J15 Travail d’étymologie sur le mot travail

Ce midi, l’une de mes collègues m’a appris l’étymologie du mot travailler. Cela vient du latin tripalium. Le tripalium était un engin de torture à trois pieux.

Pour de nombreux français, le travail reste une contrainte nécessaire pour subvenir à leurs besoins. En tant que peuple latin, nous avons un rapport au travail qui est beaucoup plus émotionnel que les anglo-saxons. Nous n’hésitons d’ailleurs pas à défendre nos droits en manifestant lorsque les politiques souhaitent revenir sur des acquis. Il suffit de penser à la loi El Khomri qui a été adopté aux forceps.

En comparant avec l’étymologie anglaise de ce mot, work, on découvre que cela vient du vieil anglais weorc et que cela désigne quelque chose de fait. On est donc dans une approche beaucoup plus pragmatique de la désignation des choses par des mots.

Coté allemand, l’origine du mot arbeiten recouvre également des notions assez désagréables.

Chez les chinois, l’idéogramme gōng quant à lui se rapporte à l’idée d’autorité, de devoir mais également de succès ou de maîtrise.

Comme de nombreux idéogrammes chinois, il y a du positif et du négatif. C’est un ying et yang, un équilibre entre la nécessité de se soumettre au chef pour le bien de la communauté et l’espoir que les efforts déployés amèneront la maîtrise et donc le succès. On comprend mieux la culture du travail chez les chinois.

Pour les japonais, le travail désigne l’occupation, l’action. Dans cette culture du travail très codifié, la concurrence est forte et exigeante mais reste polissé. Un paradoxe typiquement japonais et qui déroute bien souvent les occidentaux.

Les indiens quant à eux ont de nombreux dialects. Heureusement les idéogrammes se ressemblent souvent pour les mots les plus utilisés. C’est le cas pour le mot travail. En hindou, काम vient du terme sanskrit désignant le ‎karma. Le karma, c’est l’action. C’est aussi les conséquences de ses actions et donc cela conditionne le cycle des réincarnations véhiculé par l’hindouisme. Les indiens pensent donc qu’ils ne peuvent sortir de leur condition/travail uniquement en respectant et en acceptant les règles associées à leur caste de naissance. Tout cela apporte un éclairage intéressant sur la relation que les indiens ont au travail. Pour eux c’est un devoir et ils le feront aussi bien que possible car ils aspirent à une meilleure position à l’avenir (en particulier après la mort). Cependant, une grande majorité ne souhaitera pas «tricher» en cherchant à dépasser sa condition. Ce mode de pensée a été remis en cause par le colonialisme puis la mondialisation. Si les traditions et les mœurs prennent plus de temps à évoluer, c’est que le pays est encore très fortement illettré et donc ignorant. Mais les temps changent. Il suffit de penser au destin du patron actuel de Google Sundar Pichai.


Pour conclure, on retiendra que l’idée d’action est centrale dans les étymologies du mot travail. On notera aussi que la soumission à la religion et à l’autorité était et reste forte dans de nombreux peuples. Et qu’à ce titre, elle influence notre relation et nos attentes vis à vis du travail.

Puisque j’aime les citations, je vous invite à méditer (travail intérieur) sur celle-ci.

Traitez les gens comme des cochons et vous obtiendrez un travail de cochons. Traitez les gens comme des hommes et vous obtiendrez un travail d’hommes.

Harriet Beecher Stowe

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.