Et si on devenait des explorateurs du savoir ?

Je n’ai jamais été très copain avec l’école. En fait plus précisément je n’ai jamais été très copain avec la façon d’enseigner. J’ai toujours été à l’école avec plaisir même à l’époque du lycée où je me faisais plus d’une heure de transports pour y aller. Je fais partie de ces gens qui ont abandonnés leurs études en cours de route mais c’est un choix que je ne regrette à aucun moment parce que je me suis rendu compte que j’ai appris beaucoup plus en dehors de l’école que pendant que j’y étais. Rester des heures entières à écouter un prof parler, prendre des notes, ce n’était pas vraiment la meilleure méthode pour moi apparemment. Mais voyons ça avec un autre exemple.

A l’âge de 6 ans, mes parents m’ont inscrit au conservatoire pour des cours de guitare. Pendant 6 ans j’ai suivi des cours semaines après semaines et malgré ça j’étais loin d’être un bon guitariste (voire très loin). Et encore heureusement que ce conservatoire n’obligeait pas de pratiquer le solfège sinon j’aurais lâché encore plus vite. En fait ce n’est que 4 ans plus tard que j’ai vraiment commencé à m’y intéresser et à devenir bien meilleur. Le déclic : j’ai commencé à écrire des chansons, quelques semaines après je montais un groupe et c’est devenu une vraie passion. De mes 16 ans à mes 22 ans, j’ai consacré une grosse partie de mon temps libre à la musique. Je suis devenu meilleur guitariste mais surtout je me suis ouvert à d’autres disciplines. J’ai appris à écrire des chansons et les techniques d’enregistrement et de mixage, je me suis découvert un talent de chanteur, j’ai amélioré significativement mon anglais, développé mon envie de créer,…

Puis la même chose s’est reproduite avec le dessin, l’écriture d’histoires, le webdesign,… Toujours la même approche, les mêmes mécaniques d’apprentissage. J’apprenais là où les méthodes traditionnelles avaient “échouées”. Il m’a fallut quelques années et plusieurs lectures sur le sujet pour comprendre pourquoi et en découvrir la structure. J’étais à chaque fois un explorateur du savoir

Trouver son sujet

Enfant, j’étais passionné par les animaux. Tellement passionné que je dévorais les encyclopédies qui trainaient à la maison. Une question sur un animal ? J’étais capable de te dire dans quel tome chercher et limite te donner la page. Aujourd’hui encore je connais souvent plus d’espèces animales que la moyenne des gens. Au collège, je suis tombé amoureux des aventures des chevaliers de la table ronde et de mythologie et encore une fois j’ai dévoré tout ce que je pouvais trouver sur le sujet. La musique a démarré de la même façon, par la curiosité qui se transforme en passion, passion qui donne des capacités hors du commun quand il s’agit d’explorer un sujet.

Être passionné par un sujet (ou au moins s’y intéresser vraiment) est souvent la clé de la motivation. A l’école la plupart des élèves s’ennuient car le sujet n’est pas intéressant à leur yeux. Parfois pire car il arrive que les sujets qui peuvent les intéresser est rendu chiant à souhait par un prof ou un environnement inadapté. Quel est l’intérêt d’apprendre l’anglais ou l’arithmétique quand on a 15 ans ? Aucun ! Sauf si on sait le rendre utile et passionnant. L’anglais va te permettre de discuter avec cette charmante jeune fille étrangère rencontrée à la plage par exemple. C’est plutôt une bonne raison non ?

Il existe d’ailleurs plusieurs façon d’entrer dans un sujet et de s’y passionner. La première c’est souvent l’attirance envers un sujet sans qu’on sache trop pourquoi. Ensuite par l’intermédiaire d’une autre personne qui nous partage et nous communique sa passion pour un sujet. La dernière façon c’est par la résolution d’un problème et la nécessité. Quand j’ai quitté le cocon familial, je n’étais pas un grand spécialiste de la cuisine. Je savais faire cuire des pâtes et cuisiner deux ou trois petites choses mais sans plus. Et puis à force de manger toujours la même chose j’ai essayé d’autres choses jusqu’à pouvoir presque tout cuisiner.

