2015 : l’odyssée de l’Internet

Antenne WiMAX jetée dans une poubelle

Je me remémore avec nostalgie cette époque maintenant lointaine où nous étions assis sur le dos du cheval. Cela semblait si naturel et dans l’ordre des choses que nous n’avons pas pris garde. Aujourd’hui que nous sommes à pied et que nos compagnons d’hier galopent à l’horizon, que nous reste-t-il ? Qu’avons nous accompli ?

Il est facile de perdre ses acquis et c’est précisément ce que nous avons fait avec Internet.
Au tout début 2009, lorsque Orange (Orange-Mali) augmentait le débit Internet de 256Kbps à 384Kbps, nous étions aux anges.
Nous faisions alors peu ou prou partie du monde ; enfin, pas vraiment du monde, mais de l’Afrique et de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine) au moins.

Je me revois espérer chaque année après ça voir arriver la traditionnelle augmentation de débit qui n’a jamais été une tradition que dans nos rêves.

Non, c’était au tout début de 2009. Georges W. Bush était encore là (même si Obama était déjà President-elect). Khadafi était là, Hosni Moubarak, Ben Ali et Ben Laden aussi ; tout comme Michael Jackson. Une éternité ? Assurément !

Et pourtant, depuis ce jour, plus aucune évolution du débit Internet fixe !


384Kbps depuis 2009 ; comment est-ce possible ?

Il n’existe grosso-modo que deux opérateurs internet au Mali : Malitel et Orange-Mali. Les autres (Afribone, Cefib, Dogon telecom) ne tenant pas la comparaison et dépendant exclusivement des deux sus-cités.
Débit Internet au Mali (allégorie)

Trois protagonistes se partagent donc la responsabilité de cet enlisement.

Malitel, la forfaiture

Malitel (SOTELMA), opérateur historique, cédé en 2009 (encore) à Maroc Télécom (le gouvernement malien en conservant 49%), opérateur global (mobile, téléphone et internet) s’appuie sur la boucle locale (les fils de cuivre du téléphone fixe) pour ses offres Internet fixes.

Malitel a le mérite d’offrir des débits sensiblement plus importants qu’Orange sur une courbe à-peu-près linéaire d’augmentation des tarifs.
Il est par exemple possible d’avoir une connexion ADSL 4Mbps/1Mbps pour 280 000F/mois (427€).

Comment se fait-il que Malitel ne capte qu’une infime partie du marché alors ?

On parle de 96% de PdM Orange vs 4% Malitel sur l’internet fixe mais il est impossible d’obtenir des chiffres crédibles y compris dans la dernière publication «Rapport d’activité 2014» de l’AMRTP. Régulateur dont les publications en ligne se sont arrêtés avec la dernière élection présidentielle…

C’est la qualité du service rendu (ou non rendu si vous préférez) qui a amené les Bamakois à parler de connexion Livebox pour dire Internet fixe et non ADSL comme c’est le cas ailleurs.
Dire que l’ADSL par Malitel ne marche pas serait bien sûr mentir : certains clients en sont très satisfaits mais ils sont peu nombreux. L’ADSL reposant sur le réseau téléphonique, la qualité de la connexion dépendra de la qualité (et de l’adéquation avec l’ADSL) de celui-ci.

Si vous aimez jouer à la roulette russe, vous pouvez vous abonner à l’ADSL ; la majorité des clients potentiels, refroidis par la réputation du service n’essaient même pas.

D’autant que ce n’est pas le seul problème.

Malitel a également la fâcheuse tendance à ne pas respecter ses clients. Ses agents, en boutique, n’ont probablement jamais suivi la moindre formation commerciale, ignorent ou insultent les client et n’exécutent pas leurs tâches.
Ajoutez à cela une facturation opaque (des montants fixes qui changent d’un mois sur l’autre) et une quasi-impossibilité de résilier le service payé et non fourni et vous rejoindrez les rangs de ceux qui ne sont pas choqués par une PdM de 4% pour Malitel.

C’est donc un forfait notoire de la part de l’opérateur historique sur l’Internet fixe.

