Le patrimoine catholique est bien vivant

par Mathieu Aubry

« On est rendu habitué de voir Jésus sur la croix, ça fait partie de notre quotidien depuis notre naissance. » En pointant le crucifix qui orne le haut de l’enseigne sortie de son commerce, Patrick Mireault, propriétaire de Maltéhops, boutique spécialisée dans les bières de microbrasserie, souligne que la religion était la manière de réunir les Québécois. Bien qu’il ne soit pas pratiquant n’y croyant, il possède une quantité importante d’objets religieux chez lui. C’est qu’avant d’ouvrir son commerce sur la rue Wellington il y a trois ans, Patrick a travaillé pendant près de 18 ans dans un cimentière multiconfessionnel de Laval, entre « un champ de blé d’Inde et de brocoli, près de l’autoroute 25 ». C’est à cet endroit qu’il a découvert une passion pour les rites religieux et les objets iconiques. « Au cimentière, ça arrivait que des salons funéraires se débarrassent de ces objets parce qu’ils étaient vieux ou parce que les gens étaient moins pratiquants. » Voyant que ces objets allaient certainement se retrouver dans un site d’enfouissement, il a entrepris de les récupérer. L’exiguïté de son commerce est l’une des raisons qui l’empêchent d’exposer et d’intégrer les différents objets qu’il a accumulés au fil des années, dont des crucifix de six pieds de haut. La seconde est l’aspect rebutant que pourraient avoir ces objets auprès de sa clientèle. « J’ai des prie-Dieu, mais le monde trouverait ça trop perturbant » concède-t-il en riant au sujet de ce meuble sur lequel on s’agenouille pour prier.

Crucifix au-dessus de la porte d’entrée du magasin Maltéhops

Visitez des commerces nouvellement ouverts par de jeunes entrepreneurs et il ne sera pas rare d’y trouver des objets à connotation religieuse. On retrouve ces objets dans des bars, des restaurants, des cafés, des salons de coiffeurs, etc. Ils font maintenant partie intégrante du mobilier. On peut penser à des crucifix, des statues de la Vierge Marie ou même des bancs d’églises.

Toutefois, la majorité de ces objets ne provient pas des églises montréalaises qui ferment leurs portes. De par leur importance géographique, les diocèses de Montréal et de Québec, possèdent leur propre réserve diocésaine qui est constituée d’objets récupérés des églises qui ont fermé leurs portes ou de communautés religieuses qui ont dû se débarrasser d’objets. Ce qui n’est pas le cas dans les autres régions du Québec. « Dans les autres diocèses, il y a eu beaucoup de vente lorsque des églises fermes. Ils font alors affaire avec des encanteurs », assure l’adjointe aux Vicaires généraux pour les questions de patrimoine et d’art sacré du diocèse de Montréal, Caroline Tanguay.

La réserve de Montréal existe depuis 1978. À cette époque, de plus en plus d’églises fermaient dû au manque de fidèles, mais également parce que le Québec était en plein changement. « Dans les années 60, il y a eu plusieurs démolitions d’églises principalement dans le cadre de la construction de grands projets d’infrastructures. La réserve a été constituée à cette époque-là » déclare Madame Tanguay.

Un secret bien gardé

Que contient cette réserve qui a tous les airs d’une caverne d’Ali Baba? Elle contient des articles qui sont considérés comme excédentaires par les églises. « Dans le processus de fermeture d’une église, le territoire de cette église est alors jumelé à une autre église, une autre paroisse. La nouvelle paroisse d’accueil prendra alors un certain nombre d’objets et le reste sera envoyé à la réserve », enchaine la responsable de la réserve diocésaine.

La réserve n’est toutefois pas ouverte au public parce qu’elle est située dans un lieu gardé secret. Seul indice, elle est située dans le sous-sol d’un lieu de culte d’importance à Montréal. « La réserve est un lieu secret afin de ne pas attirer des voleurs ou de la convoitise », confesse Caroline Tanguay au sujet de ce lieu d’importance. La réserve est uniquement ouverte aux paroisses et aux églises. Les antiquaires, les collectionneurs et les visiteurs ne peuvent donc pas y pénétrer.

