#marsouin2017 : quels impacts du numérique dans les identités professionnelles chez les assistantes maternelles ?

Suite de la série de micro-billets pris sur le vif pendant le séminaire Marsouin 2017 (18 et 19 mai) #marsouin2017

Bénédicte Havard Duclos est sociologue au LABERS (Laboratoire d’études et de recherche en sociologie) à Brest. Dans des questionnements voisins de ceux de Capacity développés dans l’ANR Poplog, elle s’interroge sur les aspects capacitants du numérique dans pratiques de reconnaissance de l’activité des assistantes maternelles.

Quels impacts du numérique dans les identités professionnelles ?

Une des hypothèses de travail est que le numérique peut s’avérer révélateur du rapport au travail des individus.

Le métier d’assistante maternelle diffère d’autres professions à vocation pédagogique : il n’y a pas d’injonction à utiliser du numérique, de type ENT. La profession se professionnalise de plus en plus, tant en matière de conditions d’accueil que d’aptitudes pédagogiques, cette dernière dimension est plus neuve.

Mais quid des « anciennes » assistante maternelle ? Comment se sont-elles adaptées et saisies de cette injonction à être de plus en plus qualifié ?

Quels sont les usages numériques des assistantes maternelles ?

  • Ils sont plutôt privés
  • récréatifs, à visée documentaire et communicationnelles, mais aussi expressive (prise de parole)
  • ils visent plus ou moins les pairs, mais concernent aussi les parents et les enfants

Bénédicte a mené des entretiens longs, mais s’est aussi intéressée à des pratiques en ligne (sur le forum assistantes-maternelles.net, très vivant, des messages lus plusieurs milliers de fois, qui mobilisent beaucoup de réponses), mais aussi en « aspirant » quelques comptes Facebook.

Les messages sont considérés dans une double « fonction » (Madeleine Ackrich) : ils sont porteurs de contenus, mais aussi de communication, d’une relation : à qui on répond ? comment les discussions s’enchaînent ?

Le forum présente les caractéristiques assez classique de la “loi de puissance » : un petit nombre de contributeurs postent beaucoup de contributions »

Qu’est-ce qui peut motiver les assistantes maternelles à chercher de la reconnaissance ?

Malgré une tendance à la professionalisation plus importante de l’activité (notamment en matière de formation pédagogique) :

  • les rémunérations restent faibles, avec de grandes disparités
  • lutter contre l’isolement relationnel
  • une attention importante à ne pas déborder sur la vie professionnelle : par exemple, sous prétexte que c’est du travail à la maison, les parents arrivent plus facilement en avance ou en retard, et les individus doivent développer des stratégies fines de de partage entre activités professionnelles et personnelles, y compris dans l’aménagement de la maison.

Sur le forum, les prises de parole en ligne sont plutôt bien écrites, respectent des codes de civilité ordinaire, sans de vulgarité : il s’agit de pratiques assez ténue, qui semble aller dans le sens de la recherche de reconnaissance.

A quelques exceptions prêt, ça ne dérape pas.

Au fond, à quoi sert l’internet ?

D’abord à “faire voir” qu’on a des savoirs, mais aussi rompre l’isolement.

De quoi parle t-on ?

  • des aspects liés au droit du travail
  • des méthodes éducatives
  • de la relation à l’agrément envers les PNI (qui sont de fait les les supérieurs hiérarchiques)
  • l’amélioration de son travail : équipement, bon plans, etc.

Du côté des indépendantes, il y a concurrence les unes avec les autres. Les pratiques en ligne l’illustrent bien : la seule question restée sans réponse concernait une question posée par une personne qui chercher à s’installer à un endroit et se demandait s’il y avait du « potentiel client »

Au fond, il semble que l’internet fonctionne comme un accélérateur de diffusion des nouvelles normes éducatives et comme un accélérateur de la professionnalisation du métier. Ce qui génère des inégalités pour celles qui ont du mal à prendre la parole en public « correctement »

Sur le non usage : celles (parmi le panel) qui utilisent le moins sont paradoxalement les plus diplômées, mais qui ont assez de confiance en elles pour dealer d’égal à égal avec la PNI. On est plutôt dans non-usage « actif », en tout cas qui n’est pas subi : « je n’ai pas besoin d’internet puisque en cas de problème, je suis assez à l’aise pour passer un coup de fil pour m’expliquer avec la PNI ».