Orange-Mali, le charognard

Orange-Mali, filiale de SONATEL (opérateur historique au Sénégal) ; elle-même détenue par le groupe Orange est aussi présent sur le mobile et l’internet.
Orange-Mali, bien qu’autorisé à utiliser (louer) la boucle locale pour l’accès à Internet a décidé (pour des raisons économiques — coût de réhabilitation, évolutivité) de s’appuyer sur la technologie WiMAX qui permet d’offrir des connexions fixes via une antenne directionnelle installée sur le toit du client.

À quelques exceptions (tolérées) près, Orange a toujours fourni un service de qualité, stable et en adéquation avec son offre… jusqu’en 2015.
En effet, les 384Kbps (symétriques) vendus (à prix d’or) et attendus sont devenus l’exception dans un océan de galères, d’instabilité et de lenteur. Nous y reviendrons.

Sans autre concurrent qu’un suiveur incapable de fournir le service vendu, Orange a –avec tout la logique commerciale possible– choisi de profiter au maximum de cet environnement propice en ne faisant pas évoluer son offre alors que tous les FAI du monde investissent en masse pour proposer toujours plus de débit à un prix toujours plus bas, à la demande des populations.

Qui peut économiquement reprocher à Orange-Mali d’abuser de sa position dominante ? Si seulement il y avait un organe de régulation…

L’AMRTP, le flic distrait

L’Agence Malienne de Régulation des Télécommunications/TIC et Postes a été créée en 2003 avec pour rôle, comme son nom l’indique, de réguler le secteur des télécoms. Cela signifie concrètement gérer l’attribution des plages de numéros, des fréquences et plus récemment de gérer le Fonds d’Accès Universel.

Comment ne pas faire un rapprochement entre :

  • Début 2008, Choguel Kokalla Maïga, ancien de la SOTELMA, homme politique, est nommé à la tête de l’AMRTP (à l’époque CRT).
  • Toute fin 2008, Orange-Mali renouvelle sa licence pour un montant très inférieur aux demandes initiales du gouvernement.
  • Début 2009, Orange-Mali modifie son offre Internet.
  • 2013, Choguel Maïga se présente (et échoue) à l’élection présidentielle — puis se rallie au camp du vainqueur.
  • Début 2015, Choguel Maïga est nommé ministre de l’Économie Numérique, de l’Information, de la Communication et des Postes. C’est le ministère de tutelle de l’AMRTP dont le siège de DG est toujours vacant mi-octobre…

De 2009 à 2015, l’AMRTP n’a procédé à aucune interpellation des opérateurs sur la question de l’internet fixe. Seules deux actions ont été menées, en 2015, après parution dans la presse d’articles sur la campagne #Mali100Méga:

  • Choguel Maïga a déclaré au JT de l’ORTM être préoccupé par la différence de prix de l’internet entre le Mali et les pays voisins et invité les opérateurs à un meilleur rapport qualité-prix.
  • L’AMRTP a lancé une micro-campagne de recueil d’informations sur la qualité des services internet et mobile via la création d’un numéro vert. Les résultats de cette enquête sont inconnus.

Plus qu’une passivité, c’est d’une complicité par le silence qu’est coupable l’AMRTP et désormais le MENIC qui n’y trouve rien à redire.


Pourquoi alors se plaindre maintenant si rien n’a changé ?

Lycéens agglutinés autour du WiFi ouvert — Lycée de Markala

Le débit n’a pas changé mais le monde lui a changé ; drastiquement même. Au delà de cette transformation dont nous reparlerons, il y a surtout la relativité de ce 384Kbps avec nos voisins.
Le Mali fait partie d’une union politique, la CEDEAO (Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest) et d’une union économique, l’UEMOA. Ces unions garantissent dans les faits (et c’est notable) la libre circulation des personnes. Avec une monnaie unique, une proximité culturelle et une forte disparité de compétences, l’UEMEOA est un marché étonnant mais accessible. C’est une grande opportunité pour tous les maliens… enfin sans doute dans des domaines comme l’embouche bovine mais certainement pas dans les TIC ni toute autre domaine en dépendant car notre 384Kbps éternel ne fait pas vraiment partie du haut du panier.

