De la lecture pour étudiant·e·s en science politique confiné·e·s

Au gré de mes lectures pendant le grand enfermement, je posterai ici des articles, threads twitter et d’autres ressources produites par des chercheur·se·s en sciences sociales, qui me paraissent pouvoir alimenter utilement les réflexions des étudiant·e·s de sciences po (et au delà !) sur la pandémie / sa gestion / ses conséquences…

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#TheEnd #TakeCare #QuartiersPopulaires #AutoPromo. Nous allons bientôt entrer dans le deuxième mois de confinement. La vague épidémique semble avoir été relativement maitrisée (en attendant les suivantes…) ; il en va autrement de la vague des productions de chercheur·se·s en sciences sociales qui n’a cessé de croitre jour après jour. Cela fait maintenant un mois que j’essaie de sélectionner des articles dont la lecture me parait éclairante. Mais je dois avouer que depuis quelques jours, face au tsunami d’articles et de tribunes, je n’y arrive plus… J’ai donc décidé de mettre fin à ce billet que j’avais lancé le premier jour du confinement, sans imaginer que ce dernier durerait si longtemps et susciterait un tel volume de productions. D’autres personnes/institutions dont c’est le métier se sont depuis engagées dans des démarches similaires de repérage et de sélection d’articles (vous en trouverez une liste, partielle, un peu plus bas sur cette page). Je vous invite à aller régulièrement y jeter un oeil pour continuer à bénéficier de l’éclairage des sciences sociales qui, en cette période de crise plus encore qu’en temps ordinaires, nous aident à comprendre le monde.

En guise de point final, je vous signale ma propre contribution au tsunami des tribunes : “Épidémie virale et panique morale : les quartiers populaires au temps du Covid-19”.

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J’espère que celles et ceux d’entre vous qui liront cet article rédigé avec Thomas Kirszbaum et publié hier dans AOC Média estimeront qu’il mérite de figurer dans l’aire bleue du graph sarcastique que j’avais tweeté le 28 mars dernier…

#Ecologie #AgroIndustrie. Je partage cet article de Kate Brown (historienne au MIT) repéré par Pierre Charbonnier, en me contentant de compléter son tweet par une définition : le terme zoonose désigne les maladies infectueuses qui se transmettent entre animaux et humain (ce qui correspond à 3/4 des maladies qui ont émergé au cours des dernières décennies).

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#Histoire #Rupture. Combien de fois a-t-on entendu au cours du mois qui vient de s’écouler que la pandémie du Covid-19 constituait un événement absolument exceptionnel, si exceptionnel que le monde allait s’en trouver radicalement transformé ? On peut pourtant en douter en lisant la mise en perspective historique proposée par Joël Chandelier (Paris 8) : “Covid-19: Non, tout ne va pas changer. Quelques leçons à tirer de l’histoire”.

Pour ce médiéviste, spécialiste d’histoire médicale, “ce qui ne peut manquer de frapper, c’est le caractère exceptionnel de cette crise dans notre monde moderne, mais sa banalité à l’échelle de l’histoire de l’humanité”. Il suffit de se rappeler que la Peste Noire de 1347–1352 élimina près de la moitié de la population en Europe pour relativiser l’exceptionnalité de la crise actuelle. Ce constat de relative banalité l’amène à nous mettre en garde contre l’illusion d’une “prise de conscience” ou d’une “révolution naturelle” consécutive au Covid-19, qui conduirait mécaniquement à une rupture : “les épidémies ne changent que rarement le cours de l’histoire, mais elles l’accélèrent”.

#Philosophie #Foucault #Biopolitique. Les concepts de biopolitique et de biopouvoir forgés par Michel Foucault sont sans doute ceux qui ont été le plus mobilisés ces dernières semaines pour penser les dimensions politiques de la pandémie. Et comme souvent avec les concepts foucaldiens, ils ont fait l’objet d’utilisations multiples correspondant à des interprétations contrastées des écrits de l’auteur de Surveiller et punir et de Histoire de la sexualité. Ce qui amène le philosophe Mathieu Potte-Bonneville à s’interroger sur l’utilité de la notion de biopolitique, telle que Foucault l’entendait, pour analyser la crise actuelle.

Dans le billet “COVID-19 : fragments biopolitiques” posté sur son site (dont la visite constitue le meilleur substitut à une chasse aux oeufs pendant un week end de Paques, les pépites intellectuelles remplaçant le chocolat), il rappelle que “l’usage des mots de biopolitique ou de biopouvoir est dans les écrits de Foucault particulièrement labile ; ce sont des balises pour une recherche en cours. C’est aussi leur richesse : à un moment où chacun semble préoccupé de chercher dans le présent la confirmation d’une théorie antécédente, le caractère lacunaire et partiellement contradictoire des remarques de Foucault sur le sujet ont peut-être le mérite de donner à réfléchir sans refermer le jeu”. Dans cette perspective, il distingue quatre versions de l’idée foucaldienne de biopolitique, qui permettent de tracer quatre sillons d’analyse.

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#Démographie #Histoire. Le monde connaitra-t-il un baby boom post-Coronavirus 19 en 2021 ? Il est évidemment impossible de répondre aujourd’hui à cette question, mais l’histoire des pandémies passées peut être éclairant, en particulier celle de la Grippe espagnole de 1918 qui s’est imposée comme l’épidémie de référence à l’aune de laquelle celle du Covid-19 est analysée.

La grippe espagnole de 1918 est-elle responsable du baby- boom de 1920 en Norvège ?”. Dans cet article publié en 2004, l’économiste Svenn-Erik Mamelund se penche sur l’hypothèse d’un baby-boom post-épidémie. Le cas norvégien apparait d’autant plus intéressant que 1. il s’agit d’un pays neutre dans lequel la guerre n’a pas interféré avec l’effet de la grippe espagnole sur la fécondité et la nuptialité 2. les données disponibles sont parmi les plus fiables d’Europe, l’enregistrement des données démographiques n’ayant pas été perturbé par le conflit. Son analyse apporte une réponse claire [spoiler] : l’hypothèse est validée. On peut donc s’attendre à un surcroit de naissance en 2021 (sous réserve que l’on soit déconfiné·e·s d’ici là !)

#Histoire #Sociologie. Deux interviews à lire dans Libération aujourd’hui :

«La compréhension du vivant conduit à penser que l’éradication des maladies infectieuses est impossible ». Dans cet entretien, Patrice Bourdelais (historien, EHESS) revient sur les avancées scientifiques et les politiques publiques qui nous ont conduit à croire que les épidémies appartenaient, pour les pays européens, à un passé lointain. Interview qui me redonne l’occasion d’inciter à lire son article “L’épidémie créatrice de frontières” que j’avais déjà recommandé dans un post précédent.

« Une attention à l’autre qui vient rompre l’isolement ». Le titre donné par le jornal à cette interview ne rend qu’imparfaitement compte du propos de Nicolas Duvoux (sociolgue, Université Paris 8), qui revient ici sur le concept de solidarité, né au XIXe siècle avec les découvertes sur la microbiologie qui ont révélé l’interdépendance des individus en société, et progressivement délaissé par l’Etat au cours des quarante dernières années.

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#Police #Contrôles #Discriminations #Abus. J’ai posté il y a quelques jours un billet sur les contrôles d’attestation de déplacement effectués par les forces de l’ordre. Celles et ceux que le sujet intéresse pourront lire l’article publié aujourd’hui dans The Conversation par Christian Mouhanna (Cesdip) : “Les policiers, pris dans les paradoxes des politiques publiques”. Au delà des abus policiers, il y pointe les risques qui pèsent sur/que font peser les forces de l’ordre qui ne disposent d’aucun équipement de protection contre le virus, et la deconnexion d’une hiérarchie policière dont les directives -élaborées dans l’urgence et sans lien avec les réalités de terrain- suscitent de multiples effets pervers.

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#Histoire #Guerre #Etat. “Nous sommes en guerre” contre le Covid-19. Emmanuel Macron, Donald Trump et quelques autres l’ont déclaré. Le recours à cette métaphore guerrière ne va pas sans poser problème dans des sociétés qui, n’ayant plus fait l’expérience réelle de la guerre, n’ont pas conscience de ce qu’elle implique et de ce qu’elle exige. C’est ce que rappelle David A. Bell, historien à Princeton, dans un article que je vous recommande plus que vivement de lire : «La guerre au virus », le passé d’une métaphore.

