Le numérique fait-il de nous des junkies?

Comme un vigneron qui viendrait confesser que le vin soûle, je vous propose d’aborder un sujet que les technophiles taisent à l’ordinaire : la tendance addictive du digital.

Connaissez-vous cette manie qui consiste à dégainer son portable comme Lucky Luke, dès les premiers instants de cerveau disponible? Vous arrive-t-il de vous reconnecter ainsi sans but précis, juste pour vérifier s’il n’y a rien de nouveau? Peut-être dans l’expectative d’un ultime like sur votre réseau social favori? À moins que vous ne guettiez l’arrivée d’un message sur WhatsApp ou un courriel de votre chef. D’autres sont accros à l’actualité, à des jeux comme Pokemon GO ou Minecraft. J’ai même un beau-père qui ne décroche pas des enchères en ligne sur eBay.

Pour les psys, ces syndromes portent le nom de trouble obsessionnel compulsif (TOC). Mais comment ne pas devenir un « toqué du numérique », alors que nous consultons notre portable plus de 200 fois par jour en moyenne, avec au total plusieurs milliers d’interactions à la fin de la journée sur l’ensemble de nos appareils (clics, tapotements, voix, joystick pad, etc.)

Selon l’institut Nielsen, les Américains passent aujourd’hui 10 heures et 39 minutes par jour devant un écran. L’essentiel de cette activité est consacré à consulter son smartphone, suivi par la télévision, un ordinateur et finalement une tablette […] En enlevant la période de sommeil, 7h30, il ne reste que 6 heures par jour pour se confronter au réel, souvent avec réticence. «L’économie de l’irréel au pouvoir», Stéphane Garelli

Dans une vidéo qui a fait le buzz, le conférencier Simon Sinek raconte que l’addiction aux écrans serait engendrée par «un shoot de dopamine». La dépendance surviendrait dans un processus de gratification immédiate, suivi immanquablement par un phénomène de manque.

Des pistes pour trouver un équilibre

Je partage avec vous quelques-uns de mes trucs pour éviter la surchauffe des neurones. Puissent-ils augmenter votre productivité, vous épargner une onéreuse digital detox, ou encore contribuer à la paix de votre ménage.

  • Cultiver une «pleine conscience» de tous les instants, afin de garder à l’esprit ce que l’on souhaite accomplir dans l’heure et d’ici la fin de la journée.
  • Réduire les notifications au minimum. Désactiver tous les avertissements en provenance des réseaux sociaux et télécharger ses courriels manuellement (après avoir terminé une activité). Et si ce n’est pas suffisant, accomplir ses tâches en mode avion. Selon Simon Sinek, « les notifications ont pris trop d’importance dans notre quotidien, au point d’influer sur l’estime et la confiance en soi des utilisateurs qui restent suspendus aux réactions de leur communauté en ligne. ».
  • Lever la tête pour réfléchir: le idées ne viennent pas avec les yeux embués dans un flot d’information. Les écrans sont connus pour exercer un pouvoir hypnotique, contre-productif pour la créativité. Je change de lieu de travail plusieurs fois par jour pour renouveler mon énergie et profite ainsi de me réoxygéner lors de chaque transition.
  • Réaliser lorsqu’on passe en mode zombie. Marquer un arrêt complet avec les outils digitaux, aérer la pièce, marcher. Dans la mesure du possible, faire une sieste régénératrice ou une séance de méditation. Effectuer des pauses régulières pour ne pas atteindre ce stade…
  • Privilégier les échanges humains: le temps d’une séance professionnelle, d’une soirée galante ou d’une partie de jeu avec les enfants; on goûte au plaisir de rester déconnecté.
  • Quantifier son utilisation des médias & réseaux sociaux. Définir un quota journalier et décompter le temps passé. Attention, l’addition peut se révéler salée.
  • Porter une montre: je constate qu’un ami en porte à nouveau une à son poignet, il m’explique: «c’est pour éviter la tentation de replonger à tout moment dans l’effervescence de mon smartphone».
  • Au lit? No-go zone!
« Il n’y a rien de mal dans l’usage des réseaux sociaux et des smartphones. Le problème, c’est le manque d’équilibre. »
 — Simon Sinek

L’immersion dans le virtuel, jusqu’à la nausée?

Pour le spécialiste de la réalité augmentée Robert Scoble, nul doute que nous travaillerons bientôt simultanément sur une multitude d’écrans virtuels. Comment? Avec un casque de réalité virtuelle vissé sur la tête. Par exemple, «si vous êtes un trader et que vous travaillez avec 5 écrans devant vous, vous pourrez bientôt en voir 2500.». Chez moi, je crains que cette immersion permanente ne provoque une gueule de bois sans fin.

Trouver une place pour l’humain et son propre équilibre au centre d’un univers numérique en perpétuelle expansion, voilà un autre défi pour le siècle.

Publié initialement sur LeTemps.ch