Jugeons plutôt:

  • Sénégal : 10Mbps pour 39 900F
  • Côte d’Ivoire : 8Mbps pour 46 400F
  • Mauritanie : 384Kbps pour 6 950F — 2Mbps pour 35 000F
  • Algérie : 8Mbps pour 31 190F
  • Burkina Faso : 512Kbps pour 41 900F
  • Ghana : 2Mbps pour 37 000F
  • Maroc : 20Mbps pour 30 500F
  • Tunisie : 20Mbps pour 15 500F

Parmi nos voisins, seuls la Guinée (bloquée à 256Kbps) et le Niger (où le 384Kbps coûte 83 000F) sont pires que nous.

Dans le domaine des TICs plus qu’ailleurs, la nationalité, la couleur de peau, la provenance compte peu. Que l’on soit développeur, graphiste, journaliste, traducteur, statisticien, etc… on peut être à Bamako et avoir des clients à Dakar, Abidjan où en Europe.
Ça c’est la théorie. La pratique, elle, est moins rose pour nous car le débit et le coût de cette maudite connexion nous empêche d’être concurrentiels face à nos frères sénégalais. Comment être productif quand tout transfert de fichier demande 26 fois plus de temps ? Comment être productif alors que l’on ne peut pas paralléliser les activités du fait du faible débit ?

Le gouvernement, qui se désespère de ne pas réussir à créer de l’emploi et qui devrait s’engouffrer dans cette brèche que sont les TICs pour favoriser l’entrepreneuriat préfère fermer les yeux et les oreilles sur les pratiques des opérateurs.


OK le 384Kbps c’est nul, mais la 3G c’est rapide !

C’est vrai ; la 3G est rapide. En heure creuse, en descente et avec le vent dans le dos, on peu avoir un débit de 5Mbps, somme-toute honorable.

Pourquoi fait-on une fixation sur ce 384Kbps alors ?

Et bien, parce que cette «3G», elle n’est pas utilisable pour nous autres entrepreneurs des TICs, et elle ne devrait pas l’être pour vous non plus (mais nous y reviendrons).

La 3G pose plusieurs problèmes :

  • Elle n’est pas stable. Oui on peut avoir des débits impressionnants mais le yoyo perpétuel du débit est dommageable pour travailler. Il rend notamment les connexions Skype plus qu’aléatoires (pourtant le B-A BA du business).
  • L’upload est pourri. Aucun chiffre n’est évidemment fourni par les opérateurs mais la vitesse d’envoi des données est bien moindre. Cette offre s’adresse visiblement aux consommateurs-seuls de contenus et pas aux créateurs.
  • C’est extrêmement cher. Là où 36 000F (55€) nous donne un accès permanent et illimité à 384Kbps, ce même montant ne permet même pas d’échanger 5Gio de données en 3G où le Gio coûte 7 500F (11,5€).
  • Imprévisible : comment évaluer ses coûts (et donc ses marges, son prix de vente et ses bénéfices) si l’outil de base, Internet est à coût variable ? Un client envoie un fichier d’un giga ? Hop, 7 500F de plus sur la facture.
  • C’est de la fausse mobilité. On nous vend l’avantage (sur le fixe) de pouvoir l’utiliser de partout mais de fortes disparités de disponibilité et de qualité existent entre les quartiers de Bamako.

Je vois ; il faut réclamer une «promo entrepreneur» !

Surtout pas !
Orange-Mali propose en effet une «promo presse» qui consiste en une réduction de 30% sur les services Internet pour les groupes de presse.
Faire des cadeaux (les organes de presse bénéficient aussi de largesse sur les couvertures d’événements Orange) à la presse s’est révélé payant puisque les articles critiques à l’égard de ce chantre d’humanisme qu’est Orange-Mali se comptent sur les doigts de la main (du Capitaine Crochet ajouteront certains!).
Les journalistes que nous avons approchés le disent : ils ne veulent pas prendre le risque de se fâcher avec Orange, premier annonceur de presque toutes les publications et évidemment de la télévision.