En revenant sur les changements massifs entrainés par les guerres à l’ère moderne, cet article nous permet de mieux saisir ce qu’implique la guerre et de mieux comprendre le pouvoir évocateur de ce terme. Sommes nous vraiment prêts à faire la guerre, laquelle implique une mobilisation générale de la société, un déplacement massif des ressources humaines et matérielles, dirigé par l’État central et impliquant l’ensemble des citoyens, vers des tâches particulières urgentes ? Sommes nous prêts à de tels sacrifices ? Et nos dirigeants réalisent-ils ce qu’implique réellement une « guerre contre le Covid-19 ? Plus encore, sont-ils prêts à en payer le nécessaire coût idéologique ?

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#Sociologie #NormesSociales #Civilité. Les articles que je recommande ici sont ceux qui m’ont paru les plus éclairants et accessibles pour mes étudiant·e·s, quelle que soit l’affiliation disciplinaire et institutionnelle de leurs auteur·e·s. Pour une fois, je vais être corporate en incitant à la lecture d’une interview d’une collègue de laboratoire, Carole Gayet-Viaud (sociologue au CESDIP). Au croisement de l’écologie urbaine, d’une sociologie morale des conduites de sociabilité et d’une sociologie politique de l’engagement citoyen, ses travaux sur le côtoiement civil s’avèrent particulièrement éclairants dans le contexte extraordinaire que nous vivons. Dans l’entretien donné à Mediapart (Covid-19: «Chacun compte sur les autres pour connaître et respecter les règles»), elle montre comment le confinement et la « distanciation sociale », en nous contraignant changer de façon très brutale nos usages en matière d’interaction ordinaire, permettent de saisir ce qu’est la civilité.

⚠ Pour les étudiant·e·s de Sciences Po St-Germain : l’interview est accessible via le campus numérique

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Lire des sciences sociales, c’est bien. Participer à la production des savoirs, c’est mieux (ou en tout cas c’est bien aussi). De nombreuses enquêtes sociologiques sur le confinement ont été lancées ces derniers jours. Pourquoi ne pas y participer en répondant aux questionnaires en ligne suivants ?

Confinement et logement : enquête du Centre de Recherche sur l’Habitat (CNRS)

Confinement et logement : enquête de l’Institut Des Hautes Études pour l’Action dans le Logement (Think Tank)

Conditions du confinement des étudiant·e·s : enquête du labo de sociologie de l’université de Reims

Perception et comportements face au Coronavirus : enquête d’un consortium international de 12 universités

Représentations et sensibilités associées au Covid-19 : enquête du laboratoire Ville Mobilité Transport (Université Gustave Eiffel) et de l’Institut du Cerveau (Hôpital Pitié-Salpêtrière)

#Geographie #Mobilités #Globalisation. Pour bien débuter cette quatrième semaine d’un confinement qui a drastiquement réduit les périmètres de nos existences, je vous propose de changer d’échelle avec deux contributions de géographes.

Un texte court d’Eric Verdeil (professeur d’études urbaines à Sciences Po) : Urbanisation et mobilité : réflexions sur les logiques spatiales du COVID-19, qui interroge les liens (trop) rapidement établis entre métropoles et Coronavirus : les périphéries urbaines ne seraient-elles pas les territoires privilégiés de l’épidémie ? plus que sur les lieux, la géographie de l’épidémie ne renseigne-t-elle pas d’abord sur leurs liens ?

Une interview de Michel Lussault (ENS Lyon) : «Le vi­rus est un opé­ra­teur spa­tial. Il nous me­nace, mais il fait lien», dans laquelle ce géographe à qui on doit le concept d’hyperspatialité défend l’idée que le Covid-19 nous permet de comprendre comment nous cohabitons le monde, ce “nous” renvoyant à la fois aux humains et aux non-humains qui se partagent la planète Terre.

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Je ne suis pas le seul, loin s’en faut, à recenser les articles de sciences sociales et tribunes de social scientists sur la crise du Covid-19. Celles et ceux qui veulent aller au delà de ma sélection raisonnée et commentée (somme toute assez limitée) pourront aller faire un tour sur les sites/comptes twitter suivants… au risque de se noyer dans une production exponentielle :

Une sélection d’articles parfois anciens mais qui éclairent toujours le présent sur le compte twitter des Revues en lutte (collectif des revues de Sciences Humaines et Sociales mobilisées contre la réforme des retraites et la Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche)

COVID-19, une pandémie sous le regard de la science politique et des sciences sociales : l’Association Française de Science Politique propose une liste régulièrement actualisée de liens vers des articles et contributions publiés par des politistes et chercheur·se·s en sciences sociales sur tous les aspects de la crise du COVID-19.

Carnet de l’EHESS : perspectives sur le Coronavirus : des billets de chercheuses et de chercheurs de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales qui mettent en évidence les échos entre la crise en cours et des terrains, des objets ou des périodes apparemment éloignés.

La sélection du CERI : le Centre de recherches internationales(CNRS-Sciences Po) propose une sélection de ressources sur le Covid-19 dans le monde et ses enjeux internationaux.

Le sociorama de Xavier Molenat (Alternatives Economiques) : une sélection judicieuse d’articles tweetés par des chercheur·se·s sur l’impact économique et environnemental du Covid-19, les inégalités sociales, les contrastes nationaux dans la gestion de la crise, etc.

La revue de presse économique et sociale de Martin Anota, tout particulièrement recommandée aux étudiant·e·s intéressé·e·s par l’économie, qui seraient frustré·e·s par mon traitement très light du sujet.

Demographers’ contributions to the understanding of the COVID-19 pandemic : une sélection d’articles sur le Covid-19 publiés par des démographes sur le site de l’Union internationale pour l’étude scientifique de la population.

The Syllabus : Coronavirus Readings : des centaines (!!!) de liens quotidiens vers des articles scientifiques et de presse du monde entier couvrant les différentes dimensions de la pandémie (santé, société, économie, politique, technologie, libertés publiques…)

#Économie #Anthropologie #Évaluation #CoûtDeLaVie. Le décompte quotidien du nombre de morts dues au Covid-19 est glaçant. Tout comme le sont les réactions de certain·e·s responsables politiques et économiques ainsi que d’éditorialistes et de polémistes qui, un peu partout dans le monde, mettent en balance la préservation des vies humaines et celle de l’activité économique. Cette mise en balance amène à s’interroger sur ce que valent les vies… et sur la manière dont une même question peut être abordée par différentes disciplines des sciences sociales :

“Sauver une vie vaut-il le coup ?”. Le titre de l’article d’Arthur Charpentier et Béatrice Cherrier (économistes à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université de Cergy) peut choquer. Sa lecture est cependant instructive pour comprendre quelles sont les méthodes employées par la puissance publique pour chiffrer le prix d’une vie, sauvée ou perdue.

Évaluer les vies. Essai d’anthropologie biopolitique. L’article de Didier Fassin vers lequel renvoie le tweet de Xavier Molenat constitue un complément nécessaire à cette approche économique du coût de la vie. L’auteur, médecin et anthropologue, y distingue deux grands types de questions qui se posent en matière d’évaluation des vies : l’évaluation des individus et de leurs actions (en termes de bien, de juste ou de vrai) et l’évaluation des vies en tant que telles. Il rappelle que l’évaluation morale et éthique des vies, c’est-à-dire le jugement porté sur la qualité et la valeur des vies, constitue la part à la fois la plus évidente et la moins visible du politique.

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#ProblèmesPublics #ResponsabilitéPolitique. La publication, mardi 17 mars, d’un article du Monde dans lequel Agnès Buzyn déclarait qu’elle avait alerté dès janvier le chef de l’Etat et le Premier ministre sur la dangerosité du Covid-19, et avait averti ce dernier « que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir » (ce qui ne l’a pas empêché d’animer la campagne parisienne sans scrupule apparent), a marqué le point de départ d’une vaste controverse qui va se poursuivre pendant de longs mois dans les espaces médiatique, parlementaire et judiciaire : comment expliquer le dénuement de la France face au Coronavirus, alors que l’Etat s’était doté de procédures, de budgets et de stocks stratégiques pour faire face à une pandémie virale au début des années 2000 ? et surtout qui, parmi les responsables politiques, assumera la responsabilité de l’impréparation et des (mauvaises) décisions prises pour gérer la crise sanitaire ?