Apprendre en faisant

Comme on dit c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Cette expression est réellement pleine de vérité. On peut apprendre tout ce que l’on veut, ça ne fait pas de nous quelqu’un qui sait faire et comprends les choses. Je me suis beaucoup intéressé à la théorie de certains sujets : les arts martiaux, le skate, la forge mais est-ce que connaître ces sujets par cœur fait de moi un artiste martial, un skateur ou un forgeron ? En aucun cas. Au contraire les sujets que je maitrise le mieux sont ceux que j’ai pratiqué le plus. Ceux pour lesquels je suis quasiment autodidacte d’ailleurs.

Au collège j’ai commencé a dessiner. A force de lire des mangas, j’ai eu envie de m’y mettre. Comme souvent j’ai commencé en recopiant le travail des autres. Je dessinais des personnages de Dragon Ball dès que j’en avais l’occasion. Je dois avouer que j’ai la chance d’avoir des facilités dans ce domaine mais comme tout le monde, mes premiers dessins étaient plein de défauts, d’erreurs de proportions,… Mais j’aimais ça alors j’ai continué et au fur et à mesure je me suis améliorer. J’ai alors commencé à lire des livres sur le dessin pour apprendre les proportions et la perspectives. Je mêlais la théorie à la pratique. C’était plus simple de cette façon, je bloquais sur un truc, je cherchais une solution dans la théorie ou chez un ami, je faisais des essais et je l’incorporais. J’ai fonctionné de la même façon quand j’ai commencé le design graphique, j’ai appris à utiliser les logiciels, puis à en comprendre les mécanismes et j’appliquais ce que j’avais appris pour m’améliorer toujours.

Beaucoup d’études de neurosciences démontrent d’ailleurs que c’est la meilleure façon d’apprendre quelque chose. La pratique avant la théorie permet s’investir plus complètement dans le processus et plus de sens sont mis à contribution plus le cerveau enregistre l’information. Mais surtout la pratique oblige à répéter encore et encore les mêmes mouvements jusqu’à ce qu’ils se perfectionnent et qu’on les intègrent.

Explorer le savoir

Comme pour le dessin, ma passion pour les mangas et les comics, m’ont conduit vers de nombreuses voies. Comme un explorateur en partant d’une petite chose, j’en ai découverte d’autres qui m’ont ensuite conduite vers encore plus de sujets incroyables. D’abord le dessin qui m’a conduit à faire de la bande dessinée, puis qui m’a mené au graphisme. En partant du graphisme, je me suis ouvert au webdesign, initié au rudiment du code, puis j’ai découvert l’ergonomie, le design d’interface, le game design, autant de disciplines qui m’ont conduites encore plus loin, etc…. Les comics m’ont aussi fait découvrir d’autres sujets comme la biologie qui m’a amenée à comprendre comment fonctionne le corps et le monde puis du monde je me suis intéressé à la physique et aux principes écologiques. En creusant dans un sujet on fini par en découvrir un autre puis un autre et encore un…et tout ça sans même s’en rendre compte.

L’approche de l’exploration est aussi une vraie école de la vie. On part d’un situation, on bloque sur un problème, on s’engage dedans pour trouver une solution, solution venant souvent d’une autre discipline, on teste jusqu’à notre problème en ayant acquis de nouvelles compétences et découvert une nouvelle merveille. C’est une approche bien plus naturelle que celle de bourrer le cerveau d’écolier qui n’ont pas besoin de cette information à ce moment.

D’ailleurs ce qui est encore plus incroyable c’est que cette méthode rend l’apprentissage plus rapide et plus complet. Les expériences d’écoles dématérialisées de Sugata Mitra en sont le parfait exemple :

Alors prêt à devenir un explorateur du savoir ?