À quoi servent vraiment les dizaines de passages pub Orange par jour à la télé ? À faire connaître les produits ? À s’assurer la dépendance financière de la chaîne ?

Mais revenons en à cette «promo-entrepreneur», pourquoi est-ce une si mauvaise idée ? Principalement parce qu’elle serait limitée à quelques personnes correspondant au profil choisi.

Internet s’est développé et se développe parce qu’il permet un accès à la connaissance et un développement personnel dans ce qu’il a de plus noble.

Le staff d’Orange-Mali, avec toute la condescendance qui le caractérise pense que nous autres gueux nous roulants dans la boue n’avons pas besoin de plus de débit ; que nous devrions «être content d’avoir du 384Kbps, après tout, il y a 10 ans, c’était du 128Kbps».
Cher monsieur le directeur de je-ne-sais-plus-quel-service, vos paroles n’ont pas été oubliées et alimentent toujours notre volonté.
Vous ne l’avez pas formulé ainsi, mais certains journalistes l’ont fait donc je me prête à l’exercice bien que le trouvant grotesque :

À quoi va servir une connexion permanente et rapide ?

Il est difficile de répondre à cette question car elle présuppose que celui qui la prononce ne connait pas Internet, ou trop peu.

Voilà ce qui arrive quand on tente d’ouvrir deux liens à la fois

Nul snobisme dans cette affirmation. Nous ne connaissons pas car nous n’avons pas eu la latitude d’explorer. Celui qui passe 24h à l’aéroport de Dubaï ne peut prétendre connaitre les Émirats Arabes Unis.

«nɛti b’a la ?», «e bɛ nɛti kan ?» sont devenus des phrases de tous les jours, entendus à longueur de journée dans toutes les rues de Bamako et dans les villages. Internet s’est fait une place dans la société à vitesse grand V.
Mais demandez seulement à ces internautes de vous citer les sites web ou services qu’ils visitent : Facebook, Youtube, Viber, Yahoo et quelques autres. C’est à peu près tout pour l’immense majorité des internautes maliens.


Connaissez-vous les Vine ? Nous non. Nous ne connaissons pas ces micro-vidéos de 6s qui se partagent aussi facilement qu’on chasse une mouche de sa main parce-que ces vidéos, dont le but est précisément qu’elles soient lisibles instantanément ne sont pas du tout instantanées pour nous.

Youtube, on connait, on est pas gaou à ce point ; enfin c’est ce qu’on croit car on ne connait que la surface de Youtube : des clips musicaux, des illustrations de presse et basta.
Non, nous ne savons pas qu’il y a des millions de jeunes à travers le monde qui se confient plusieurs fois par jour sur leurs propres chaines Youtube pour raconter leur vie et discuter par vidéo interposées.
Non, nous ne savons pas que des passionnés que l’on appelle Youtuber se sont spécialisé dans la production de contenus vidéo (critiques, commentaires, réalisations) sur cette plateforme et en vivent.
Non, nous ne savons pas que les tutoriels vidéos sont une mode ; que pour des millions de personnes encore, la réponse à «comment on fait un nœud de cravate ?» consiste à saisir cette question dans le moteur de recherche de Youtube et de consulter des dizaines de vidéos instantanément.

Vous connaissez 9gag? reddit? 4chan? Ça ne nous dit absolument rien et pourtant ce sont des mastodontes.
Nous ne prenons pas part à ces conversations parfois brillantes, souvent stupides, généralement marrantes car elles sont essentiellement agrémentés d’images et de photos.
Les meme? Inconnus car techniquement hors de portée.

WhatsApp? Viber? Oui on connait, ce sont même de gros hits mais… en bon rebuts de la société de l’information, nous les utilisons lorsque c’est possible pour faire «de la voix» ou «du SMS» moins cher. Le bouton Image est un luxe que nous utilisons à l’occasion.
Voyez-vous, nous n’avons aucune idée du fait que les gens du monde tiennent des conversations complètes par photos interposées, à des vitesses défiant la saisie d’un SMS car c’est inimaginable.
Quand un cousin de la diaspora communique avec nous, il s’y risque bien mais l’image marrante censée encourager une réplique instantané n’est pour de longue minutes qu’une boite carrée assortie du poids du fichier : quelques centaines de kilos qui sonnent le glas du Chat.