Les saisines de la Cour de justice de la République et les plaintes pénales qui se multiplient, l’institution d’une mission d’information parlementaire puis d’une commission d’enquête, tout comme les déclarations des responsables de l’executif et de celles et ceux de l’opposition en témoignent : la dynamique d’imputation et de mise en responsabilité est au centre de luttes politiques, qui sont aussi des luttes entre interprétations et présentations concurrentes des carences de l’État.

Ces luttes aboutiront-elles à une mise en acte de la responsabilité politique voire à des condamnations pénales ? L’avenir nous le dira. En attendant, le retour sur la canicule de 2003, qui avait fait près de 15000 morts mais n’a donné lieu à aucune pénalisation, peut être éclairant. Afin de comprendre les dynamiques et les luttes d’imputation qui se déployée à la suite de cette crise sanitaire pour aboutir l’absence de mise en responsabilité politique, il faut lire l’article publié par Marc Milet dans la Revue Française de Science Politique en 2005 : «Cadres de perception et luttes d’imputation dans la gestion de crise : l’exemple de “la canicule” d’aout 2003 ».

Je remercie au passage Fabien Jobard pour le signalement de cet article qui m’avait échappé, et je remercie aussi la RFSP qui a réduit le format de ses publications depuis lors : l’article de Marc Milet compte 33 pages et plus de 120 000 signes !!! L’intérêt de cet article dépasse donc son seul contenu : c’est aussi un bon support pédagogique pour des étudiant·e·s qui doivent apprendre à lire en diagonale.

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#BingeReading. De nombreuses maisons d’édition & fournisseurs de ressources documentaires électroniques ont ouvert des accès gratuits à leurs contenus numériques pour les étudiant·e·s, via les bibliothèques universitaires. Profitez en !

Pour les étudiant·e·s de Sciences Po Saint-Germain, la liste des ressources accessibles via la BU de CYU est ici. Vous avez notamment accès aux 10 000 ouvrages de la base Cairn (La Découverte, Presses de SciencesPo, etc.) accès à l’intégralité des bouquets de JSTOR.

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(↑ Création de Clémentine Melois ↑)

#Foucault #Biopolitique #Gouvernementalité. En proposant au milieu des années 1970 le concept de «biopolitique», Michel Foucault a ouvert un chantier de recherche dont on mesure ces jours-ci la fertilité. Avec ce néologisme, le philosophe chauve en sous-pull cherchait à caractériser les nouvelles formes d’exercice du pouvoir qui ont émergé en Europe dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle ; un pouvoir qui portait sur les corps et les populations –autrement dit sur la vie elle-même– et non plus des sujets juridiques et des territoires. Le fait que ce concept foucaldien soit largement remobilisé et discuté en cette période d’épidémie est d’autant moins étonnant que la caractérisation des modèles de gouvernement (ou plus exactement les formes de gouvernementalité) identifiés par l’auteur de Surveiller et Punir s’appuyait largement sur l’examen des réponses apportées aux épidémies de Peste et de Variole.

Comment utiliser Foucault et son concept de biopolitique pour penser l’épidémie de Coronavirus ? La question suscite des discussions stimulantes –à défaut d’être toujours faciles d’accès– dont témoignent les deux articles suivants (repérés et recommandés respectivement par Emmanuel Blanchard et Antonio Casilli) :

Understanding the Coronavirus Pandemic with Foucault ? par Philipp Sarasin

Biopolitics in the Time of Coronavirus par Daniele Lorenzini

Je crains que le lecture de ces articles soit un peu difficile pour des étudiant·e·s de premier cycle, mais les étudiant·e·s en master qui feront l’effort de les lire, notamment le premier, n’auront vraiment pas perdu leur temps de confinement.

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#Histoire #Clash. Un article conseillé par Emmanuel Blanchard, qui n’est pas le plus maladroit pour repérer des perles dans les montagnes d’archives que les social scientists sont en train de produire : COVID-19: When history has no lesson, publié dans le magazine History Workshop Online par Guillaume Lachenal et Gaëtan Thomas.

Dans cet article, les deux historiens ouvrent une controverse disciplinaire : les “leçons du passé” sont-elles utiles pour comprendre et lutter contre la pandémie de Coronavirus ? Tels des Booba des sciences historiques, ils clashent leurs collègues spécialistes de l’épidémie de grippe espagnole de 1918, qui vivent en ce moment leur moment warholien (« 15 minutes of fame »). Pour Lachenal et Thomas, il ne faut pas sous-estimer la capacité de la crise actuelle à résister à l’interprétation historique, surtout lorsque celle-ci se réduit à l’établissement de parallèles, d’analogies ou à l’identification des différences entre les épidémies du passé et celle d’aujourd’hui.

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#Anthropologie #Consommation #Critique. La question qui donne son titre à ce dossier publié en 2008 par la revue Mouvements résonne étrangement douze ans plus tard. La pandémie en cours nous rappelle que certains besoins sont plus vitaux que d’autres, et le confinement nous fait prendre conscience de l’emprise d’un capitalisme libidinal qui est parvenu à orienter et canaliser nos désirs vers des objets et des services toujours moins indispensables. Profitons donc de ce moment de ralentissement contraint de nos vies pour nous interroger : de quoi avons-nous (vraiment) besoin ?

#SurveillanceStudies #Dystopie #Déconfinement. Plus les jours passent (et ils passent de plus en plus lentement, vous ne trouvez pas ?), plus il devient clair que les effets de la pandémie ne se limiteront ni aux centaines de milliers de vies emportées ni aux points de PIB perdus. La pandémie va très probablement avoir de profonds impacts sur nos sociétés et nos systèmes politiques. Si l’on peut espérer que la crise sanitaire et sociale qui en découle conduise à une réévaluation des vertus de l’État providence, dévalorisé et fragilisé par les idées et les réformes néolibérales au cours des dernières décennies, d’autres scénarios sont possibles. On peut ainsi craindre que la dynamique de substitution d’un État-pénitence à l’État-providence analysée et dénoncée par le sociologue bourdieusien Loïc Wacquant se prolonge dans les années à venir avec l’avènement d’un Etat-surveillance digne des pires dystopies, appuyé sur les technologies des grandes firmes de la Silicon Valley. Les dispositifs techniques orwelliens mis en place en Chine pour lutter contre la pandémie en fournissent une illustration et les réflexions en cours sur les conditions d’organisation du déconfinement laissent craindre le pire. Car les dispositifs et mesures attentatoires aux libertés publiques instituées en réponse à une crise laissent des traces une fois celle-ci surmontée, comme on l’a vu en France avec la transcription partielle dans le droit commun des mesures exceptionnelles mises en place dans le cadre de l’état d’urgence post-attentats de 2015.

En matière de surveillance comme pour de nombreux autres sujets sur lesquels la pandémie nous amène à réfléchir, il n’est pas inutile de disposer d’un petit état de l’art pour savoir ce que disent les travaux de sciences sociales. Ça tombe bien, Florent Castagnino a fait le job il y a peu de temps dans un article de la revue Deviance & Société : “Critique des surveillances studies. Éléments pour une sociologie de la surveillance

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#Recréation #Photographie. Sur le site de France Info, 14 photos saisissantes du monde sous l’emprise du Coronavirus

Un article de Mike Davis, professeur d’histoire à l’université de Californie -après avoir été ouvrier dans un abattoir puis conducteur de poids lourds-, publié en 2009 par la revue Contretemps (revue qui se présente comme « un point de rencontre des univers intellectuels et militants, un “carrefour des radicalités”, selon l’expression du philosophe et militant Daniel Bensaïd qui en fut à l’initiative ») : Le capitalisme et la grippe porcine. Il s’agit de la traduction d’un article originellement publié sur le site SocialistWorker.org (revue du Socialist Workers Party, parti politique trotskiste britannique).

