La vie secrète des hassidim

Par Julien Hivon

Je profite de mon voyage en autobus vers New York pour commencer la lecture de La vie secrète des hassidim de Sandrine Malarde. Belle coïncidence quand je découvre que les villes de Montréal et de New York regroupent les populations hassidiques les plus importantes.

La sociologue Sandrine Malarde a fait le même constat que moi. Comment une communauté — qui semble vivre dans un temps décalé — peut-elle cohabiter dans un des quartiers les plus progressistes de Montréal ? En plus de déconstruire les stéréotypes et les représentations erronées attachées à cette communauté, cet essai apporte des éléments de réponse sur la notion d’identité qui nous concerne tous et toutes.

“L’autre” dépend plus de stéréotypes que de l’expérience directe entre voisins, ces exercices d’ouverte à “l’autre” peuvent avoir un impact positif sur les relations de voisinage, car ils favorisent le dialogue et l’échange.

Sandrine Malarde a réalisé cette enquête de terrain dans le cadre de son mémoire à l’Université de Montréal. En plus des témoignages de la communauté, l’auteure s’est appuyée sur des recherches antérieures pour documenter son argumentation et donner une suite logique. Le tout reste suffisamment bien expliqué et vulgarisé pour être accessible à tous et toutes. Nul besoin d’avoir suivi des cours de théologie pour lire cet essai.

La vraie force de cet essai, c’est d’avoir donné la parole à ces jeunes qui ont décidé de s’affranchir de la communauté. L’auteure utilise ses entrevues pour démontrer comment une identité se construit et se renforce à travers la socialisation, la prévention, les récompenses et le renforcement externe. L’affranchissement d’un milieu social est un acte difficile. Il semble être d’autant plus dur quand votre vie est dédiée aux études religieuses.

Tous se plaignent d’un manque de liberté, d’options et de choix, du peu d’individualité, du fait de devoir toujours de conformer et de l’obligation de suivre les normes communautaires et religieuses qui les forcent trop souvent à mettre leurs désirs et leurs envies de côté.

L’essai revient aussi sur les dernières polémiques entourant cette communauté comme le problème des écoles illégales au Québec sans jamais se détourner de son premier objectif qui est de connaître “l’autre”.

Les mots de l’auteure sont accompagnés de quelques photographies de Philippe Montbazet qui a exploré les traditions religieuses des migrants au Québec. On dit qu’une image vaut mille mots. Ici, les 216 pages de l’ouvrage ne sont pas de trop dans un contexte où les représentations erronées monopolisent trop souvent le débat.

Cet essai m’a permis de porter un nouveau regard sur cette communauté religieuse. En espérant qu’il aura le même effet chez les autres lecteurs.


Bibliographie

La vie secrète des hassidim

Sandrine Malarde

XYZ, 2016

216 pages