On y retrouve bien évidemment le même type d’objet dont est propriétaire Patrick Mireault, le propriétaire du Maltéhops. En plus de cela, la réserve contient entre autres des statues, des crèches, des chemins de croix et des pièces de rechange, comme des ressorts pour d’anciens chandeliers. Principalement des objets d’ordres utilitaires et des objets pour le culte. Mais attention, ce n’est pas un magasin mis à la disposition des églises. Ils sont mis à la disposition des églises lorsque des objets brisent ou s’ils ont atteint leur fin de vie utile. Il existe au Québec une loi provinciale sur les paroisses; la loi sur les fabriques. « La loi sur les fabriques stipule que les biens qui ne sont pas utilisés reviennent à l’évêque. C’est alors sa façon à lui de redistribuer les objets qui sont excédentaire » soutient Caroline Tanguay.

Servir la messe avec du neuf

La réserve ne sert pas de magasin général, mais plus tôt un endroit où l’on conserve et réutilise du mobilier d’église. Pour obtenir les éléments essentiels aux opérations normales d’une église, le clergé doit se tourner vers des fournisseurs privés. Ce sont les prêtres des églises et des paroisses qui font leur propre achat et non le diocèse de Montréal. Pour ce faire, ils peuvent se tourner vers la boutique Bertrand, Foucher, Bélanger inc., l’un des derniers magasins spécialisés à Montréal pour la clientèle ecclésiastique et religieuse. « Dans notre boutique, on retrouve autant de la littérature, des vêtements pour les prêtres, de l’ameublement, de mobilier, des statues, et des choses renouvelables comme le pain d’autel et les hosties » affirme fièrement, le propriétaire de la boutique, Alain Denis.

Objets en vente chez Bertrand, Foucher, Bélanger inc.

L’entreprise familiale existe depuis 1910. Avant d’occuper les locaux d’une ancienne institution financière sur le boulevard Hochelaga dans l’est de Montréal, l’entreprise a initialement vu le jour sur la rue Notre-Dame dans le Vieux-Montréal, à quelques pâtés de maisons de la basilique Notre-Dame. « Les entreprises dans notre domaine étaient toutes situées dans ce coin-là. En 1910, les transports s’effectuaient principalement par bateau et les clients ecclésiastiques arrivaient par bateaux de France » raconte Alain Denis. Près de 75 % de ses ventes sont effectués des par des communautés religieuses et des églises. Le reste provenant de particuliers.

Son commerce a également ressenti les contrecoups de la Révolution tranquille. Sans surprise, les ventes ne sont plus ce qu’elles étaient par le passé. Les ventes ont commencé à dégringoler depuis les années 60. Mais depuis quelques années, on retrouve une certaine stabilité. Il existe moins de commerce qui offre notre type de produit. Ça augmente notre part de marché. Actuellement, on a atteint un plateau au niveau de la stabilité de nos ventes », observe candidement le propriétaire de l’entreprise qui vend ses produits d’un océan à l’autre. L’entreprise est reconnue pour la qualité de ses meubles en bois fabriqués à Montréal selon leurs propres modèles et dessins.

L’avenir du patrimoine bâti

Les nouvelles communautés catholiques sont l’avenir pour la survie des églises. « La relève au niveau des prêtres provient principalement d’ailleurs, d’Amérique du Sud, d’Amérique centrale et d’Afrique », remarque Alain Denis qui le voit au niveau de sa clientèle. Observables principalement à Montréal dû à sa diversité culturelle, les nouvelles communautés catholiques deviennent généralement les locataires des églises qui changent de vocations. « Dans le milieu du patrimoine, un bâtiment qui est habité, qui est vivant, c’est un bâtiment qui est sauvé. Un bâtiment vacant va dépérir rapidement », soutient la conseillère en patrimoine culturel pour le Conseil du patrimoine religieux du Québec, Andréanne Jalbert-Laramée. Si le diocèse de Montréal a sa propre réserve d’objets religieux, le Conseil du patrimoine tient un inventaire de tous les lieux de cultes du Québec construit avant 1975, peu importe la religion. Au total, 2751 lieux de culte ont été recensés de bout à l’autre de la province. Le propriétaire du Maltéhops et le Conseil du patrimoine religieux se rejoignent sur un point : tous les deux reconnaissent que la religion réunissait les gens par le passé. « Les églises sont de lieu de rassemblement et un repère visuel dans les villages et les quartiers » témoigne Andréanne Jalbert-Laramée qui a un rôle d’accompagnatrice dans l’aide financière dans les projets de restauration des lieux de culte.

Ancien monastère du Bon-Pasteur où sont situés des bureaux d’organismes dont le Conseil du patrimoine religieux du Québec, des habitations à loyer modiques et une résidence pour personnes âgées