Vous l’aurez compris en lisant ces quelques lignes de présentation : Mike Davis est à un universitaire engagé, aussi inclassable que radical, dont les travaux situés au croisement de l’histoire et de la sociologie urbaine sont extrêmement stimulants à défaut de toujours respecter strictement les règles de la méthode scientifique. L’intérêt de son article sur la grippe porcine H1N1 qui a touché le Mexique et les Etats-Unis en 2009 est –comme souvent avec les approches marxistes– de nous proposer une lecture macroscopique qui permet de revenir aux causes profondes des pandémies virales qui touchent le monde. Comme il l’indique en conclusion de son article, « ce qui compte, c’est la configuration d’ensemble : la stratégie pandémique déficiente de l’OMS, le déclin aggravé du système global de santé publique, la mainmise des géants de l’industrie pharmaceutique sur les médicaments vitaux et la catastrophe planétaire de l’élevage industrialisé, véritable délire écologique ».

Je recommande à celles et ceux que cette présentation aura titillé de lire sa Petite histoire de la voiture piégée (en accès libre sur le site des éditions Zones) ou ses deux ouvrages sur Los Angeles et Dubaï, deux mégalopoles qui correspondent, pour Mike Davis, à « des villes hallucinées du néo-capitalisme » : City of Quartz et Le stade Dubaï du capitalisme

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Celles et ceux d’entre vous qui suivent mes conseils se sont non seulement déjà créé un compte sur AOC Media pour avoir accès aux différents articles que j’ai recommandés ces derniers jours, mais ont sans doute déjà épuisé leur droit d’accès gratuit limité à 3 articles par mois. Il va donc falloir envisager un abonnement… Car l’article d’Olivier Borraz et Henri Bergeron, tous deux chercheurs au Centre de Sociologie des Organisations, est vraiment un must read pour tout·e étudiant·e en science politique. Il permet de faire un pas de côté par rapport aux spéculations sur l’impréparation française et aux imputations approximatives qui fleurissent dans l’espace public (i.e. dans les médias & sur les réseaux sociaux), pour comprendre cette impréparation. En considérant l’organisation (ou le déficit d’organisation) inter-institutionnelle de la réponse française à la pandémie, leur article permet de prendre la mesure de l’inadaptation d’une gestion de crise stato-centrée et hyper-centralisée, dans laquelle les collectivités locales, les corps intermédiaires et les citoyens eux mêmes semblent ne tenir qu’un rôle secondaire.

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#MacroEconomie #Inégalités #Géopolitique. Grace à la veille assurée par Xavier Molenat pour Alternatives Economiques (magazine/site que tout·e étudiant·e en sciences sociales devrait lire régulièrement !), je découvre la revue de presse de Martin Anota et, à l’intérieur de celle-ci, une série d’articles éclairants (et pour dire la vérité très flippants) sur l’impact macro-économique de la crise sanitaire en cours. J’en ai sélectionné trois qui convergent autour de l’idée que la crise sanitaire va entrainer le monde dans une récession (voire une dépression) économique de très grande ampleur :

Quelles sont les répercussions des pandémies à long terme ? Un article de Martin Anota justement, dans lequel ce professeur de Sciences Economiques et Sociales s’interroge sur l’impact des pandémies sur les grands agrégats macroéconomiques (PIB, investissement, consommation…), à partir d’une revue de littérature des travaux réalisés sur les épidémies qui ont touché le monde par le passé (en particulier la peste au quatorzième siècle et la grippe espagnole au début du vingtième siècle). Les angoissé·e·s se contenteront de cet article qui se distingue des deux suivants par une conclusion (hypothétique) optimiste : la pandémie pourrait être suivie par une période longue de plusieurs décennies marquées par des taux d’intérêt réels faibles qui offriraient « aux gouvernements une marge de manœuvre importante pour emprunter, non seulement pour absorber le choc immédiat que l’épidémie et les politiques de confinement font subir à l’économie, mais aussi pour financer des projets d’investissement public, en premier lieu la transition écologique, qui sont indispensables pour le bien-être des générations futures. »

Une super Grande Dépression ? Un article beaucoup plus pessimiste de Nouriel Roubini, professeur d’économie à NYU souvent présenté comme celui qui avait prévu dès 2006 la grande crise de 2008, ce qui lui vaut d’ailleurs le délicieux surnom de « Dr Doom ». Dans cet article sombre, le « Dr Catastrophe » ne se contente pas de rappeler que « la crise économique mondiale provoquée par le coronavirus est plus rapide et plus sévère que la crise financière mondiale de 2008 et fait plus de ravages que la Grande Dépression ». Il prolonge en identifiant trois risques (une pandémie qui continue à s’étendre, une réserve insuffisante d’outils de politique économique et les risques géopolitiques que nous connaissons) dont la combinaison pourrait faire basculer l’économie mondiale dans une dépression de longue durée et entraîner l’effondrement des marchés financiers.

Last but not least, The world after corona, article dans lequel Branko Milanovic (économiste serbo-américain, spécialiste des inégalités, rendu célèbre par sa fameuse “courbe de l’éléphant”) aborde l’impact macroéconomique de la pandémie sous l’angle de la distribution des revenus à l’échelle globale, et des conséquences géopolitiques de ces évolutions économiques.

Celles et ceux qui veulent approfondir la question de l’impact économique de la crise sanitaire et savoir ce que les économistes préconisent face à celle-ci trouveront plein d’autres ressources dans ce thread twitter de Mathieu Cocq

#SociologieDeLaSanté #VIH #Anthropologie #Rituels. Malgré des limites évidentes, il est facile et utile de comparer la pandémie actuelle et celle du VIH/sida estime Gabriel Girard, sociologue à l’INSERM : les stratégies de santé publique et leur vocabulaire se ressemblent (mesures de prévention et de précaution, dépistage, traitement, réduction de la charge virale…) ; certains des acteurs de premier plan de la lutte contre le Coronavirus sont directement issus du monde du VIH ; il en va de même pour la critique de la gestion de l’épidémie, qui mobilise des acteurs et des savoir-faire de la lutte contre le sida… Quelles leçons tirer de la lutte contre le VIH/sida pour la lutte contre le Covid-19 ? C’est à cette question qu’il s’attelle dans un billet stimulant qui nous amène à réfléchir (entre autres questions) sur la désignation de boucs-émissaires, sur la construction de frontières entre « bons » et « mauvais » comportements et sur la place des usagers dans notre système de santé.

Gabriel Girard souligne en outre « la nécessité pour nos sociétés de penser brutalement et collectivement le deuil et à la perte des êtres chers et d’inventer des rituels nouveaux par temps de crise sanitaire », en pointant vers un article d’anthropologie(Christophe Broqua et Françoise Loudans, « Soins et lien social. À propos du Patchwork des Noms », Anthropologie et Sociétés, 23(2), 1999) qui m’a particulièrement touché : alors que chaque jour des centaines d’hommes et de femmes meurent et sont enterré·e·s/incinéré·e·s dans l’isolement, sans l’accompagnement de leurs proches, la question des soins à apporter à ces derniers mériterait d’être rapidement posée. Faute de quoi, nos sociétés se condamnent à être durablement hantées pas ces morts dont le deuil n’aura pu être fait…

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#Numérique #DigitalLabor #Surveillance #MustRead. J’imagine que le public étudiant que je vise avec cette page ne clique pas sur tous les liens que je poste, en dépit de mes efforts pour susciter le désir de lire. Et de fait, tous les articles que je recommandent à lire ne “parleront” pas à toutes et tous les étudiant·e·s. Il en va autrement de cette interview du sociologue Antonio Casilli. Plutôt que d’en produire un mauvais résumé, je me permets de reproduire le chapô de cette interview publiée dans A.O.C :

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, devenue depuis pandémie, l’outil numérique est apparu tour à tour comme un moyen de lutte contre la propagation du coronavirus, un outil de contrôle social, un substitut à nos relations avec nos proches, une façon de maintenir une activité professionnelle… Tout se passe comme si du web 2.0 — qui désigne depuis maintenant près de 20 ans ce deuxième âge d’Internet dans lequel les interactions humaines sont simplifiées et accélérées — nous étions passés à un monde 2.0. Face à cette accélération d’une mutation en cours, et à l’affaiblissement des interrogations et des barrières qui en freinaient péniblement la progression, le sociologue Antonio Casilli possède l’avantage d’un regard porté sur le long terme. Professeur en Digital Humanities à Telecom Paris, ses recherches portent principalement sur la politique, la santé et les usages informatiques. Il avait publié il y a déjà douze ans Les Liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ? (Le Seuil), un ouvrage de référence sur ce qu’Internet fait à nos façons de nouer des amitiés, de développer des relations professionnelles ou encore de constituer un couple. Récemment, il s’est intéressé, dans En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic (Le Seuil), à la fausse « promesse » de voir l’intelligence artificielle remplacer l’humain dans son labeur, et les machines finalement faire disparaître le travail. Son regard sur la situation actuelle fait émerger la nécessité de ne pas perdre de vue une approche critique, et un souci démocratique, quand on mobilise des outils numériques qui peuvent par ailleurs se révéler utiles pour lutter contre l’épidémie.

