voyage en France. Les Rencontres ont eu lieu du 18 au 25 août 2012. J’ai voyagé de la Maison Culturelle de Grésillon, à Plouézec le 18 août, en voiture, en compagnie de Monique Gerbay et de Danielle Fontaine. Le jeune brésilien Igor Ferreira était également des nôtres.

Le soir tombait quand nous avons atteint la salle des fêtes de Plouézec. Jean Claude Dubois et Roger Eon, qui ont tous deux visité le Népal, nous ont accueillis.

Lors de la cérémonie d’ouverture, Jacques Mangold, le maire, a accueilli les participants, soit une centaine d’espérantistes de divers coins de France, mais aussi de Belgique, de Roumanie, de Hongrie, du Brésil et du Népal.

Igor et moi, les invités d’honneur, avons reçu des bonnets bretons, pendant que quelques organisateurs coiffaient des chapeaux népalais.

Pauline Eon, Elisabeth Le Dru, Perla Mielo, Anne Jausions, Claude Jausions, Rodica Todor et moi-même Razen Manandhar avons enseigné l’espéranto aux enfants, aux débutants et aux confirmés. De plus, divers ateliers étaient proposés : dessin celtique, chorale, théâtre, yoga, jeux en espéranto et informatique,

dirigés par Jannine Royou, Perla Mielo, Laurent Peuch, Marie Savary, Elisabeth Le Dru, et Pierre Cardonna. Des examens espéranto étaient proposés, une dizaine de stagiaires ont tenté et réussi ces épreuves. Amapola Triguero a proposé son service de librairie durant toute la semaine.

J’ai enseigné l’Espéranto à environ 14 élèves. Ils étaient tous plus âgés que moi et avaient une bonne expérience du mouvement espéranto de leur région. En fait, cela s’est déroulé un peu comme un séminaire — je leur proposais des thèmes intéressants, par exemple : vie personnelle, politique, religion, amour, argent, le mouvement esperanto — et ils en discutaient vivement. Je leur ai montré que l’Espéranto est vraiment une langue internationale et que l’on peut très bien communiquer sans l’aide d’aucune autre langue.

Chaque après-midi ont eu lieu des excursions en deux groupes, guidées par Maryvonne et Jeanne. Les principaux sites visités furent la plage Bonaparte, le moulin de Craca, la pointe de Bilfot, la pointe de l’Arcouest, la plage de Gwinzegal, la chapelle de Kermaria, le temple de Lanleff, l’abbaye de Beauport, le musée des Islandais, le Sentier Musical, l’élevage des abeilles. Pour finir, nous avons visité le jardin de Marie Eon où sont exposées ses belles sculptures de bois.

La publication de mon interview et d’une grande photo dans le fameux journal “Ouest-France” (du 24 août) fut un grand moment pour moi. L’intérêt essentiel, pour moi, à Plouézec, était de comprendre le mouvement en faveur de la langue maternelle des bretons. En fait, ils possédaient une langue très riche qui faisait partie de leur vie et de leur culture. Mais après la Révolution Française, au 18eme siècle, le gouvernement a peu à peu interdit son usage. Actuellement, peu de gens la parlent encore. Mais depuis quelques années, ils ont entrepris un nouveau mouvement pour redonner vigueur à la langue bretonne. Maintenant, même ceux qui ne la pratiquent pas, sont fiers de leur langue maternelle et disent qu’ils ne pourront pas vivre sans elle. La situation des droits linguistiques est semblable au Népal. Il y a plus de cent langues au Népal, mais nous devons utiliser la langue gouvernementale dans les écoles, les laboratoires, les tribunaux, dans la police. En ce moment, au Népal aussi, les usagers de langues locales luttent, pour conserver leur langue maternelle. A nous de tirer la leçon de l’exemple de Plouézec !

Chaque jour, après le repas du soir, a lieu un programme divertissant. Samedi, c’était la traditionnelle soirée de “connaissance”, dimanche, le fameux chanteur Yélane a interprété des chants français, et lundi, nous avons dansé les traditionnelles “danses bretonnes”. Mardi, j’ai présenté le Népal au moyen de vues, de petits films et de chants. De nombreuses questions au sujet de la politique, de la culture et de la société népalaises ont été posées. Mercredi, chacun a pu chanter des mélodies de son pays. Aussi, j’ai chanté deux chants du Népal que j’ai moi-même traduits en esperanto : “Diris mia amiko ke.. ; “ et “ Silko fluanta “. Jeudi, Igor a présenté le Brésil. La soirée d’adieu du vendredi fut mémorable. Théâtre, chorale et autres chants furent présentés. J’ai répété mes chants en espéranto. La présentation de l’équipe de la cuisine fut sans doute la plus belle — l’âge n’est pas une limite pour ceux qui savent vivre heureux ! Plouézec et Katmandou sont jumelées depuis deux ans grâce au travail d’espérantistes des deux jolies petites villes, où l’Espéranto fleurit comme langue de l’amitié. Ma visite à Plouézec est un maillon de la chaîne de ces relations. Ainsi, au travers de la langue internationale, j’ai pu faire connaître le Népal aux espérantistes de Plouézec (et aussi, bien sûr, à d’autres parties de France et à d’autres pays).

Vraiment, les Rencontres de Plouézec sont une occasion unique pour découvrir la richesse culturelle de cette société espérantiste du bord de mer. En prenant part aux Rencontres, j’ai pu constater qu’elles évoluent vers le “ Village Espéranto” à l’image de la “Ville Espéranto” d’Herzberg, en Allemagne. Ceci est le résultat du travail rigoureux des militants de Plouézec depuis 16 années.

Tout de suite après les Rencontres, les participants s’en sont allés, les uns après les autres. Le 26 août au matin, j’ai quitté la maison de Monsieur Eon, mais Madame Lamy, de Nantes, est arrivée seulement le 27.

Heureusement, Monsieur Jean-Louis Le Brizault m’a invité et m’a accueilli dans sa maison pour la journée. En tant que montagnard, j’aspire à voir la mer et je lui suggérais une balade au bord de mer — j’ai vécu près de la mer pendant une semaine sans pouvoir y tremper les pieds ! — hé bien, allons –y ! Mais, tout à coup, le ciel s’est couvert et le vent s’est mis à souffler, il pleuvotait et bientôt l’orage menaçait. Mais je ne me résignais pas bien que la marée soit basse, et je me baignais, jouissant des vagues pendant une demi-heure.

Je n’oublierai jamais cette belle région et l’accueil enthousiaste des gens de Plouézec.