Internet offre tellement de services instantanés que le mobile est devenu une zappette et les internautes bondissent de services en services sans contraintes.
Pour nous autre, c’est comme si l’on devait charger une K7 analogique pour chaque service.

Google Maps ? Connais pas. Google Drive ? Dropbox ? Si quand même ça on connait. Mais on utilise pas. Comment pourrait-on avec un débit si faible ? Ou pire, au quota. Vous avez dit double-peine ?

Trello ? Slack ? Jamais entendu parlé. Pas étonnant que l’on ne soit pas compétitif si l’on est même pas au courant de l’existence d’outils pour nous simplifier la vie.
En même temps, ces outils sont des WebApp censés fluidifier nos tâches par leur rapidité… tout le contraire de ce qu’elle sont vu d’ici.

Medium ? Inconnu. Wikipédia ? Sous-utilisé. Open-data ? Charabia. Twitter ? Limité.
À quoi bon avoir créé un réseau mondial, ouvert, et d’une immensité absolue si l’on est même au courant des grandes plateformes centralisées à la mode ? Comment découvrir des contenus originaux, neufs, dérangeants, innovants si l’on a pas liberté d’explorer. Car c’est de ça qu’il s’agit en fin de compte.

Sans connexion permanente, illimité et haut-débit, il n’est pas possible de flâner sur Internet et donc de passer par les différents stades de l’internaute épanoui.

Le voyage est dans nos veines, dans note sang. On y sacrifie au moins un membre de chaque famille. Va voir le monde, trouve fortune et revient. Il n’y a pas de quota sur le nombre de kilomètres à parcourir à pieds où de paysages à regarder car l’essence même du voyage, c’est la découverte.

Orange-Mali tue dans l’œuf toute tentative d’émancipation culturelle et intellectuelle des maliens.

Internet (vous avez compris qu’on ne parle que du Web depuis le début hein, ne jouez pas sur les mots) est rempli d’arguments, de questions, de points de vue, mais aussi d’astuces, d’outils, d’expériences.
Cette accessibilité a fait bondir l’Homme d’un pas en avant car nombre de distractions (utiles ou futile) trouvent réponse instantanément.

Savez-vous que l’iPhone est connecté en permanence ? Quoi, vous voulez-dire qu’on active pas le data «sur demande expresse», «juste le temps de consulter une information» ? Non. Nous ne sommes pas dans ce monde du tout connecté. Nous sommes en 1995, les tintamarres des modems RTC en moins.

Les usages sont infinis, les solutions appareillées mais vous pouvez être sûr que la réponse sera toujours la même : on ne connait pas, on y arrive pas, on en est exclu.


Je me rappelle une de mes premières «séance» d’Internet. Par la magie de l’hypertexte, je suis arrivé sur un site web personnel expliquant avec moult justifications, témoignages et photos que l’Homme n’a jamais mis le pied sur la lune.
Je suis tombé des nues bien sûr (ah jeunesse…).
À la recherche de plus d’informations, je suis arrivé ensuite sur un site proposant la rhétorique inverse avec encore force arguments et contre-exemples.
C’est ce jour là, il y a plus de 20 ans maintenant que j’ai compris que la boite de pandore avait été ouverte et qu’elle ne se refermerait plus.

Il nous reste à l’ouvrir au Mali.

Et #Mali100Méga dans tout ça ?

Ah nous y voilà. Comme dans un film à flash-back, vous avez suivi de manière un peu décousue cet agglomérat de problème et d’espoir qu’est ou qu’a été l’Internet au Mali.

Vous l’avez compris, nous sommes dans l’impasse.

Le mouvement #Mali100Méga est né comme tous les mouvements revendicatifs d’une exaspération:

  • Ne pas pouvoir travailler d’abord.
  • Payer (cher) pour un service non rendu ensuite.
  • Être conscient que le développement de millions de personnes est sciemment contrit, enfin.