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#Economie Il aura donc fallu deux semaines pour que je tombe sur une tribune d’un économiste qui retienne mon attention. Ce qui renseigne sans doute autant sur mes centres d’intérêt que sur le désarroi de mes collègues économistes, en particulier ceux qui traitent d’économie politique, face à cette crise. Cette tribune a été publiée dans Le Monde par Robert Boyer, une des principales figures de l’école de la régulation , courant hétérodoxe (i.e. critique vis-à-vis des théories néoclassiques) de la science économique qui s’intéresse particulièrement aux crises du capitalisme -ou plus exactement des capitalismes- en mettant les institutions au centre de l’analyse. Sa tribune qui interpelle les économistes est bienvenue vu le contexte et surtout au regard des enjeux que nous aurons à affronter dans les mois et années à venir, quand la crise sanitaire sera dernière nous et qu’elle aura laissé place à une crise économique (et sociale) dont on peine encore à imaginer l’ampleur…

#Histoire. Plus les jours passent, plus le flux d’articles, tribunes, threads twitter produits par des chercheur·se·s en sciences sociales s’intensifie. Et je dois vous avouer qu’après 12 jours de confinement, je commence à me noyer… Dans ce flux exponentiel de productions d’un intérêt très inégal, une discipline se distingue (je le dis d’autant plus aisément que ce n’est pas la mienne) : tant sur le fond que sur la forme, les productions des historien·ne·s l’emportent largement sur celles produites à chaud par des sociologues, politistes, économistes et autres… Nouvelle illustration avec le thread twitter de Mathilde Larrere sur l’épidémie de Choléra au XIXe siècle :

#Statistiques #ProblèmesPublics #Récréation. Rien à ajouter à ce petit cartoon issu du compte Instagram Statistically Insignifiant

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#Histoire #Territoire #Flux #Frontières #Ségrégation. L’épidémie créatrice de frontières”, un article stimulant de Patrice Bourdelais ( démographe et historien), sur la notion de frontière pensée au prisme de l’épidémie.

Pour prolonger ces réflexions d’un historien sur les frontières, enchainez avec celle d’un géographe sur les mesures barrières. Un article court, comme tous ceux qui sont publié par The Conversation (média en ligne alimenté par des experts universitaires), dans lequel Antoine Le Blanc souligne le caractère précaire de la protection apportée par les barrières de différente nature : celles-ci peuvent être utiles en temps de crise, mais à condition qu’elles soient bien positionnées et évolutives.

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#Histoire. Un nouveau thread sur la Peste noire à retrouver sur le compte twitter Actuel Moyen Âge, aussi passionnant que les précédents.

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#SociologieDesSciences #Risques #Controverses. Michel Callon et Pierre Lascoumes reviennent dans cet article publié par A.O.C. sur les causes de l’impréparation française face à l’épidémie, liée aux non-décisions ou aux mauvaises décisions prises par ses responsables politiques et ses autorités sanitaires durant la période d’incertitude qui a été de début janvier à début mars. L’hypothèse développée par ces deux sociologues, co-auteurs avec Yannick Barthe de l’ouvrage Agir dans un monde incertain, est la suivante : l’impréparation française est due à l’emprise d’un mouvement d’idées « anti-précautionniste » né au début des années 2000, quand il a été question d’inscrire le principe de précaution dans la Constitution.

#AnthropologieHistorique #CommunicationPolitique Vous avez sans doute vu passer sur les réseaux sociaux des messages scandalisés et/ou moqueurs après la publication par le quotidien l’Opinion de ces éléments de langage glissés en “off” à des journalistes par des proches du chef de l’Etat :

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Je ne commenterai pas ces “off” et leur traitement journalistique qui me font surtout penser à ce slogan de mai 1968 : «La culture, c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étale». Mais cela me donne l’occasion de vous inviter à lire Marc Bloch (fondateur avec Lucien Febvre en 1929 des Annales d’histoire économique et sociale), dont plusieurs livres sont en téléchargement sur la Bibliothèque des sciences sociales de l’UQAC. C’est notamment le cas des Rois Thaumaturges, dans lequel Marc Bloch s’interroge sur raisons qui ont conduit les peuples, en France et en Angleterre, à croire pendant de longs siècles que les rois avaient des pouvoirs magiques de guérison. Avec ce livre qui s’attache aux représentations que les individus avaient de leur époque, Marc Bloch a ouvert la voie à une histoire des mentalités, en même temps qu’il a renouvelé l’histoire du politique, en explorant les assises profondes du pouvoir.

Les feignant·e·s et les pressé·e·s pourront se contenter de podcaster l’émission qu’Emmanuel Laurentin avait consacrée à ce livre sur France Culture il y a quelques années.

#Histoire. Un thread publié sur le compte twitter de la Société de la révolution de 1848 et des révolutions du XIXe : examen des caricatures publiées lors de l’épidémie de Choléra de 1832, qui “offrent en miroir les peurs et fantasmes d’une société en crise”.

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#Démocratie #Expertise #Genre. Un billet de blog d’Emilie Biland-Curinier (Sociologue et politiste) qui pointe l’asymétrie des expressions profanes et professionnelles dans l’espace public, asymétrie à bien des égards genrée “qui fait obstacle à la prise en charge cohérente, efficace et juste de l’épidémie”.

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#Genre #Feminisme. Une suggestion de lecture qui me vient de Camille Masclet : The Coronavirus Is a Disaster for Feminism. Dans cet article, Helen Lewis (journaliste, auteure de Difficult Women: A History of Feminism in 11 Fights) pointe les effets genrés de la pandémie et du confinement ainsi que les risques qui en découlent pour les combats féministes : “one of the most striking effects of the coronavirus will be to send many couples back to the 1950s. Across the world, women’s independence will be a silent victim of the pandemic”.

#Etat #Anthropocène #RechauffementClimatique #HistoireDesSciences

Une tribune de Bruno Latour (sociologue, anthropologue & philosophe), un des intellectuels français vivants les plus influents dans un monde où la French Theory tend à devenir provinciale. Son titre est un peu trompeur : “La crise sanitaire incite à se préparer à la mutation climatique”. Car le parallèle discuté par Bruno Latour, entre crise sanitaire et crise climatique, le conduit surtout à souligner que les transformations à mettre en œuvre pour répondre à cette dernière sont d’une toute autre nature que les réponses déployées actuellement pour lutter contre la pandémie : “C’est qu’il y a un abîme immense entre l’Etat capable de dire « je vous protège de la vie et de la mort », c’est-à-dire de l’infection par un virus dont la trace n’est connue que par les savants et dont les effets ne sont compréhensibles que par le recueil des statistiques, et l’Etat qui oserait dire « je vous protège de la vie et de la mort, parce que je maintiens les conditions d’habitabilité de tous les vivants dont vous dépendez »”.

Pour découvrir l’œuvre de Bruno Latour, vous pouvez podcaster l’émission-portrait qui lui a été consacrée par Soft power sur France Culture. Dans le contexte actuel, je vous recommande surtout de lire son livre Pasteur : guerre et paix des microbes, ouvrage désormais classique d’histoire sociale des sciences dans lequel, en étudiant le travail de Pasteur entre 1870 et 1914, il montre comment la bactériologie et la société française se sont transformées ensemble.

