À Boukary Konaté

Vanneuses de mil vers Ségou — Boukary Konaté

Boukary, mon frère, comme tous les super-héros, tu as une histoire, une anecdote génitrice.

En effet, malien du réel, né et élevé à Cinzana-gare, petite bourgade (ou gros village), entre Ségou et Bla, tu avais été désigné par ton père comme celui qui resterai à la maison.

Comme ces Ségoviens qui en leur temps convertissaient certains de leur enfants à l’Islam (au cas où celui-ci s’imposerait), tu étais ce plan B qui n’irait pas à l’école. Nombreux furent ceux qui conseillèrent à ton père de te scolariser ; en vain.

Pourtant, un jour, sur la route, tu dépannera un homme à moto et, le ramenant à la maison, celui-ci, sans force insistance convaincra ton père.

Pourquoi ? Comment ? Nul ne le saura jamais, mais une chose est sûre, il a transformé nos vies.

Tel le héro d’un film, tu te révélera très doué et tu sera guidé vers l’enseignement (anglais) pour finalement rejoindre les hautes sphères du cabinet du Ministre de l’Éducation Nationale. Sacrée revanche !


i ka interneti togo ye fasokan ye nka ne tɛ nin sɛbɛ bamanakan de la. muna ? mɔgɔ tɛ se ka bamanakan kalan. o de tɔɔrɔ ye !

Boukary, après tant d’années, je ne suis pas sûr que tu aies toi-même réussi à définir ton action ; ton souhait ultime ; la motivation derrière tous ces projets.

Peut-être est-ce parce qu’au fond, ton but était philosophique.

Tu as reçue une réelle éducation villageoise, avec tout ce qu’elle comporte de traditions, de sens, de valeurs et de réciprocités. Ce mode de vie, réfléchit, justifié, harmonieux, tu le voyais s’étioler, se fondre dans cette modernité que les anciens craignent, que les jeunes embrassent, qui apporte tant, mais qui retire également.

Ces deux modes de vies sont-ils compatibles ? Peuvent-ils cohabiter ? Doivent-ils coexister ? Alors que l’on se pose cette question, la vie file à vive allure et les saisons emportent avec elles les villageois vers les villes mais ne les ramènent pas.

Tu as consacré des années à la réflexion, à l’élaboration et à la réalisation de ce projet de sauvegarde, d’archivage de l’âme du Mali que tu as connu.
Sois-en récompensé au centuple.


Boukary le 18 juillet, expliquant un proverbe Bambara

Boukary, je ne garde pas seulement le souvenir d’un défenseur infatigable de la culture malienne, d’un enseignant toujours prêt à débattre, à expliquer, à partager, mais aussi et surtout d’un passionné, incapable de trahir ses valeurs.

Boukary, ma peine n’est pas vers ta vie, achevée trop tôt, car elle a été riche.

Non, je suis peiné que tu ne puisse pas poursuivre ces projets qui nous tiennent tous à cœur mais que toi seul portais sur tes épaules.

Je suis peiné que tu ne puisse pas assister à l’éclosion de ce Mali nouveau que tu appelais de tes vœux.

Je suis peiné car tu nous manque déjà.
bi, don ka gɛlɛn ne ma.

Allahu Akbar
Allahu Akbar
Allahu Akbar
Allahu Akbar
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