Depuis mars 2015 (oui plus de 6 mois déjà), nous (une bande d’entrepreneurs zélés) discutons entre nous de la situation, de l’aberration, des moyens d’y mettre fin.

Nous avons –sans succès– tentés différentes approches pour faire bouger les trois coresponsables :

  • Courriers aux autorités (MENIC, AMRTP, Assemblée Nationale, Opérateurs)
  • Site Web de sensibilisation : www.100mega.ml
  • Fausse publicité Orange
  • Dataviz sur l’Internet au Mali
  • Campagne de sensibilisation sur Twitter via #Mali100Mega
  • Conférence de presse
  • Interviews et informations aux journalistes

Six mois plus tard donc, absolument aucun progrès n’est à comptabiliser. Si l’on s’indigne à l’extérieur de nos conditions d’accès, le statut quo lasse.

Au Mali, il n’y a pas de voix contraire à la notre mais cela aurait peut-être été préférable puisque nous n’entendons que notre écho. Les internautes, trop enfermés dans leur Facebook, habitués à la micro-consommation hors de prix (60% des forfaits data concerneraient celui de 10Mio à 200F) ne se sentent pas concernés.

Les médias publics, dépendants directement du ministre Choguel Maïga (Communication, Économie Numérique, TIC) refusent d’aborder le sujet.

Les médias privés, bénéficiaires de la «promo-presse» ne veulent pas fâcher les annonceurs nº1 et nº2 du Mali évidemment.

Orange, dont la stratégie internationale semble plus basée sur la construction d’une image de marque solide que sur une compétition tarifaire a été le seul à réagir.

Si l’on apprécie le dialogue, l’on regrette les mensonges, le manque de respect, l’inflexibilité, l’inaction et les «cadeaux» (connexions gratuites pour ceux qui crient le plus fort — refusés bien sûr).

L’entrepreneuriat au Mali d’après Orange-Mali

Quelles sont les prochaines étapes ? Jusqu’où irons nous ?

Nous l’avons dit et répétés : nous sommes des entrepreneurs. Des «cols-blancs» qui sommes résolus à combattre l’État et deux des plus grosses entreprises du pays dans le but de subsister d’abord mais aussi de desserrer l’étau virtuel autour de la gorge des maliens.

Nous voulons simplement travailler ; mais c’est impossible.

Le monde est en marche. Les applications ultra-centralisés qui font aujourd’hui la fortune d’Orange –qui mise sur la consommation au quota — vont l’écraser demain.

Orange se réjouit aujourd’hui de l’inculture informatique de ses abonnés Internet car elle lui permet de vendre plus mais c’est une bombe à retardement:

  • Microsoft pousse une mise-à-jour obligatoire de 3Gio devant permettre de faciliter le passage à Windows 10.
  • Youtube auto-charge de nouvelles vidéos à la fin de chaque visionnage.
  • Facebook auto-charge les vidéos dans la dernières version de son application mobile.
  • Twitter auto-charge aussi les vidéos dans son application mobile.

Tous ces usages ne sont pas des attaques de ces services ; c’est seulement la marche du monde qui vient nous rappeler qu’Internet n’a pas de frontière et que 500Mio n’est pas une consommation mensuelle réaliste.

Enfin, la FlyBox, routeur 3G (au quota) diffusant un réseau WiFi, l’actuelle offre à la mode d’Orange est par définition un cheval de Troie puisque les abonnés y connecte leurs tablettes et mobiles en WiFi sans savoir que les-dits appareils se croyant sur une connexion illimité en profitent pour déclencher mises à jour et autres téléchargements, au détriment du (très) cher quota.

La suite ? Aucune idée ; elle dépendra sans doute de l’implication d’un plus grand nombre de déçus qu’Orange se donne beaucoup de mal à nous envoyer.

Les grands incendies commencent toujours par une étincelle… et puis, la saison des pluies s’achève.


À l’attention de…

Donnez nous Internet. Pour de vrai ; là, maintenant, tout de suite. Sans condition.

Non, donnez-nous Internet comme on offre un livre à un enfant en espérant qu’il y prendra goût et qu’il en deviendra meilleur.

Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain : Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
– Pierre de Ronsard