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#Récréation #HorsSujet #Urba

Un petit break dans ce fil d’analyses de sciences sociales avec The Great Empty, série photo publiée par le New York Times, qui nous emmène de Paris à Delhi en passant par New York, Los Angeles, Milan, Pékin, Téhéran et quelques autres métropoles. Des images saisissantes du vide créé par le virus qui rendent visible, en creux, ce qui fait l’urbanité : une combinaison de densité et de diversité (mixité sociale & fonctionnelle), dans des espaces organisés de façon à maximiser toutes les interactions.

La pandémie a créé des villes sans urbanité.

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[Mise à jour] Après avoir regardé les photos du New York Times, allez lire The uncanny melancholy of empty photographs in the time of coronavirus, article de deux spécialistes d’études photographiques de l’université technologique de Sydney, Cherine Fahd et Sara Oscar, dans lequel elles interrogent notre fascination pour ces images d’un monde vide : “Our attraction to images of the world without us reveals a collective fascination for the apocalypse or, perhaps, extinction”.

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#InégalitésSociales #SociologieDuTravail J’ai publié hier un tweet de Camille Peugny en forme d’accroche pour vous inciter à lire une interview de Dominique Méda. Les analyses du sociologue ne pouvant -en dépit de son sens de la formule !- se réduire à 280 caractères, je vous recommande désormais d’aller lire son interview dans Libération : «Cette crise rend visibles ceux qui sont d’ordinaire invisibles».

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Depuis l’interview d’Agnès Buzyn au Monde mardi 17 mars, les mises en accusation se multiplient : la ministre de la Santé et le reste du gouvernement savaient ce qui risquait d’arriver, et pourtant ils n’auraient pas agi à la hauteur du risque.

A partir d’un corpus bien défini -le très réputé magazine « Science » et les déclarations de l’OMS depuis fin décembre 2019- le sociologue Pascal Marichalar apporte des éléments de réponse à une question déterminante quand il faudra juger des responsabilités de notre impréparation collective : que pouvait-on savoir et prévoir de l’actuelle pandémie et de son arrivée sur le territoire français ?

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Pour éviter qu’un prochain virus vienne -après le Covid-19, le MERS et le SRAS- ravager la planète, la solution est simple : mettre fin au commerce d’animaux sauvages en Chine. Pas si simple en réalité, comme le soulignent Jared Diamond et Nathan Wolfe : « Comment les Français réagiraient-ils à une demande mondiale d’interdiction du commerce du fromage ou du vin rouge si l’on venait à découvrir que ces deux produits provoquaient régulièrement des épidémies ? »

J’espère que ce bref article publié par l’excellente revue A.O.C. vous donnera envie d’aller explorer l’œuvre de Jared Diamond, professeur de géographie à UCLA, et notamment ses deux grands livres, Guns, Germs, and Steel : The Fates of Human Societies (titre bien plus parlant que celui de la traduction publiée par Gallimard : De l’inégalité parmi les sociétés) et Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie. Avec ces deux ouvrages, Jared Diamond construit une histoire universelle qui interroge de manière radicale les rapports des sociétés humaines à la nature, comme le résume Nicolas Duvoux dans une recension croisée dont la lecture est plus que recommandée.

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#Histoire. Encore un formidable thread twitter de Actuel Moyen Âge sur les épidémies médiévales, en l’occurrence sur la peste dans l’empire byzantin et les controverses qui opposent médecins & théologiens autour de LA grande question : « pourquoi la maladie frappe-t-elle ? »

Parce qu’il faut penser à l’après, je vous recommande de lire l’article publié dans le Financial Times par Yuval Noah Harari, professeur d’histoire à l’université hébraïque de Jérusalem et auteur du best-seller international Sapiens : Une brève histoire de l’humanité. Son alerte mérite d’être lue & entendue : si nous n’y prenons pas garde, l’épidémie pourrait marquer un tournant important de l’histoire de la surveillance et transformer durablement nos sociétés...

#InégalitésSociales #SociologieDuTravail. Pour réfléchir aux questions majeures que soulève ce tweet ironique de Camille Peugny (UVSQ-Printemps), je vous recommande de lire l’interview de Dominique Méda publié par Pour lÉco : “La crise du Covid-19 nous oblige a réévaluer l’utilité sociale des métiers

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#PolitiquesPubliques #NewPublicManagement #PolicyFailures
La France en pénurie de masques : aux origines des décisions d’État. Dans cet article, Arnaud Mercier établit la chronologie des faits qui a conduit le pays à délaisser le principe de précaution (stocker des masques pour en avoir en cas de crise) au profit d’une logique bureaucratico-comptable (ne pas trop stocker pour ne pas dépenser plus qu’il ne faut) dont les personnels de santé -et la société- paient aujourd’hui le prix fort. Pas de responsable unique à qui imputer cette défaillance de l’Etat, mais un ensemble de décisions guidées par les principes de « bonne gestion des deniers publics » et les recettes organisationnelles du New Public Management qui, combinés, ont détourné les politiques de protection sanitaire de leurs objectifs initiaux en créant des chaînes de déresponsabilisation.

#Sociologie. Ludovic Lestrelin est un spécialiste des publics du foot et plus précisément du supportérisme à distance. Quel rapport avec la pandémie actuelle ? Aucun ! Si ce n’est que les catastrophes sportives de ces dernières années (Heysel, Sheffield, Furiani, ̶h̶u̶i̶t̶i̶è̶m̶e̶s̶ ̶d̶e̶ ̶f̶i̶n̶a̶l̶e̶ ̶d̶u̶ ̶P̶S̶G̶ ̶e̶n̶ ̶C̶h̶a̶m̶p̶i̶o̶n̶s̶ ̶L̶e̶a̶g̶u̶e̶) l’ont amené à s’interroger sur les risques dans nos sociétés marquées par l’interdépendance généralisée. Il nous propose ici un bon article de vulgarisation de la sociologie du risque, et nous rappelle qu’“une épidémie, c’est aussi de la sociologie” (la réciproque n’est malheureusement pas vraie)

Nota Bene : pour accéder cet article, vous devez vous abonner ou créer un compte sur A.O.C, qui vous donne accès gratuitement à 3 articles par mois

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#Histoire Parce qu’il n’y a pas que la lecture dans la vie, j’ajoute un podcast sur l’invention de la santé publique

Présentation de l’émission sur le site de France Culture :

De la peste bubonique au choléra, la santé est un enjeu majeur tout au long de l’histoire. Mais au-delà des catastrophes sanitaires, se met progressivement en place un système composé de spécialistes et des professionnels reconnus par les pouvoirs publics et par les populations.

Au milieu du 14eme siècle, la peste noire décimait un tiers de la population européenne, soit environ 25 millions de personnes en seulement 5 ans. Une pandémie aux répercussions économiques considérables, qui oblige les pouvoirs publics, les médecins et les habitants à transformer leurs pratiques. Au cours des siècles suivants, la société va peu à peu se médicaliser et les soignants se professionnaliser, jusqu’aux crises de notre système de soin actuel que le gouvernement cherche aujourd’hui à réformer.

Alors comment la santé publique a-t-elle été inventée, des premiers hospices au nouvel urbanisme visant à purifier l’air des villes ? Voilà le sujet qui va nous intéresser aujourd’hui pour ce premier épisode de notre série consacrée au marché de la santé.

#OrganisationsInternationales Un article de Paul Benkimoun (Médecin & journaliste au Monde) sur la réforme de l’OMS consécutive à l’épidémie de maladie à virus Ebola. “L’avenir dira si le monde sera mieux armé pour maîtriser la prochaine épidémie de portée internationale” écrivait-il en 2016. Quatre ans plus tard, on sait malheureusement ce qu’il en est…

Paul Benkimoun, 2016, « Riposte aux épidémies : l’urgence d’une réforme de l’OMS », Les Tribunes de la santé, 51(2), pp. 73–79.

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#HorrorStudies #Zombies
Resident Evil, Dawn of the Dead, Infection, Land of the Dead, The Host, I am a legend, Invasion… Né en 1956 avec le film Invasion of the Body Snatchers (bande annonce ici), le film d’horreur épidémique est devenu un sous-genre prolifique. Quelles sont les raisons de ce succès de l’horreur épidémique ? Qu’est-ce qui pousse certain·es spectateur·rice·s à regarder ces films ? Réponse d’Hugo Clémot (« Une lecture des films d’horreur épidémique », Tracés. Revue de Sciences humaines, 21, 2011) : les amateur·rice·s du genre sont prêt·e·s à supporter l’horreur pour voir et savoir ce qui les horrifie dans l’idée d’épidémie.

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[Nota Bene : le billet qui suit est un mashup d’un ouvrage classique de science politique et d’un billet d’analyse facebook. Et comme souvent, le mashup ne fait pas honneur aux deux originaux !]

Les crises politiques sont des moments de “conjoncture fluide”, suivant l’expression de Michel Dobry (Sociologie des crises politiques, Presses de Sciences Po, 2009 ; ouvrage dans lequel il invite à penser ces crises en termes de désectorisation tendancielle de l’espace social). Comment réagissent les gouvernants pour contrecarrer les processus de délégitimation rapide qui sont à l’œuvre dans ces contextes de “conjoncture fluide” ? S’agissant de la crise politique liée à une épidémie globale, les stratégies sont diverses [travaux pratiques : lire et comparer les discours de Xi Jinping, d’Emmanuel Macron et Boris Johnson] mais aussi à échelles variables. Dans le cas de la Chine, où la gestion de l’épidémie a été vivement critiquée pendant de longues semaines, c’est à la double échelle nationale et globale que s’est déployée l’action de propagande du Parti Communiste Chinois, avec un succès certain…
Cf. l’article de Vanessa Molter “Pandemics & Propaganda: How Chinese State Media Shapes Conversations on The Coronavirus” où l’on voit que la “guerre contre le coronavirus” se joue aussi tout autant dans les hôpitaux et dans les villes que sur internet.

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#Histoire. Une petite plongée dans les archives parlementaires : compte-rendu de la séance du vendredi 25 octobre 1918 de la Chambre des Députés

Sur les conseils -toujours avisés- de Patrick Hassenteufel, j’ajoute trois tribunes publiées ces derniers jours :

Une tribune de Romain Lecler (politiste, auteur de Sociologie de la mondialisation, ed. La Découverte), sur cette épidémie globale qui nous aide à comprendre ce qu’est la globalisation.

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Une tribune de Guillaume Devin (politiste, spécialiste des relations internationales) sur le Covid-19 et le multilatéralisme

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Une tribune d’Anne Rasmussen (historienne, spécialiste des politiques de santé) sur épidémies et frontières

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Je poste cette interview publiée par la Semaine de Thionville en guise de teasing, en espérant que cela vous donnera envie d’aller plus loin en lisant les travaux d’Olivier Borraz, directeur du Centre de Sociologie des Organisations et spécialiste des politiques de prévention et de gestion des risques. Ci-dessous, deux de ses contributions : la première permet de découvrir le paysage de la sociologie des risques et les théorisations qui s’y affrontent. Beaucoup plus facile d’accès, la seconde est un débat avec deux autres sociologues spécialistes des crises sanitaires.

Oliver Borraz (2013) « Pour une sociologie critique des risques » in Dominique Bourg (dir.) Du risque à la menace. Penser la catastrophe. Presses Universitaires de France, pp. 237–256.

Olivier Borraz, Virginie Gimbert et Didier Torny (2007) « Regards sur la sécurité sanitaire en France », Horizons stratégiques, 3(1), pp. 63–79.

Rappel aux étudiant·es de Sciences Po Saint-Germain : vous avez accès à de nombreuses ressources en ligne (revues, ouvrages de sciences sociales, manuels) via Cairn en passant par la BU de l’université de Cergy. Profitez en !

Quand on connait mal une discipline des sciences sociales (c’est mon cas pour l’économie), il faut se tourner vers des chercheur·ses et/ou des journalistes qui savent faire preuve de pédagogie, en rendant compte de façon claire des débats. Pour l’économie, j’apprécie les chroniques et billets de Marie Viennot, journaliste au service économie de la rédaction de France Culture, qui est à la fois très claire et soucieuse de pluralisme (ce en quoi elle se distingue très très nettement de la majorité des chroniqueurs éco qu’on voit/entend dans les médias…).

Son papier du jour “Faut-il aussi confiner la Bourse ?” en est une illustration, qui donne à voir les points de vue de celles et ceux qui appellent à la suspension temporaire de la Bourse comme de ceux qui s’y opposent, ainsi que les enjeux sous-jacents… tout en nous rappelant qu’en période de crise, ce qui est vrai aujourd’hui ne l’est plus nécessairement demain (ni même dans deux heures !)

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Je vous recommande aussi de consulter son billet (et écouter sa chronique) de novembre dernier sur la crise de l’hôpital, résultat des politiques de pilotage budgétaire mises en place depuis la fin des années 1990. Billet que je résumerais sous la forme d’un adage pour l’avenir : “les petites économies budgétaires d’hier font les grandes crises sanitaires de demain”

Les contrôles des attestations dérogatoires de déplacement dont nous devons tou·te·s nous munir pour sortir des espaces où nous sommes confiné·e·s donnent-ils lieu à des pratiques discriminatoires de la part de la Police nationale ?

C’est la question que je posais dans le tweet reproduit ci-dessus, que j’ai posté jeudi 19 et qui m’a valu une shitstorm de commentaires haineux de la part de trolls d’extrême-droite pour qui les discriminations ethno-raciales sont légitimes, mais aussi de républicanistes radicaux moins scandalisés par les discriminations que par le fait qu’on cherche à les objectiver, ce qui suppose de sortir de l’universalisme abstrait (et donc colourblind) français… L’observation dont je rendais compte était limitée dans le temps (mon “observation” a duré une quinzaine de minutes) et dans l’espace (rue de Ménilmontant dans le 20e arrondissement à Paris). Il est donc tout à fait possible que les pratiques policières soient différentes à d’autres moments et/ou dans d’autres lieux. Il est cependant plus que probable que ces contrôles d’attestations affectent de façon différenciée les personnes en fonction de leur origine réelle ou supposée. Comme l’ont en effet établi Fabien Jobard et René Levy (CNRS-CESDIP) dans une étude sur les contrôles d’identité à Paris, les pratiques de la Police nationale en la matière sont discriminatoires : le fait d’avoir la peau noire entraîne un risque d’être contrôlé 3,3 à 11,5 fois supérieur selon les sites, et le fait d’avoir le type maghrébin un risque 1,8 à 14,8 fois supérieur selon les sites étudiés.

Pour aller plus loin, vous pouvez télécharger le rapport complet de l’étude Police et minorités visibles : les contrôles d’identité à Paris , ou consulter un article qui en est tiré : Fabien Jobard et al. (2012) « Mesurer les discriminations selon l’apparence : une analyse des contrôles d’identité à Paris », Population, 67(3), pp. 423–451.

Comme mon collègue Sébastien Guigner, je suis frappé par toutes ces dénonciations des responsables/coupables qui fleurissent sur les réseaux sociaux et dans les médias, certains incriminant les chinois (!) et/ou les ultra-riches, d’autres accusent le chef de l’Etat et le gouvernement français ou s’en prennent aux citoyens inciviques qui respectent mal le confinement…
Sa suggestion de lecture est pertinente : Deborah A. Stone (1989) « Causal Stories and the Formation of Policy Agendas”, Political Science Quarterly, 104(2), pp. 281–300.

Dans cet article, Deborah Stone souligne l’importance des récits causaux dans la transformation de situations sociales en problèmes publics, avant d’examiner les stratégies politiques employées pour manipuler ces récits causaux.

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Point de rupture historique ? Fin de la globalisation ? Exercice de prospective stimulant (et un brin flippant) de Branko Milanović, économiste americano-serbe spécialiste des inégalités, qui pointe l’enjeu majeur pour l’action publique internationale & nationale : éviter l’effondrement social

https://www.foreignaffairs.com/articles/2020-03-19/real-pandemic-danger-social-collapse

Je ne saurais trop recommander à celles et ceux qui lisent ces lignes de se lancer dans la lecture du livre de Pierre Charbonnier que les éditions La Découverte mettent en libre accès (merci à elles !).

Publié en janvier dernier, Abondance et liberté est un ouvrage majeur, au carrefour de la philosophie politique et la sociologie des sciences, dans lequel l’auteur ouvre des pistes stimulantes pour refonder le projet démocratique en transformant nos modes de vie. Autrement dit, des pistes pour sauver simultanément la démocratie et la planète [à rebours de la petite musique qu’on commence à entendre de la part de certain·es qui semblent penser que le régime politique chinois a des vertus pour conjurer les menaces… alors même que c’est précisément l’inverse !].

J’espère que l’auteur ne m’en voudra pas si j’écris que son livre ne se lit pas comme un roman de gare… Parce qu’il fait appel à des cadres théoriques multiples et souvent exigeants, sa lecture peut être difficile, notamment pour des étudiant·es de premier cycle. Mais je les incite vraiment à tenter le coup en se lançant dans sa lecture.

Le projet de loi d’urgence présenté aujourd’hui (19/3/2020) en Conseil des ministre prévoit la création d’un « état d’urgence sanitaire » autorisant notamment le Premier ministre à prendre par décret des mesures “limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion et permettant de procéder aux réquisitions de tout bien et services nécessaires afin de lutter contre la catastrophe sanitaire”.

Cette extension de l’état d’urgence, trois ans après la fin de celui qui avait été décrété à la suite des attentats du 13 novembre 2015 (fin qui s’est opérée au prix de la transcription dans le droit commun de mesures exceptionnelles à bien des égards liberticides) amène à s’interroger sur cette notion d’état d’urgence et plus globalement sur l’évolution de nos sociétés démocratiques et de l’état de droit.

L’état d’urgence protège-t-il l’Etat de droit démocratique ? Cet article de Tristan Storme, spécialiste de Carl Schmitt, publié dans la revue Mouvements en 2016 constitue une bonne entrée en matière

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« De la crise du coronavirus, on peut tirer des leçons pour lutter contre le changement climatique ». Tribune de François Gemenne et Anneliese Depoux dont la lecture permet de retrouver un tout petit peu d’optimisme dans un contexte anxiogène. Les auteurs estiment en effet que la crise sanitaire que nous traversons peut nous éclairer sur la manière de mener le combat contre le réchauffement de la planète : “les mesures de lutte contre le coronavirus sont des mesures imposées par l’état de nécessité : nous ne les avons pas choisies, nous les subissons. Les mesures pour lutter contre le changement climatique devront être choisies. Comment passer de l’un à l’autre, du subi au choisi ? Tout l’enjeu est là. Car les réponses à la crise du coronavirus sont aussi un appel à retrouver le sens du commun. Et elles nous montrent qu’il est possible de prendre des mesures radicales et urgentes face à un danger imminent. Puissions-nous en tirer les leçons qui s’imposent dans le combat contre le changement climatique.

The evolution of hand-washing, explained by a historian : A brief social history of hand-washing

Interview (en anglais) de l’historien Peter Ward, dans laquelle on découvre comment l’hygiène s’est imposée, au XIXe siècle, comme une responsabilité sociale.

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Je n’ai pas lu l’ouvrage de Peter Ward (The Clean Body: A Modern History) mais son interview fait écho à un autre ouvrage plus que recommandable : Le miasme et la jonquille d’Alain Corbin (Flamarion, 1982)

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L’épidémie révèle les inégalités. Ces inégalités sont évidemment matérielles : la nature de l’épreuve que nous allons vivre au cours des les longues semaines de confinement qui s’annoncent n’est pas la même pour tou·te·s (voir par ex. le “journal du confinement” tenu par l’écrivaine Leila Slimani depuis sa grande et belle maison de campagne). Mais au delà des inégalités matérielles, l’épidémie et le confinement reflètent l’inégalité des vies, comme le rappelle Didier Fassin dans une tribune consacrée aux prisons et centres de rétention.

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Pour aller plus loin sur les inégalités de vie, vous pouvez regarder en ligne la leçon inaugurale donnée par Didier Fassin le 16/1/2020 au Collège de France, où il est Professeur invité sur la chaire Santé publique pour l’année 2020

Toujours sur les inégalités face au confinement, la question SDF : comment confiner dans leur logement ceux qui n’en ont pas ? Comment traiter des personnes qui vivent dans l’espace public quand l’espace public doit être évacué ? C’est sur ces questions épineuses que se penche Julien Damon dans une note pour la fondation Jean Jaures : “Sans-abri et épidémie : que faire ?

#Urban studies. Un petit papier de 2016 dans lequel l’excellent Gilles Pinson [copinage !] souligne la fragilité des métropoles face aux épidémies, pointe les liens entre métropolisation et risques pandémiques, mais aussi le rôle clé des gouvernements urbains pour gérer les crises sanitaires

Gilles Pinson (2016) Métropandémies, CAMBO, n°10, p.41–44

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Pour sortir dans la rue, il faut désormais télécharger et remplir une attestation de déplacement dérogatoire. Nous assistons ici à la première expérimentation à très grande échelle en France d’un instrument d’action publique fondé sur la théorie du nudge (a.k.a. paternalisme libéral).
Une bonne occasion d’aller en découvrir les fondements et les critiques

Recommandé par Michel Lussault, le nouveau livre de Frédérick Keck s’appelle Les Sentinelles des pandémies. Chasseurs de virus et observateurs d’oiseaux aux frontières de la Chine. Teaser en attendant la publication en avril : la préface et l’introduction sont en accès libre sur le site de Zones sensibles

Son interview au journal suisse Le Temps (3/3/2020) : http://www.zones-sensibles.org/wp-content/uploads/2020/03/lt052_societe.pdf

Un petit papier d’urban studies publié au moment de l’émergence du Covid-19 en Chine (mi-fevrier) : Roger Keil Creighton Connolly et S. Haris Ali : “Outbreaks like coronavirus start in and spread from the edges of cities”, The Conversation, 17/2/2020

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Pour une analyse plus développée par les mêmes auteurs : “Extended Urbanisation and the Spatialities of Infectious Disease: Demographic Change, Infrastructure and Governance”, à paraitre dans Urban Studies

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Une tribune signée par trois politistes lillois (Rémi Lefebvre, Nicolas Bué et Fabien Desage) sur le maintien du 1er tour des élections municipales dimanche dernier et la validation des résultats de ce 1er tour : “Le premier tour des municipales n’a pas eu lieu

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Un article de sociologie qui retrace la genèse de la planification de la lutte contre une pandémie grippale (celle du H1N1), en France et au niveau international : Didier Torny (2012) « De la gestion des risques à la production de la sécurité. L’exemple de la préparation à la pandémie grippale », Réseaux, 171 (1), pp. 45–66.

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De formidables threads twitter sur la peste noire au moyen âge. Où l’on voit, comme l’indique le nom de ce compte animé par des médiévistes, que le moyen âge peut éclairer le monde contemporain ↴

Climat et épidémies ont précipité la chute de Rome

Une passionnante interview de Kyle Harper, professeure d’histoire à l’université d’Oklahoma, auteure The Fate of Rome (Princeton University Press, 2017 ; traduction française : Comment l’Empire romain s’est effondré).

Pour accéder à cette interview, vous devez vous abonner ou créer un compte sur A.O.C, qui vous donne accès gratuitement à 3 articles par mois

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Une grippe à cent millions de morts

Recension de : Freddy Vinet (2018) La grande grippe. 1918. La pire épidémie du siècle, Vendémiaire

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extrait d’un dossier de la Vie des idées, réunissant plusieurs recensions éclairantes sur les épidémies, abordées sous des angles multiples : https://laviedesidees.fr/Les-visages-de-la-pandemie.html

Une brève tribune d’un professeur canadien de science politique sur Le grand retour de l’Etat (Frédéric Mérand — 14/3/2020)

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Sociologue, maître de conférence en science politique (Sciences Po Saint-Germain / CESDIP)

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